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Nous voudrions maintenant parler un peu des

gloires de sainte Anne depuis qu’elle est au Ciel, du

culte que les chrétiens lui rendent, des sanctuaires ou

ils la visitent et l’honorent, des grâces multiples que

son coeur de grand-mère obtient pour ceux qui l’in-

voquent. Mais devant nous limiter, nous allons nous

borner à signaler trois hauts-lieux de son culte parmi

les centaines de l’ancien et du nouveau continent: Apt

en France, Auray en Bretagne, Beaupré au Canada.

Sainte Anne entre en France

Apt est une des plus vieilles villes de France, déjà

bien établie quand la France n’était encore que la Gau-

le. Au temps des Césars, Apt (alors appelée Apta Julia)

fut la capitale des Vulgientes, peuple de la vallée de la

Durance soumis à la domination romaine. Au temps

des rois et des divisions naturelles de la France en

provinces, Apt était une ville de la Provence, belle pro-

vince du sud-est; entre le Dauphiné au nord, le Rhône

inférieur à l’ouest, la frontière de l’Italie à l’est et la mer

Méditerranée au sud. Aujourd’hui, Apt est un chef-lieu

d’arrondissement du département de Vaucluse.

C’est par Apt que sainte Anne est entrée en France.

Et par un don de la sainte Vierge Marie encore vivante.

C’est que, dans les desseins de Dieu, la France allait

être une terre de dilection de Marie. Et c’est une belle

histoire que celle de Marie faisant à la France cadeau

des restes mortels de sa mère.

Persécution tournée à bien

Après la Pentecôte, les prédications des Apôtres

et les témoignages de ceux qui avaient connu Jésus et

vu ses miracles gagnèrent de nombreux Juifs à l’Église

naissante, ce qui alarmait considérablement les chefs

obstinés dans leur haine contre un Messie qui n’avait

nullement répondu à leurs vues et qui avait dénoncé

leur orgueil, leur hypocrisie et leur endurcissement.

Parmi les témoignages particulièrement éloquents,

il y avait celui de Lazare, le ressuscité. Les chefs juifs

pouvaient avoir quelque succès à dire au peuple que

Jésus n’était point ressuscité, que cette résurrection

était une fabrication des apôtres et de quelques disci-

ples. La grande masse du peuple de Judée et de Gali-

lée n’avait pas revu Jésus ressuscité; il n’était apparu

qu’à un nombre relativement petit de personnes.

Mais Lazare, lui, était connu et vu à loisir depuis

qu’il avait été ramené à la vie après quatre jours dans

le tombeau. Et c’était un homme connu. Il n’était pas

d’une famille obscure. Tout le monde dans Béthanie,

dans Jérusalem, et bien au delà, savait le fait de sa

résurrection. Et ce ressuscité-là ne se pressait pas de

re-mourir et de disparaître de la circulation.

On touchait à l’an 43. Depuis près de dix années,

depuis son Ascension, Jésus n’était plus visible. Mais

le ressuscité Lazare était toujours là. Témoin direct.

Témoin gênant. Il fallait s’en défaire, et de ses soeurs

aussi, Marthe et Marie, et des servantes de ses soeurs,

et de Marie Jacobé, mère de Jacques et de Jean, et de

Marie Salomé: ces femmes avaient suivi Jésus jusque

sur le Calvaire, elles en savaient trop et ne consen-

taient pas à se taire; gênants aussi, Maximin, un fer-

vent disciple du Maître, et Sidoine, l’aveugle-né dont

la guérison avait fait tant de bruit dans tout Jérusalem.

Les mettre à mort sans raison valable pourrait pa-

raître trop révoltant et nuire à la cause des ennemis du

Christ au lieu de les aider. Its trouvèrent une autre so-

lution. S’en débarrasser sans tuerie. Ils embarquèrent

donc tous ces amis de Jésus sur un petit bateau sans

voile, sans rame, sans gouvernail, sans provisions de

bouche, puis les poussèrent en mer, les abandonnant

là, à un sort qui ne pouvait être qu’un naufrage fatal ou

la mort par la faim: ils ne gêneraient plus.

Mais les ennemis avaient compté sans Marie,

mère de Jésus. Vivant encore sur la terre, elle était

déjà surnaturellement renseignée et surnaturellement

puissante. Elle allait faire le plan des ennemis de Jésus

servir à la promotion de l’Évangile et à l’exécution de

son propre programme, bien en accord avec les des-

seins de Dieu. Marie désirait voir l’Évangile porté sans

délai au pays de sa dilection, à la terre des Gaules, où

elle avait déjà été invoquée bien avant sa naissance,

sous le vocable de «la Vierge qui devait enfanter».

Grand cadeau de Marie à la France

Pour porter la Bonne Nouvelle de la Palestine en

France, il fallait nécessairement traverser la Méditer-

ranée. Des ennemis de l’Évangile avaient placé des

propagateurs de l’Évangile sur cette mer, dans un des-

sein pervers, il est vrai, mais Marie serait déjà pour

ces proscrits «l’Etoile de la Mer». Elle les ferait abor-

der sur les côtes de France. Mais Marie voulut en plus

leur faire, et par eux à la France, un don insigne, et fit

Marie, l’Enfant Jésus et sainte Anne, sous

le regard du Père Éternel et de l’Esprit-Saint;

nef de la basilique Sainte Anne de Beaupré

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placer discrètement sur le bateau à la dérive les restes

mortels de sa mère, sainte Anne.

