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La messe de l’inauguration d’un Pape est habituelle-

ment l’occasion pour celui-ci de donner, dans son homé-

lie, les grandes orientations de son pontificat. Pour le

Pape François, cette messe a eu lieu Place Saint-Pierre le

19 mars 2013, solennité de saint Joseph, ce qui est tout

à fait providentiel, puisque saint Joseph est Patron de

l’Eglise universelle (tel que décrété en 1889 par le Pape

Léon XIII). Voici l’homélie

du Pape François pronon-

cée en cette occasion:

Chers

frères

et

sœurs ! Je remercie le

Seigneur de pouvoir

célébrer cette Messe de

l’inauguration de mon

ministère pétrinien en la

solennité de saint Jose-

ph, époux de la Vierge

Marie et Patron de l’Égli-

se universelle: c’est une

coïncidence très riche de

signification, et c’est aus-

si la fête de mon vénéré

Prédécesseur: nous lui

sommes proches par la

prière, pleins d’affection

et de reconnaissance.

Je salue avec affec-

tion les Frères Cardinaux

et Évêques, les prêtres,

les diacres, les religieux

et les religieuses et tous

les fidèles laïcs. Je remer-

cie de leur présence les

représentants des autres

Églises et Communautés

ecclésiales, de même que les représentants de la com-

munauté juive et d’autres communautés religieuses.

J’adresse mon cordial salut aux Chefs d’État et de Gou-

vernement, aux Délégations officielles de nombreux

pays du monde et au Corps diplomatique.

Nous avons entendu dans l’Évangile que «Joseph

fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit: il prit

chez lui son épouse» (Mt 1, 24). Dans ces paroles est

déjà contenue la mission que Dieu confie à Joseph,

celle d’être

custos

, gardien. Gardien de qui ? De Marie

et de Jésus; mais c’est une garde qui s’étend ensuite à

l’Église, comme l’a souligné le bienheureux Jean-Paul

II: «

Saint Joseph a pris un soin affectueux de Marie et

s’est consacré avec joie à l’éducation de Jésus Christ,

de même il est le gardien et le protecteur de son Corps

mystique, l’Église, dont la Vierge sainte est la figure et

le modèle»

(Exhort. apost.

Redemptoris Custos

, n. 1).

Comment Joseph exerce-t-il cette garde? Avec

discrétion, avec humilité, dans le silence, mais par une

présence constante et une fidélité totale, même quand

il ne comprend pas. Depuis son mariage avec Marie

jusqu’à l’épisode de Jésus, enfant de douze ans, dans le

Temple de Jérusalem, il accompagne chaque moment

avec prévenance et avec amour. Il est auprès de Marie

son épouse dans les moments

sereins et dans les moments

difficiles de la vie, dans le

voyage à Bethléem pour le re-

censement et dans les heures

d’anxiété et de joie de l’enfan-

tement ; au moment drama-

tique de la fuite en Égypte et

dans la recherche inquiète du

fils au Temple ; et ensuite dans

le quotidien de la maison de

Nazareth, dans l’atelier où il a

enseigné le métier à Jésus.

Comment Joseph vit-il sa

vocation de gardien de Marie,

de Jésus, de l’Église? Dans

la constante attention à Dieu,

ouvert à ses signes, disponi-

ble à son projet, non pas tant

au sien propre; et c’est cela

que Dieu demande à David,

comme nous l’avons enten-

du dans la première Lecture:

Dieu ne désire pas une mai-

son construite par l’homme,

mais il désire la fidélité à sa

Parole, à son dessein; c’est

Dieu lui-même qui construit

la maison, mais de pierres

vivantes marquées de son Esprit. Et Joseph est «gar-

dien», parce qu’il sait écouter Dieu, il se laisse guider

par sa volonté, et justement pour cela il est encore plus

sensible aux personnes qui lui sont confiées, il sait lire

avec réalisme les événements, il est attentif à ce qui

l’entoure, et il sait prendre les décisions les plus sages.

En lui, chers amis, nous voyons comment on répond

à la vocation de Dieu, avec disponibilité, avec promp-

titude, mais nous voyons aussi quel est le centre de la

vocation chrétienne: le Christ ! Nous gardons le Christ

dans notre vie, pour garder les autres, pour garder la

création !

La vocation de garder, cependant, ne nous concer-

ne pas seulement nous les chrétiens, elle a une dimen-

sion qui précède et qui est simplement humaine, elle

concerne tout le monde. C’est le fait de garder la

création tout entière, la beauté de la création, comme

il nous est dit dans le Livre de la Genèse et comme

nous l’a montré saint François d’Assise: c’est le fait

d’avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour

l’environnement dans lequel nous vivons. C’est le fait

de garder les gens, d’avoir soin de tous, de chaque

personne, avec amour, spécialement des enfants, des

personnes âgées, de celles qui sont plus fragiles et qui

souvent sont dans la périphérie de notre cœur. C’est

d’avoir soin l’un de l’autre dans la famille: les époux

se gardent réciproquement, puis comme parents ils

prennent soin des enfants et avec le temps aussi les

enfants deviennent gardiens des parents. C’est le fait

de vivre avec sincérité les amitiés, qui sont une garde

réciproque dans la confiance, dans le respect et dans

le bien. Au fond, tout est confié à la garde de l’homme,

et c’est une responsabilité qui

nous concerne tous. Soyez des

gardiens des dons de Dieu!

