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L’environnement est un enjeu moral

À cause de la place de l’être humain dans la nature, le

soin de l’environnement n’est jamais un problème

purement économique ou technologique : il constitue

avant tout un enjeu moral. Une approche qui tenterait

de résoudre les problèmes environnementaux en ne se

fondant que sur des facteurs utilitaires ne saurait apporter

de solution authentique. C’est que l’activité économique

et le recours à la technologie sont des actions humaines

qui comportent toujours une composante morale. La

destruction de notre environnement est justement due au

peu d’attention accordée à l’écologie à cause d’intérêts

économiques à courte vue, de recherche de confort ou

de profit individualistes, donc d’une pauvreté de valeurs

éthiques évangéliques.

La limitation imposée par le Créateur lui-même dès

le commencement, et exprimée symboliquement par

l’interdiction de « manger le fruit de l’arbre » (cf.

Gn

2,16-17), montre avec suffisamment de clarté que,

dans le cadre de la nature visible, nous sommes soumis

à des lois non seulement biologiques, mais aussi

morales, que l’on ne peut transgresser impunément

15

.

Il est évident qu’une solution adéquate ne peut

se limiter à une meilleure gestion, ou à un usage

moins irrationnel des ressources de la terre. Tout en

reconnaissant l’utilité concrète de telles mesures,

il paraît nécessaire de remonter aux sources et de

considérer dans son ensemble la crise morale profonde

dont la dégradation de l’environnement est un des

aspects préoccupants

16

.

15

Jean-Paul II,

Sollicitudo rei socialis

(1987), no 34.

16

Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale de la paix (1 janvier 1990), no 5.

5

La technique attire fortement l’homme, parce qu’elle

le soustrait aux limites physiques et qu’elle élargit

son horizon.

Mais la liberté humaine n’est vraiment

elle-même que lorsqu’elle répond à la fascination de

la technique par des décisions qui sont le fruit de la

responsabilité morale

. Il en résulte qu’il est urgent de

se former à la responsabilité éthique dans l’usage de la

technique

17

.

[E]n s’appuyant sur le fait que

« toute décision

économique a une conséquence de caractère moral »

, il

est aussi nécessaire que l’activité économique respecte

davantage l’environnement. Quand on utilise des

ressources naturelles, il faut se préoccuper de leur

sauvegarde, en en prévoyant aussi les coûts – en

termes environnementaux et sociaux –, qui sont à

évaluer comme un aspect essentiel des coûts mêmes de

l’activité économique

18

.

La solidarité

Parce que la création a été confiée à tout le genre humain

et non à un individu, à un groupe ou à une nation

quelconque, ses ressources et la responsabilité d’en prendre

soin doivent être partagées par tous les êtres humains. Ce

qui suppose la solidarité entre les individus, les peuples et

les nations, ainsi que la « solidarité intergénérationnelle »,

c’est-à-dire le souci de préserver l’environnement pour

les générations à venir. Notre solidarité avec les pauvres

revêt aussi une importance capitale, car il leur est souvent

plus difficile d’avoir accès aux ressources. Étant donné

que la dégradation de l’environnement est souvent liée à

la pauvreté, la solidarité exige qu’on s’attaque aux formes

structurelles de pauvreté. Elle exige aussi que ceux qui

utilisent et exploitent les ressources assument les coûts

réels de leur utilisation, coûts qui doivent prendre en

compte les répercussions

environnementales sur les

prochaines

générations.

Bref, la solidarité en matière

d’environnement se fonde

sur les exigences de la justice

et du bien commun, qui

s’étendent non seulement

aux contemporains, mais

aussi aux personnes encore

à naître.

6

17

Benoît XVI,

Caritas in veritate

(2009), no 70.

18

Benoît XVI, Message pour la Journée

mondiale de la paix (1 janvier 2010), no 7.

4

Pour que la planète soit habitable demain et que tous

y aient leur place, j’encourage les Autorités publiques

et tous les hommes de bonne volonté à s’interroger

sur leurs attitudes quotidiennes et sur les décisions

à prendre, qui ne peuvent pas être une recherche

infinie et effrénée de biens matériels ne tenant pas

compte du cadre dans lequel nous vivons, et qui doit

être apte à subvenir aux besoins fondamentaux des

générations présentes et futures. Cette attention

constitue un aspect essentiel de la solidarité entre

les générations

19

.

[O]n ne parviendra pas à un juste équilibre écologique

si l’on ne s’attaque directement aux formes structurelles

de la pauvreté existant dans le monde

20

.

Les coûts économiques et sociaux, dérivant de

l’utilisation des ressources environnementales

communes, reconnus de manière transparente,

doivent être assumés par ceux qui en bénéficient, et

non par d’autres populations ou par les générations

futures. La protection de l’environnement, la

sauvegarde des ressources et du climat exigent

que les responsables internationaux agissent

conjointement dans le respect de la loi et de la

solidarité, en particulier à l’égard des régions les plus

défavorisées de la terre

21

.

La mise en place d’une

solidarité intergénérationnelle

loyale semble en effet urgente

22

.

19

Jean-Paul II, Discours à l’Académie pontificale des sciences (12 mars 1999), no 3.

20

Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale de la paix (1 janvier 1990), no 11.

21

Benoît XVI, Audience générale (26 août 2009).

22

Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de la paix (1 janvier 2010), no 8.

La création et la spiritualité

Le spectacle admirable de la création devrait nous amener

à y reconnaître l’art de notre Créateur et à lui en rendre

gloire. Le monde créé n’est pas seulement un lieu à habiter

ou un bassin de matières premières à utiliser; il possède

une dimension esthétique capable d’élever notre esprit

vers Dieu.

Face à la gloire de la Trinité dans la création, l’homme

doit contempler, chanter, retrouver l’émerveillement.

Dans la société contemporaine, l’on devient aride

« non pas par manque de merveilles, mais par

manque d’émerveillement » (G.K. Chesterton).

Pour le croyant, contempler le créé est aussi écouter

un message, entendre une voix paradoxale et

silencieuse…La nature devient alors un Évangile qui

nous parle de Dieu

23

.

À travers l’être humain, porte-parole de toute la

création, tous les êtres vivants louent le Seigneur. Notre

souffle de vie, qui signifie également connaissance de

soi, conscience et liberté (cf.

Pr

20,27), devient un chant

et une prière de toute la vie qui bat dans l’univers

24

.

Des réponses aux problèmes

environnementaux actuels

L’Église ne propose ni n’évalue de solutions techniques

particulières à nos problèmes environnementaux actuels.

Sa tâche consiste plutôt à rappeler aux gens la relation entre

la création, les êtres humains et le Créateur. Néanmoins,

il y a des principes généraux sans lesquels on ne saurait

remédier à la situation actuelle. En voici quelques-uns.

k

L’urgence d’agir

:

des actions s’imposent, qu’on

puisse mettre en œuvre au plus tôt.

k

L’élaboration de politiques

:

il faut élaborer des

politiques pour protéger l’environnement. C’est par

des politiques éclairées qu’un gouvernement protège

le bien commun contre les intérêts individuels ou

corporatifs égocentriques.

k

La coopération internationale

:

les nations

ne peuvent résoudre seules les problèmes

environnementaux. L’interdépendance des éco-

systèmes requiert des politiques qui dépassent

les étroites frontières des États.

23

Jean-Paul II, Audience générale (26 janvier 2000).

24

Jean-Paul II, Audience générale (9 janvier 2002).

7

8

5

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2013

www.versdemain.org

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