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Basilique et pèlerinage

Une église dédiée à sainte Anne, construite sur

les lieux, devint un centre de pèlerinage frequenté. De

nombreux miracles reconnus y eurent lieu. Au 17e siè-

cle, Anne d’Autriche, épouse du roi Louis XIII, y envoya

une délégation implorer de sainte Anne un héritier pour

la couronne de France. Elle lui attribua la naissance de

Louis XIV. Elle vint plus tard elle-même à Apt, avec une

suite imposante et offrit de riches présents: une sta-

tue de sainte Anne en or, des articles sertis de pierres

précieuses, et une somme de 8000 livres pour faire

construire dans la basilique une chapelle plus digne de

l’insigne relique.

Plusieurs bulles papales attestent de l’authenticité

du corps de sainte Anne vénéré à Apt, entre autres

celles des papes Adrien, Benoît XII et Clément VII.

D’ailleurs, une multitude de miracles bien constatés en

rendent témoignage. Un bras de ce corps fut accordé

à Rome et conservé au monastère bénédictin de Saint-

Paul-hors-les-murs.

C’est de ce bras que, à la demande du Cardinal

Taschereau de Québec, le Pape Léon XIII détacha un

morceau d’os de 4 pouces (10 cm) de longueur pour

être porté à Sainte-Anne de Beaupré. En route pour le

Canada, la relique fut retenue à New-York pendant trois

semaines, exposée dans une église qui ne se désemplit

pas, recevant la vénération de plus de 250 000 pèle-

rins, nombre d’entre eux venus de bien loin. C’est le

26 juillet 1892 que le Cardinal Taschereau, après une

messe pontificale, déposa cette relique au sanctuaire

de Sainte-Anne de Beaupré.

À Apt, le souterrain qui garda le corps de sainte

Anne pendant plus de sept siècles forme la deuxième

crypte de la basilique actuelle.

Mais si sainte Anne, en sortant de Palestine, eut la

Provence comme domicile, elle a plus particulièrement

élu, comme fiefs privilégiés, la Bretagne, à l’extrémité

ouest de la France, et la province de Québec, au Canada.

Sainte Anne en Bretagne

En matière de culte des saints, les chrétiens des

premiers siècles honorèrent surtout ceux qui avaient

répandu leur sang pour le Christ. Après les persécu-

tions des trois premiers siècles, la dévotion s’orienta

surtout d’abord vers la très sainte Vierge Marie et les

autres saints personnages de la proche parente de Jé-

sus. Le culte de sainte Anne s’est surtout répandu à

partir du Concile d’Éphèse (en 431). D’abord en Orient,

jusqu’à Constantinople; puis en Occident: Italie, Fran-

ce, Angleterre et Irlande, Allemagne et Scandinavie.

Mais le plus célèbre des sanctuaires de sainte

Anne en Europe, c’est celui de Ste-Anne d’Auray, en

Bretagne, qui date du premier quart du 17e siècle. Et

ce n’est pas par une relique de son corps mortel que la

grand-mère de Jésus s’est installée plus spécialement

en ce lieu, mais par une intervention bien personnelle

de la sainte Anne bien vivante au Ciel, venant dire à un

paysan breton, en langue bretonne, que Dieu lui-même

voulait avoir là une basilique à elle consacrée. Une his-

toire merveilleuse.

Ce n’est pas une légende, ni de la simple tradition.

C’est aussi historiquement établi que, par exemple, la

fondation de Québec par Champlain en 1608. Le paysan

s’appelait Yves Nicolazic. Il ne savait ni lire ni écrire et

ne parlait que le breton. Mais la bonne sainte Anne le

prit comme il était et le prépara, patientant le temps qu’il

fallait pour qu’il en vienne à surmonter sa timidité.

Yves Nicolazic vivait

au hameau de Ker-Anna,

en Plumeret, à une lieue (5

kilomètres) d’Auray, à 25

kilomètres (16 milles) de

Lorient, dans l’actuel dé-

partement du Morbihan.

En 1623, Nicolazic avait

34 ans. Marié depuis une

douzaine d’années, mais

sans enfant, il vivait avec

sa femme Guillemette,

son beau-frère Jean Le-

roux, et des domestiques

qu’il employait, sur une

ferme qu’il cultivait, mais dont la propriété appartenait

à M. de Kerloguen. Depuis son enfance, Yves Nicolazic

avait une grande dévotion envers la très sainte Vierge

Marie, aimant réciter son rosaire, et fréquemment vu

avec son chapelet en main. Quant à sainte Anne, il la

louait avec amour et recourait souvent à elle l’appelant

sa «Bonne Patronne».

Ker-Anna, signifie en breton «Village d’Anne». On

pensait généralement dans la région qu’il y avait eu là

anciennement une chapelle à sainte Anne, mais sans en

avoir aucune preuve. On rapportait bien parfois quel-

que chose d’étrange au sujet du champ voisin de la

ferme Kerloguen, le champ du Bocenno. Sur un endroit

de ce champ, on ne pouvait passer la charrue sans que

l’attelage se rompe et que les boeufs se cabrent.

La Dame au flambeau

Une nuit du début d’août 1623, Nicolazic pensait à

sa bonne patronne quand, tout à coup, sa chambre fut

illuminée, et au milieu de cette clarté, il vit distinctement

une main tenant un flambeau de cire. Courte vision: le

temps d’un Pater et de deux Ave.