Sans voile, sans pilote, sans gouvernail et sans

rames, le groupe accosta à la place appelée depuis

«Les Saintes-Maries de la Mer»; et avec eux, le corps

de sainte Anne. C’était le 2 fevrier de l’an 43, l’année

même où saint Pierre s’établit à Rome qui serait désor-

mais le siège de la papauté. C’est aux Saintes-Maries

de la Mer que fut plantée la première croix et célébrée

la première messe sur la terre de France.

Saint Lazare devint le premier évêque de Marseille.

Saint Maximin et saint Sidoine établirent un siège épis-

copal à Aix. Sainte Marie Madeleine ne tarda pas à se re-

tirer dans la solitude, première contemplative des Gau-

les, passant les trente dernières années de sa vie dans la

grotte connue aujourd’hui sous le nom de Sainte-Bau-

me. Les autres saintes femmes aidèrent ces premiers

missionnaires et convertirent en nombre les pêcheurs,

les bergers et les cultivateurs des Bouches-du-Rhone.

Quant à l’insigne relique de sainte Anne, elle fut

confiée à saint Auspice, qui l’emporta à Apt. La persé-

cution rendant bientôt son martyre imminent, il cacha

la relique dans un souterrain. Les témoins de cette

mise en sureté disparurent dans les persécutions et

personne ne sut plus ce qu’étaient devenus les restes

mortels de la mère de la Mère de Dieu. Ils demeurè-

rent ainsi cachés et comme perdus pendant plus de

700 ans. Ils ne furent retrouvés qu’à Pâques 792, par

Charlemagne, alors roi de France et futur empereur

d’Occident. (

Voir ci-haut.

)

Le premier soin de Charlemagne, après son arri-

vée à Apt, fut de faire reconsacrer par Turpin, alors

archevêque de Reims, l’église cathédrale qui avait

été polluée par un culte impie. Un jeune homme du

nom de Jean, âgé de quatorze ans, aveugle, sourd

et muet de naissance, fils du baron

de Caseneuse, était présent dans

le sanctuaire. Pendant quelque

temps, on vit ce jeune homme pa-

raître écouter un certain avertisse-

ment céleste. Bientôt il commença,

en frappant sur une levée de de-

grés menant au maître-autel, à faire

signe qu’on creusât profondément

le sol, afin que, les degrés enlevés,

on vit ce qui était peut-être caché

dessous. L’office divin était troublé

par là, sans qu‘il fut au pouvoir des

gardes ni des autres officiers de re-

tenir ce jeune homme. Cependant,

tous les assistants étant surpris par

la nouveauté du fait, le prince, pré-

sageant un miracle, donna ordre de

se conformer aux vœux si vivement

exprimés par l’adolescent.

On enleva à l’heure même les

marches de la montée indiquée, et

on découvrit aussitôt une porte fer-

mée de grosses pierres qui fit présager quelque cho-

se de remarquable. Les ouvriers ayant ouvert cette

porte à coups de marteau, on vit une entrée et une

descente de degrés qui conduisit dans une grotte

souterraine artistement travaillée. C’était la crypte où

le bienheureux Auspice, apôtre des Aptésiens, avait

coutume de nourrir par la parole sainte et les Sacre-

ments le peuple qui lui était confié.

L’aveugle Jean marchait le premier, indiquant le

chemin avec une telle sûreté, que Charlemagne fut

obligé de le faire tenir près de lui pour qu’il ne fût

pas foulé aux pieds des curieux. Le jeune homme

faisait toujours comprendre du geste qu’on creusât

plus avant la terre à la partie du mur qu’il signalait.

On descendit enfin dans un souterrain long et étroit;

mais là une lumière extraordinaire apparaissant

entoura les assistants. La crypte

inférieure étant enfin ouverte, tan-

dis que tous, pleins d’admiration,

regardèrent une lampe ardente

placée devant une sorte d’armoire

murée. Le roi lui-même, le clergé

et les grands de la cour, accouru-

rent tout joyeux vers la mystérieu-

se clarté, qui s’éteignit aussitôt au

contact de l’air.

Chose admirable ! Voilà que

Jean, ayant tout à coup les yeux

ouverts, ainsi que les oreilles, et la

langue déliée, s’écria: «Dans cette

ouverture est le corps de Sainte

Anne, mère de la très-sainte Vier-

ge Marie, Mère de Dieu». Tous les

spectateurs, remplis d’étonne-

ment, poussèrent mille acclama-

tions de joie. Cependant le très-

pieux roi ordonna d’ouvrir la niche.

Aussitôt une odeur semblable à

celle d’un baume se répandit, et le

dépôt sacré, attesté par un si grand miracle, appa-

rut renfermé dans une caisse de cyprès, enveloppé

d’un voile précieux, et certifié par cette inscription:

« Hic est corpus beate Annae, matris virginis Mariae

» (Ici est le corps de la bienheureuse Anne, mère

de la Vierge Marie). La caisse ouverte, une odeur

suave se répandit dans l’une et l’autre crypte pour la

confirmation du miracle. Charlemagne ordonna de

faire consigner dans des écrits le récit de tous les

faits, tels qu’ils s’étaient passés, dans une lettre qui

fut envoyée au pape Adrien 1er.

La découverte du corps de sainte Anne à Apt

Le roi Charlemagne

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