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le plus pour nous... c’est plus important que toutes les

paroles qu’il a dites avant, que tous les miracles qu’il a

faits. Parce qu’il s’est donné jusqu’au bout, parce qu’il

a aimé jusqu’à l’extrême de l’amour.

Dans ce sens-là, certainement que pour nous,

chrétiens, si nous voulons contribuer à cette discus-

sion dans la société, nous ne pouvons faire autrement

que de partir de Jésus-Christ crucifié. D’autant plus

que le Crucifié est ressuscité, témoignant ainsi que la

mort n’est pas le dernier mot de la vie, le dernier mot

de l’amour, ouvrant ainsi un chemin vers l’espérance.

Tellement qu’encore une fois, dans l’Évangile de saint

Jean, on ne dira pas «à l’heure où Jésus mourait»,

mais «à l’heure où Jésus passait de ce monde à son

Père».

C’est une lumière sur la vie et sur l’amour que

seul Jésus-Christ peut nous apporter. C’est d’abord

dans la foi que nous accueillons cette lumière. Mais en

même temps c’est une lumière dont tout être humain

a besoin, et c’est pour cela qu’il ne s’agit pas de gar-

der cette lumière pour nous, parce que nous croyons

en Jésus-Christ et que d’autres seraient peut-être plus

éloignés de cette foi en Jésus-Christ; c’est une lumière

que nous sommes appelés à accueillir mais aussi à

transmettre. Parce qu’il y a une lumière qui vient de

la Croix et qui le pouvoir de toucher tous les coeurs,

quels qu’ils soient... parce que Jésus-Christ a donné

sa vie pour tous.

Nous avons besoin des mourants

Dans un premier temps, dans la société, on peut

penser que ce dont on a besoin c’est de producteurs

et de consommateurs, de gens utiles qui font fonction-

ner l’économie, ou qui rentrent dans un cycle de vie

matérielle. Certainement que cela a sa place dans la

vie, mais est-ce que cela doit prendre toute la place?

Parfois on traite la souffrance et la mort comme si

c’était quelque chose à côté de la vie, et on voit bien

qu’on a peut-être quelque chose à apporter aux mou-

rants, aux personnes qui souffrent, mais on ne voit pas

toujours qu’eux aussi nous apportent quelque chose,

et je dirais même que nous avons besoin de ce qu’ils

nous apportent.

Lorsque, dans notre famille, on est confronté à

accueillir l’événement d’une maladie tragique, qui

semble avoir pour issue la mort, ça demande du cou-

rage, ça demande de la générosité, et quelle que soit

la façon pour les gens de le vivre, ça demeure difficile.

Mais il n’est pas rare qu’on entend parler — et j’ai

souvent rencontré des gens qui ont apporté leur té-

moignage d’accompagnement d’un membre de leur

famille, dans le contexte des funérailles — et qui di-

saient comment le fait de s’être engagé à être présent

auprès du membre de leur famille qui en était à ses

derniers jours ou à ses dernières semaines, au-delà du

premier moment de dire: «Faut se dépasser, parce que

ça change nos horaires, ça change nos activités, il faut

y mettre du temps...» Une fois qu’on a dépassé cela et

qu’on est là, il n’est pas rare qu’il y ait des moments de

réconciliation, qu’on découvre qu’une seule seconde

peut avoir un pouvoir d’éternité.

Je pense à cette dame qui me disait qu’au che-

vet de sa mère, elle voit un moment donné, dans son

dernier souffle, elle voit ses yeux se tourner vers elle

— elle ne parlait plus depuis quelques jours — et la

regarder avec une telle tendresse que ça lui a don-

né un souffle d’espérance incroyable ! Énormément

de belles choses peuvent se vivre lorsqu’on prend

conscience que la personne que l’on accompagne,

certainement qu’elle a besoin de nous, mais quand on

découvre aussi qu’elle nous apporte quelque chose,

quand on s’expose, quand on se rend disponible pour

vivre l’événement et en accueillir l’épreuve, mais aus-

si, finalement, découvrir la bonté qui rayonne à travers

l’épreuve.

On a besoin des mourants. On a besoin, comme

société, de remettre le mourant au centre, au centre

de la société et au centre de la famille. On comprend

qu’à partir du moment où on a soif de vie, qu’on est

fait pour la vie, que l’expérience de la mort demeure

un moment clé. Ça peut-être un moment qui nous jette

à terre comme ça peut être un moment qui soit source

d’espérance.

Mettre le mourant au centre de la société et de

la famille, c’est justement donner un espace à décou-

vrir davantage qui nous sommes: nous sommes des

êtres vivants, mais nous sommes des êtres qui sont

faits pour plus que la vie en ce monde. Nous sommes

habités par une soif d’absolu, nous sommes faits pour

l’éternité, et dans cet accueil des mourants que l’on

peut faire, on touche quelque chose de cette éternité

qui se rend présent. C’est pas toujours aussi lumineux

à ce moment précis, parfois c’est plus tard que la lu-

mière se fait, mais il y a des moments de lumière et il

y a une lumière.

Si la vie n’était considérée comme valable ou valide

que lorsqu’on est en santé, que lorsque tout va bien,

que lorsqu’on est comblé de biens matériels, la vie se-

rait absurde la plupart du temps. Si on est à la recher-

che d’un sens à la vie, on est à la recherche d’un sens

qui va résister: on a vécu un échec, mais la vie a encore

un sens; on a été frappé d’un rejet, la vie a encore un

sens; on a été ébranlé par la maladie, la vie a encore un

sens; on est dans la perspective de notre mort, la vie a

encore un sens. L’idée c’est de découvrir le sens de la

vie qui résiste à tout ce qui fait partie de la vie.