Et quand l’homme manque

à cette responsabilité, quand

nous ne prenons pas soin de

la création et des frères, alors

la destruction trouve une place

et le cœur s’endurcit. À chaque

époque de l’histoire, malheureu-

sement, il y a des «Hérode» qui

trament des desseins de mort,

détruisent et défigurent le visage

de l’homme et de la femme.

Je voudrais demander, s’il

vous plaît, à tous ceux qui occu-

pent des rôles de responsabilité

dans le domaine économique,

politique ou social, à tous les

hommes et à toutes les femmes

de bonne volonté: nous som-

mes «gardiens» de la création,

du dessein de Dieu inscrit dans

la nature, gardiens de l’autre,

de l’environnement; ne permettons pas que des signes

de destruction et de mort accompagnent la marche de

notre monde ! Mais pour «garder» nous devons aussi

avoir soin de nous-mêmes ! Rappelons-nous que la

haine, l’envie, l’orgueil souillent la vie ! Garder veut

dire alors veiller sur nos sentiments, sur notre cœur,

parce que c’est de là que sortent les intentions bonnes

et mauvaises: celles qui construisent et celles qui dé-

truisent ! Nous ne devons pas avoir peur de la bonté,

et même pas non plus de la tendresse !

Et ici j’ajoute alors une remarque supplémentaire:

le fait de prendre soin, de garder, demande bonté, de-

mande d’être vécu avec tendresse. Dans les Évangiles,

saint Joseph apparaît comme un homme fort, coura-

geux, travailleur, mais dans son âme émerge une gran-

de tendresse, qui n’est pas la vertu du faible, mais au

contraire, dénote une force d’âme et une capacité d’at-

tention, de compassion, de vraie ouverture à l’autre,

d’amour. Nous ne devons pas avoir peur de la bonté,

de la tendresse !

Aujourd’hui, en même temps que la fête de saint

Joseph, nous célébrons l’inauguration du ministère

du nouvel Évêque de Rome, Successeur de Pierre, qui

comporte aussi un pouvoir. Certes, Jésus Christ a don-

né un pouvoir à Pierre, mais de quel pouvoir s’agit-il ? À

la triple question de Jésus à Pierre sur l’amour, suit une

triple invitation: sois le pasteur de mes agneaux, sois

le pasteur de mes brebis. N’oublions jamais que le vrai

pouvoir est le service et que le Pape aussi pour exercer

le pouvoir doit entrer toujours plus dans ce service qui

a son sommet lumineux sur la Croix; il doit regarder

vers le service humble, concret, riche de foi, de saint

Joseph et comme lui, ouvrir les bras pour garder tout le

Peuple de Dieu et accueillir avec

affection et tendresse l’humanité

tout entière, spécialement les

plus pauvres, les plus faibles, les

plus petits, ceux que Matthieu

décrit dans le jugement final sur

la charité: celui qui a faim, soif,

est étranger, nu, malade, en pri-

son (cf. Mt 25, 31-46). Seul celui

qui sert avec amour sait garder !

Dans la deuxième Lecture,

saint Paul parle d’Abraham, qui

«espérant contre toute espé-

rance, a cru» (Rm 4, 18). Espé-

rant contre toute espérance !

Aujourd’hui encore devant tant

de traits de ciel gris, nous avons

besoin de voir la lumière de

l’espérance et de donner nous-

mêmes espérance. Garder la

création, tout homme et toute

femme, avec un regard de ten-

dresse et d’amour, c’est ouvrir

l’horizon de l’espérance, c’est

ouvrir une trouée de lumière au

milieu de tant de nuages, c’est porter la chaleur de

l’espérance ! Et pour le croyant, pour nous chrétiens,

comme Abraham, comme saint Joseph, l’espérance

que nous portons a l’horizon de Dieu qui nous a été

ouvert dans le Christ, est fondée sur le rocher qui est

Dieu.

Garder Jésus et Marie, garder la création tout en-

tière, garder chaque personne, spécialement la plus

pauvre, nous garder nous-mêmes: voici un service

que l’Évêque de Rome est appelé à accomplir, mais

auquel nous sommes tous appelés pour faire resplen-

dir l’étoile de l’espérance: gardons avec amour ce que

Dieu nous a donné !

Je demande l’intercession de la Vierge Marie, de

saint Joseph, des saints Pierre et Paul, de saint Fran-

çois, afin que l’Esprit Saint accompagne mon ministère

et je vous dis à tous: priez pour moi ! Amen.

Le Pape François

«Soyons les gardiens des dons de Dieu»

I

nauguration du Pontificat de François en la fête de saint Joseph

Saint Joseph est Patron de l’Église universelle

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VERS DEMAIN mars-avril 2013

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