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Les êtres humains sont des créatures

faites à l’image de Dieu

Les êtres humains font partie du monde naturel mais, en

même temps, ils le transcendent. Il y a ici deux points

décisifs : (1) les êtres humains sont des créatures, c’est-

à-dire que nous ne sommes pas Dieu. Nous ne pouvons

donc pas nous comporter comme des dieux en dominant

le reste de la création; il nous faut plutôt reconnaître que

la création nous vient comme un don de notre Créateur.

(2) Parmi les créatures, nous sommes les seules créées à

l’image de Dieu; par conséquent, nous sommes porteurs

d’une dignité inestimable.

Le premier pas pour une relation correcte avec le monde

qui nous entoure est précisément la reconnaissance,

de la part de l’homme, de sa condition de créature :

l’homme n’est pas Dieu, mais il est son image. C’est

pourquoi, il doit chercher à devenir plus sensible à la

présence de Dieu dans ce qui se trouve autour de lui :

dans toutes les créatures, et en particulier dans la

personne humaine, il y a une sorte d’épiphanie de Dieu

4

.

L’homme, en étant l’image de Dieu, a une vraie affinité

avec lui aussi. À partir de cet enseignement, on voit que

le développement ne peut consister seulement dans

l’usage, dans la domination, dans la possession sans

restriction des choses créées et des produits de l’industrie

humaine, mais plutôt dans le fait de subordonner la

possession, la domination et l’usage à la ressemblance

divine de l’homme et à sa vocation à l’immortalité

5

.

Il existe donc une sorte de réciprocité : si nous prenons

soin de la création, nous constatons que Dieu, par

l’intermédiaire de la création, prend soin de nous.

Par ailleurs, une conception correcte de la relation

de l’homme avec l’environnement ne conduit pas à

absolutiser la nature ni à la considérer comme plus

importante que la personne elle-même. Si le Magistère

de l’Église exprime sa perplexité face à une conception

de l’environnement qui s’inspire de l’écocentrisme et

du biocentrisme, il le fait parce que cette conception

élimine la différence ontologique et axiologique qui

existe entre la personne humaine et les autres êtres

vivants. De cette manière, on en arrive à éliminer

l’identité et la vocation supérieure de l’homme, en

favorisant une vision égalitariste de la « dignité » de

tous les êtres vivants. On se prête ainsi à un nouveau

panthéisme aux accents néopaïens qui font découler

4

Benoît XVI, Message pour la campagne de fraternité de l’Église au Brésil (16 février 2011).

5

Jean-Paul II,

Sollicitudo rei socialis

(1987), no 29.

1

le salut de l’homme de la seule nature, en son sens

purement naturaliste. L’Église invite au contraire à

aborder la question de façon équilibrée, dans le respect

de la « grammaire » que le Créateur a inscrite dans son

œuvre, en confiant à l’homme le rôle de gardien et

d’administrateur responsable de la création, rôle dont

il ne doit certes pas abuser, mais auquel il ne peut se

dérober. En effet, la position contraire qui absolutise la

technique et le pouvoir humain finit par être aussi une

grave atteinte non seulement à la nature, mais encore à

la dignité humaine elle-même

6

.

La création a un ordre intrinsèque

L’univers créé est le fruit de

l’amour de Dieu, qui a suscité

des êtres humains à son image,

capables de reconnaître l’ordre

qui a présidé à la création. Du

fait de leur position privilégiée

au sein de la création, les êtres

humains doivent reconnaître

qu’ils ont la responsabilité d’être

les gardiens de cette création et de

préserver l’équilibre voulu entre

les écosystèmes dont ils dépendent.

La loi inscrite par Dieu dans la nature et qui peut être

lue à travers la raison, conduit au respect du dessein

du Créateur, d’un dessein qui vise au bien de l’homme.

Cette loi établit un certain ordre intérieur que l’homme

trouve et qu’il devrait conserver. Toute activité qui

s’oppose à cet ordre frappe inévitablement l’homme

lui-même

7

.

N’est-il pas vrai qu’à l’origine de celle que nous appelons

la « nature » dans son sens cosmique, il y a « un dessein

d’amour et de vérité

8

»?

Si la nature et en premier lieu l’être humain sont

considérés comme le fruit du hasard ou du déterminisme

de l’évolution, la conscience de la responsabilité s’atténue

dans les esprits. Dans la nature, le croyant reconnaît le

merveilleux résultat de l’intervention créatrice de Dieu,

dont l’homme peut user pour satisfaire ses besoins

légitimes – matériels et immatériels – dans le respect

des équilibres propres à la réalité créée

9

.

6

Benoît XVI, Message pour la campagne de fraternité de l’Église au Brésil (16 février 2011).

7

Jean-Paul II, Homélie à Zamosc, Pologne (12 juin 1999), no 3.

