Table of Contents Table of Contents
Previous Page  40-41 / 48 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 40-41 / 48 Next Page
Page Background

sainte Anne. Nicolazic les avait noués dans son mou-

choir et, avec Lézulit, était allé au presbytère pour les

montrer au recteur. C’est le vicaire qui avait répondu

et ne voulait rien changer à sa manière de voir. C’était

vraiment désappointant.

Mais le soir du 7 mars, vers onze heures, sainte

Anne apparut à Nicolazic qui, couché mais ne dormant

pas, disait son chapelet. Elle lui dit:

«Yves Nicolazic, appelle tes voisins, comme on te

l’a conseillé. Amène-les avec toi au lieu où le flambeau

vous conduira. Tu y trouveras la statue qui te mettra à

couvert du monde, lequel connaîtra enfin la vérité de ce

que je t’ai promis.»

Nicolazic se lava, s’habilla prestement, courut cher-

cher des voisins, entre autres, Jean Le Roux, qui se mu-

nit d’une bonne pioche. Le groupe suivit alors le flam-

beau qui les conduisit au Bocenno. Là, le cierge s’éleva

à trois reprises, puis disparut dans la terre. Nicolazic

marqua du pied la place où le cierge s’était enfoncé.

Jean Le Roux creusa. Il heurta vite une pièce de bois.

On dégagea du sol une statue. Au matin, après l’avoir

nettoyée, on y vit encore des traces de peinture. C’était

une statue de sainte Anne en bois dur, endommagée

par son séjour de plusieurs siècles dans la terre.

Voilà le signe indubitable de la vérité des appari-

tions de sainte Anne à Nicolazic et de sa demande d’une

chapelle. Devant la bonne foi sans faille du voyant, et

devant l’affluence toujours croissante des pèlerins,

l’évêque de Vannes, Mgr de Romadec, accorda enfin

la permission de construire la chapelle, et la première

pierre fut bénite le jour même de la fête de sainte Anne,

le 26 juillet 1625, avec une première messe célébrée

sur les lieux, devant une foule immense, par le recteur

Dom Renoué.

Les travaux

C’est le paysan sans scolarité, Yves Nicolazic, qui

anima les travaux de construction, se faisant entrepre-

neur, trésorier, même quêteur sur la route quand les

aumônes des pèlerins étaient insuffisantes; organisant

des charrois de pierres et d’autres matériaux fournis par

les habitants qu’il y intéressait dans un rayon de 10 à 12

milles (3 aà4 lieues à la ronde); ayant l’oeil à tout; dis-

cutant des prix quand il fallait payer; introduisant des

modifications dans les plans de l’architecte quand il ne

les trouvait pas assez grandioses; soldant les factures,

sans que jamais les contrôleurs de l’Évêché puissent

déceler une seule erreur dans la gestion.

Des files interminables de charrettes de transport

se suivaient sur les routes menant à Ker-Anna; des

bras de partout , passaient sur les chantiers des tra-

vaux; mais il n’y eut ni confusion ni accidents, et les

volontaires s’en retournaient toujours chez eux heu-

reux d’avoir fait leur corvée d’amour.

Mais ce sont les Carmes, arrivés en 1628, qui

organisèrent les pèlerinages, et en beauté. Comme

sainte Anne l’avait annoncé à Nicolazic, les pèlerins

vinrent de toute la Bretagne, et même de plus loin, en

nombre croissant. Les constructions prirent du déve-

loppement, et le modeste Ker-Anna de jadis devint

pour tous Ste-Anne d’Auray, ou même plus simple-

ment Ste-Anne.

Dernières années de Nicolazic

Lorsqu’il jugea avoir accompli la mission que lui

avait confiée sainte Anne, Yves Nicolazic voulut ren-

trer dans l’obscurité et se soustraire à l’admiration

que lui témoignaient les pèlerins. Tous, en effet, cher-

chaient à l’approcher, à entendre de sa bouche le récit

des apparitions de sainte Anne, à se recommander à

ses prières. Il quitta alors Ker-Anna et se retira sur une

terre qu’il possédait à Plumeret, pour y reprendre sa

vie de simple cultivateur, avec sa famille qui comptait

maintenant deux fils. Il eut jusqu’à sa mort la consola-

tion d’une apparition annuelle de sa Bonne Patronne,

aux approches du 26 juillet.

Nicolazic avait toujours exprimé le désir d’être

inhumé au lieu même où la statue avait été retirée

du champ Bocenno. Lorsqu’il tomba malade, les Car-

mes gardiens du sanctuaire le firent transporter à leur

couvent. C’est dans une chambre de ce Couvent qu’il

mourut. Quelques minutes avant son agonie, son vi-

sage s’irradia de joie et il tenait ses yeux fixés sur quel-

que chose d’invisible pour les personnes présentes.