Accompagner les vivants

Les mourants, avant d’être des mourants, sont

des vivants. Quand on regarde un mourant, ce qu’on

regarde, c’est un vivant. Un vivant qui est à l’article de

la mort, mais un vivant tout de même. Dans ce sens-

là, accompagner les mourants c’est tout d’abord ac-

cueillir les vivants qui approchent de la fin de leur vie.

Accompagner des vivants jusqu’à la fin. Accompagner

u

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2013

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avec les soins physiques, les soins spirituels, les soins

familiaux, jusqu’à la fin. Cet accompagnement jusqu’à

la fin, c’est celui par lequel on dit justement que cette

personne qui est mourante, c’est un être humain qui

est vivant. Et ça devient un acte de confiance en cette

vie humaine et d’espérance en Dieu qui est présent et

qui agit.

De ce point de vue là, si on dit, comme on peut

le penser, ou comme certains le pensent, que si on

veut vraiment aider quelqu’un qui souffre, ce qu’il

faut faire, c’est de supprimer le malade, par euthana-

sie ou par suicide assisté, et quelque soit le langage

qu’on utilise — «soins de fin de vie» ou «aide à mou-

rir» — dès qu’il s’agit de causer directement la mort

de quelqu’un, on n’est

pas en train d’accom-

pagner le vivant, on est

en train de supprimer le

vivant. On n’est pas en

train de procurer des

soins, on est en train de

supprimer le patient qui

a besoin de soins. Dans

ce sens-là, la question

même de l’accompa-

gnement de la vie, c’est

d’accompagner la vie

jusqu’au bout.

Vous êtes familiers

avec les questions de

vocabulaire, qui sont

importantes. Si on parle

d’acharnement théra-

peutique par exemple,

ça veut dire vouloir

tellement aider qu’on

prend des moyens dis-

proportionnés qui n’ont

plus rapport avec les

résultats que l’on peut

escompter et, dans ce

sens-là,

deviennent

comme excessifs. Quel-

que part, accompagner la vie, c’est aussi accepter que

nous sommes des êtres mortels... Donc, il est légitime

de cesser, d’arrêter des traitements disproportionnés

qui ne peuvent plus aider quelqu’un. Il arrive un mo-

ment donné où c’est là qu’on en est. Donc, arrêter le

traitement, c’est accepter que nous sommes des êtres

mortels, mais ce n’est pas causer la mort; c’est la ma-

ladie qui cause la mort.

Par contre, si on se met à vouloir devancer la mort

parce qu’il y a la souffrance, c’est là qu’on n’est plus

en train d’accompagner, on est en train de supprimer.

Alors, ce sont des questions délicates, il n’y a pas

de réponses immédiates pour tout le monde, mais si

on reste les yeux fixés sur Jésus-Christ, on reçoit la

grâce de pouvoir discerner, voir la valeur de tout être

humain quel que soit sa fragilité ou l’étape de sa vie

— le caractère sacré de la vie, de la conception jusqu’à

la mort naturelle.

Je vous invite à prier, parce qu’il y a une lumière

qui vient de Dieu. Dieu est vie, Dieu est Auteur de la

vie, Il nous a créés, et Dieu, dans ce sens-là, est le

premier défenseur de la vie. Il défend notre vie com-

ment? En donnant sa vie pour nous en Jésus-Christ.

Et dans ce sens-là, il vient nous indiquer que la vie est

faite pour être donnée, que la vie est faite pour qu’on

apprenne à se donner. Et dans ce sens-là, si tout au

long de notre vie, avec nos fragilités, avec nos péchés,

avec nos lenteurs, on fait de notre vie un chemin de

don, on se prépare à faire de notre mort un don.

La mort se pré-

pare en faisant de no-

tre vie un chemin de

don. La mort comme

passage à la vie éter-

nelle se prépare en

faisant de notre vie

un chemin de don,

un chemin de prière,

un chemin d’ouver-

ture à Dieu et de don

aux autres. Lorsqu’on

rencontre des gens

qui ont eu cette grâce,

qui se sont ouverts

à cette grâce, parce

qu’elle est offerte à

tous, de vivre leur

vie comme un don

dans la prière, dans

la fidélité au don de

soi aux autres, à leur

famille, au moment

de leur souffrance et

de leur mort, alors

que l’on va pour les

aider et les réconfor-

ter, on découvre que

c’est nous qui sor-

tons réconfortés. Je suis certain que vous avez vécus

l’expérience: combien de fois on a voulu réconforter

quelqu’un, et c’est lui qui nous a réconforté. Parce

qu’en faisant de sa souffrance et de sa vie un don, la

lumière jaillit à travers sa fragilité, à travers son regard.

L’oeuvre de Jésus-Christ, elle est puissante. C’est

une œuvre d’amour, c’est une oeuvre de bonté, et tous

nous avons besoin de cette bonté, et nous pouvons

prier pour que tous, en cette société, en ce temps que

nous vivons, les croyants comme ceux qui sont plus

loin de Jésus-Christ, découvrent ou redécouvrent cet-

te bonté de Jésus-Christ et ce pouvoir de Dieu sur la

vie et sur la mort, qui a le pouvoir de transformer nos

morts en don de soi, en passage vers la vie éternelle.

Amen.

Mgr Lépine à la marche printanière contre l’euthanasie à

Québec le 18 mai 2013, avec notre pèlerine Fatima Cervantes

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2013

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