8

Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de la paix (1 janvier 2010), no 6.

9

Benoît XVI,

Caritas in veritate

(2009), no 48.

2

2

L’ « écologie humaine » et sa relation

à l’écologie environnementale

Si l’écologie suppose un système de relations et

d’interactions, on peut dire qu’il ne nous est possible de

préserver une saine écologie de notre environnement

naturel qu’à condition de cultiver une écologie

authentiquement « humaine », c’est-à-dire de promouvoir

des relations et des interactions humaines qui respectent

la dignité de la personne humaine, le bien commun et la

nature. Ceci à cause de la place unique de l’homme dans

l’ordre créé. Au cœur de cette écologie humaine se trouve

le droit de tout être humain à la vie, de la conception à la

mort naturelle.

L’Église a une responsabilité envers la création

et doit

la faire valoir publiquement aussi. Ce faisant, elle doit

préserver non seulement la terre, l’eau et l’air comme

dons de la création appartenant à tous, elle doit surtout

protéger l’homme de sa propre destruction. Une sorte

d’écologie de l’homme, comprise de manière juste,

est nécessaire. La dégradation de l’environnement est

en effet étroitement liée à la culture qui façonne la

communauté humaine :

quand l’« écologie humaine »

est respectée dans la société, l’écologie proprement

dite en tire aussi avantage

. De même que les vertus

humaines sont connexes, si bien que l’affaiblissement

de l’une met en danger les autres, ainsi le système

écologique s’appuie sur le respect d’un projet qui

concerne aussi bien la saine coexistence dans la société

que le bon rapport avec la nature

10

.

L’homme ne sera capable de respecter les créatures que

dans la mesure où sera présent dans son esprit un sens

plénier de la vie; dans le cas contraire, il sera conduit à

se mépriser lui-même, ainsi que ce qui l’entoure, à ne

pas avoir de respect pour le milieu dans lequel il vit,

pour la création. C’est pourquoi la première écologie

qui doit être défendue est « l’écologie humaine ». Cela

revient à dire que sans une claire défense de la vie

humaine, de sa conception jusqu’à sa mort naturelle,

sans une défense de la famille fondée sur le mariage

entre un homme et une femme, sans une véritable

défense de ceux qui sont exclus et mis en marge de la

société, sans oublier, dans ce contexte, ceux qui ont

tout perdu, victimes de catastrophes naturelles, on ne

pourra jamais parler d’une authentique défense de

l’environnement

11

.

10

Benoît XVI,

Caritas in veritate

(2009), no 51.

11

Benoît XVI, Message pour la campagne de fraternité de l’Église au Brésil (16 février

2011).

3

La maîtrise responsable

La nature a été menée à son achèvement dans l’être

humain qui a reçu le mandat d’en rendre grâce et d’en

prendre soin. Ce soin, auquel la Bible donne le nom de

« soumission » (

Gn

1,28), n’est pas une domination, mais

plutôt une « maîtrise responsable ». En tant qu’intendant,

l’être humain reconnaît que l’environnement ne lui

appartient pas, mais qu’il est un don qui lui a été confié et

qui exige de lui un agir responsable. La créature humaine

discerne le rôle qui lui est dévolu par Dieu en exerçant son

intelligence et son jugement éthique.

La création, matière structurée de manière

intelligente par Dieu, est donc confiée à la

responsabilité de l’homme, qui est en mesure de

l’interpréter et de la remodeler activement, sans

s’en considérer le maître absolu. L’homme est plutôt

appelé à exercer un gouvernement responsable

pour la conserver, la mettre à profit et la cultiver,

en trouvant les ressources nécessaires pour une

existence digne pour tous. Avec l’aide de la nature

elle-même et avec l’engagement de son travail et

de sa créativité, l‘humanité est vraiment en mesure

de remplir le grave devoir de remettre aux nouvelles

générations une terre qu’elles aussi, à leur tour, elles

pourront habiter dignement et cultiver encore

12

.

Il est juste que l’homme puisse exercer

une maîtrise

responsable sur la nature

pour la protéger, la mettre

en valeur et la cultiver selon des formes nouvelles

et avec des technologies avancées, afin que la terre

puisse accueillir dignement et nourrir la population

qui l’habite

13

.

Si nous examinons attentivement la crise sociale

et écologique que la communauté mondiale doit

affronter, nous devons constater que nous trahissons

encore le mandat que Dieu nous a confié : être les

gardiens appelés à collaborer avec Dieu en vue de

veiller sur la création dans la sainteté et la sagesse

14

.

12

Benoît XVI, Audience générale (26 août 2009).

13

Benoît XVI,

Caritas in veritate

(2009), no 50.

14

Jean-Paul II et S.S. le patriarche œcuménique Bartholomaios I, Déclaration commune

dite « Déclaration de Venise » (10 juin 2002).

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2013

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