Son confesseur lui demanda ce qu’il regardait ainsi.

Il répondit d’une voix claire: «Je vois la sainte Vierge

et sainte Anne, ma bonne Patronne.» C’était le 13 mai

1645. Le serviteur de sainte Anne fut inhumé, selon

son désir, sous la crypte de la basilique élevée sur le

champ du Bocenno.

La figure d’Yves Nicolazic s’est effacée dans l’om-

bre de celle de sainte Anne dont le culte grandissait

sans cesse. Mais il reste inséparable de l’origine de

cette splendeur. Et, il y a quelques années, des démar-

ches ont été faites et agréées à Rome en vue d’une

possible future béatification. L’auteur que nous déva-

Tombe d’Yves Nicolazic

dans la basilique d’Auray

u

40

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2013

www.versdemain.org

lisons, l’abbé J. Corniquel, remarque à ce sujet:

«Nous attendons avec ferveur et sérénité ce que

l’Église décidera à ce sujet, mais avec un très

grand espoir aussi. Le jour ou il sera canonisé,

en Bretagne, en France, dans le monde, les pay-

sans et les pères de familles seront à l’honneur.»

Pèlerinages, messes, processions, dévotions

en groupes et privément ont continué sans inter-

ruption depuis près de trois siècles et demi au

coin de terre bretonne élu par sainte Anne. Et la

bonne grand-mère de Jésus n’a cessé d’y dis-

penser ses faveurs en surabondance. La chapelle

vit ses murs se couvrir d’exvotos. Et que d’autres

remerciements silencieux se sont élevés là vers

la grande bienfaitrice.

Après les années de la grande révolution

française, il ne restait guère sur les lieux que des

ruines, des débris de statues. L’antique statue de

bois, miraculeusement retrouvée dans la terre

du Bocenno, avait elle-même été livrée aux flam-

mes.

Mais la ferveur et l’amour des Bretons pour

leur grande patronne étaient demeurés vives,

et le domaine de sainte Anne fut vite relevé

des déprédations des sans-Dieu, avec plus de

splendeur encore qu’auparavant. En 1825, une

nouvelle statue prit la place de la vénérée statue

incendiée par les révolutionnaires. Dans le so-

cle de cette nouvelle statue, on avait cependant

enchâssé un fragment de la statue miraculeuse

que le feu n’avait pas totalement consumé.

Restauration et jours de gloire

Les Carmes, expulsés par la Révolution, ne revin-

rent pas à leur couvent de Sainte-Anne; mais l’Évêque

de Vannes ayant établi là un petit séminaire, le sanctuai-

re eut des prêtres, du personnel enseignant et une belle

chorale de séminaristes pour les offices liturgiques.

L’historique du sanctuaire restauré s’honore de

dates particulièrement solennelles. Entre autres, 1868,

quand une belle basilique, grande comme une cathé-

drale, prit la place de l’ancienne chapelle trop petite, et

que la statue de sainte Anne reçut les honneurs du cou-

ronnement.

Pas un seul Breton bien né, s’il en a la possibilité,

ne voudra passer sa vie sans aller au moins une fois

en pèlerinage à Sainte-Anne d’Auray. Comme l’a écrit

Brizeux, poète breton du 19e siècle, né à 16 milles (25

km) du domaine de sainte Anne:

C’est notre mère à tous; mort ou vivant, dit-on,

À Sainte-Anne d’Auray doit aller tout Breton.

De Bretagne au Canada

Venons-en maintenant à l’autre grand lieu où sainte

Anne attire les foules et multiplie ses libéralités: celui de

la province canadienne de Québec dont l’origine suivit

de près celui de la Bretagne: Sainte-Anne de Beaupré.

Quelque 30 ans après la pose de la première pierre

au sanctuaire breton d’Auray, il y eut au Canada (alors

appelé Nouvelle-France), sur la rive nord du St-Laurent,

une chapelle dédiée a sainte Anne, où les faveurs ob-

tenues de la sainte déclenchèrent dès le début ce qui

allait devenir une «marée de pèlerins», pour employer

l’expression du Père Eugene Lefebvre, Rédemptoriste,

dans sa brochure

Terre de miracles

.

Beaupré et Auray seraient même, en quelque sorte,

deux maillons de la même chaîne, entre lesquels, par la

Basilique actuelle de sainte Anne d’Auray

u

Cérémonie du «Grand Pardon» au sanctuaire

de sainte Anne d’Auray le 26 juillet

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2013

www.versdemain.org

41