Six semaines plus tard, un dimanche soir, il vit de

nouveau, au-dessus du champ Bocenno, la clarté, le

cierge, mais sans la main et plus brièvement. Pendant

plusieurs mois successifs, il vit fréquemment le même

cierge briller auprès de lui. Parfois même, lorsqu’il ren-

trait tard à la noirceur, le cierge l’accompagnait, éclai-

rant son chemin jusqu’à la maison. Il ne savait quoi en

penser, en étant d’abord un peu effrayé, mais à chaque

fois, l’apparition du cierge lui apportait une suavité inté-

rieure spirituelle.

Un soir d’été, son beau-frère Le Roux et lui étaient

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Yves Nicolazic

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allés, séparément et à l’insu l’un de l’autre, chercher

leurs boeufs dans un pré en bas du Bocenno. Il y avait

là une fontaine, et ils menèrent leurs boeufs boire à

l’abreuvoir avant de les ramener. Soudain, les boeufs

refusent d’avancer. S’approchant tous les deux pour

en connaitre la cause, ils voient à quelques pas des

boeufs, dans une lumière et tournée vers la fontaine,

une dame majestueuse tenant un flambeau à la main.

Pris de frayeur, ils s’éloignent d’abord, puis reviennent,

mais tout avait disparu.

Par la suite, Nicolazic revit souvent la même dame

mystérieuse, dans sa maison,

dans son jardin, près de la fon-

taine, mais toujours muette, ne

disant pas qui elle était.

Vint le 25 juillet 1624, veille

de la fête de sainte Anne. Nico-

lazic se rendit à Auray, chez les

Capucins, sans doute pour se

confesser. Il en revenait à la noir-

ceur, le chapelet à la main. Pas-

sant auprès d’une croix sur son

chemin, il vit soudain la même

Dame mystérieuse, même atti-

tude et même lumière. Cette

fois, elle l’appela par son nom:

«Yves Nicolazic ! », et lui fit signe

de la suivre. Ce qu’il fit, elle te-

nant le flambeau, lui tenant son

chapelet. Ils arrivèrent bientôt à

Ker-Anna et s’engagèrent dans

le chemin creux conduisant à sa

ferme. À l’approche de la mai-

son, la Dame disparut.

Nicolazic fut particulière-

ment impressionné par cette

visite plus longue de la Dame,

qui n’avait toujours pas encore

donné son nom. Trop ému pour

manger, il alla dans sa grange,

s’étendre sur un lit de paille. Ne pouvant s’endormir, il

prit son chapelet et pria.

Tout à coup, vers onze heures, il crut entendre du

bruit dehors, comme si une foule passait sur le chemin

voisin de la grange. Se levant en hâte, il ouvrit la porte,

mais rien, absolument rien dans la campagne, tout en

silence. La peur le saisit, il prit son chapelet et continua

de prier pour retrouver son assurance.

Nicolazic reçoit sa mission

Soudain, vers deux heures, une grande clarté

remplit la grange, et dans cette auréole, la Dame, plus

resplendissante que jamais. Et cette fois, elle parla:

«Yves Nicolazic, ne crains point. Je suis Anne, mère

de Marie. Dis à ton Recteur que dans la pièce de terre

appelée le Bocenno, il y eut autrefois, même avant qu’il

se trouve ici aucun village, une chapelle dédiée en mon

nom. Il y a 924 ans et six mois qu’elle a été ruinée. Je

désire qu’elle soit rebâtie au plus tôt et qu’on en prenne

soin. Dieu veut que j’y sois honorée.»

Cela dit, sainte Anne disparut, laissant Nicolazic

seul. Mais ces paroles l’avaient éclairé et mettaient fin à

ses perplexités. Le coeur dilaté par la joie et l’amour, il

s’endormit tranquille.

Sainte Anne rapportait donc elle-même un fait histo-

rique précis: une chapelle sous son vocable avait existé

là: le culte de sainte Anne était donc répandu dans la

Bretagne dès ce temps-là. La cha-

pelle était tombée en ruines 924

ans et six mois avant le 26 juillet

1624, c’est-à-dire en janvier 700,

donc 92 ans avant la découverte

des restes mortels de sainte Anne

par Charlemagne dans le souter-

rain d’Apt qui la cachait depuis les

temps apostoliques.

Sainte Anne avait bonne mé-

moire. Elle avait aimé les prières

des Bretons s’assemblant pour

l’honorer en ce lieu de Ker-Anna,

il y avait de cela plus de neuf siè-

cles. Elle dut bien annoncer à ses

dévots d’autrefois, rendus au Ciel,

qu’elle allait faire revivre ce culte

avec plus de splendeur encore

que dans le passé, parce que tel

était son désir et telle était la vo-

lonté de Dieu: elle l’a dit à Nico-

lazic à l’heure des Matines de la

Sainte-Anne 1624.

Le lundi 3 mars, 1625, sainte

Anne apparut avec plus de solen-

nité que d’habitude à Nicolazic au

champ du Bocenno, non seule-

ment dans la clarté lumineuse des

fois précédentes, mais accom-

pagnée de chants merveilleux

semblant provenir d’un choeur céleste invisible. Sain-

te Anne insista sur l’accomplissement de ses deman-

des, disant que le temps des délais était définitivement

terminé. Nicolazic alors s’enhardit à lui suggérer avec

simplicité et respect: «Faites donc quelque miracle, ma

Bonne Patronne, afin que tout le monde reconnaisse

votre volonté.»

À quoi sainte Anne répondit: «Va, confie-toi en Dieu

et en moi: des miracles, tu en verras bientôt en abon-

dance, et le plus grand de tous sera l’affluence du mon-

de qui viendra m’honorer en ce lieu.»

La découverte miraculeuse

Le 7 mars allait être un jour décisif. La veille, Le

Roux, en se levant avait trouvé 12 quarts d’écus sur la

table de sa chambre. Ce ne pouvait être qu’un premier

don miraculeux en vue de la chapelle demandée par

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