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Impossible d’obtenir des biens qu’on n’a pas pro-

duit soi-même, à moins de les payer. Et la même cho-

se pour les autres. Et si l’on est incapable de produire

parce qu’on ne possède pas de moyens de production

— aujourd’hui il y a bien du monde qui ne possèdent

pas de moyens de production: même ceux qui sont

employés aujourd’hui dans la production, ils ne savent

pas combien de temps durera leur emploi; ils sont tous

sur la branche. Leur emploi ne dépend pas d’eux, il ne

dépend pas de leur volonté, il dépend de circonstan-

ces indépendantes de leur volonté. Et pas des circons-

tances naturelles, mais des circonstances artificielles,

créées par la finance.

Je ne m’étendrai pas sur ce sujet tout de suite, par-

ce que c’est bien connu. On est capable de faire des

choses, mais quand on ne les produit pas, c’est parce

que la finance n’est pas là pour financer la production.

Et quand elles sont faites, si on ne les obtient pas dans

les maisons, c’est parce que la finance n’est pas dans

les maisons pour se les procurer.

Le but de la production

On dirait que la production existe pour être vendue,

pour être achetée; ce n’est pas le but de la production.

La production est faite pour satisfaire les besoins hu-

mains, ou bien elle n’a pas de raison d’être. S’il existe

un système de ventes et d’achats qu’on a établi, ça peut

être une bonne chose, je ne critique pas l’établissement

de cela, ça permet aux individus qui ont de l’argent

de choisir dans la production ce qui leur convient. Et

quand ils choisissent ce qui leur convient, le système

de production reproduit les choses qu’ils ont achetées,

de sorte que la production peut servir les consomma-

teurs lorsque les consommateurs ont le moyen d’expri-

mer financièrement la production qu’ils veulent avoir

pour satisfaire leurs besoins personnels. Et ils connais-

sent leurs besoins mieux que les autres.

C’est donc un bon système en soi que le système

d’argent, le système de ventes et d’achats, à la condi-

tion que ce système-là permette aux produits d’at-

teindre tous les hommes, pour atteindre le but de la

production, pour atteindre le but du Créateur dans la

création: «Les biens créés par Dieu l’ont été pour tous

les hommes.» Quelle que soit la méthode que l’on em-

ploie, il faut qu’elle accomplisse ce résultat-là. Si elle ne

l’accomplit pas, c’est qu’elle est mauvaise ou viciée. Et

dans ce temps-là, il faut ou la changer, ou la corriger. Il

n’y a pas à sortir de cela.

On dira que c’est le règlement financier, et qu’on ne

peut rien y faire. La finance n’est pas l’essence, le but

de la production. L’essence de l’économique, c’est de

produire des biens, et de les conduire aux besoins; pas

d’autre chose que cela. Veut-on un exemple qui nous

donne bien une idée de la notion essentielle de l’écono-

mique — et non pas tout le jargon qu’on a aujourd’hui:

crise financière, crise économique, conjoncture éco-

nomique — tout ce jargon, tout ce baragouin-là, ça ne

donne rien.

La multiplication des pains.

Veut-on un exemple? Eh bien, nous allons le cher-

cher dans l’Évangile. Certaines personnes vont sursau-

ter en nous disant: «Eh bien quoi, vous voulez cher-

cher des choses matérielles dans l’Évangile ! » Écoutez,

l’exemple que je vais donner, je ne veux pas dire qu’il

y a seulement cette leçon-là à en sortir; mais l’on peut

l’en sortir.

Quel est cet exemple-là? C’est la multiplication des

pains. Tout le monde connaît la chose: il y a deux cir-

constances racontées dans l’Évangile dans lesquelles

Notre-Seigneur a fait nourrir une multitude de person-

nes avec peu de choses. Par exemple, l’Évangile selon

saint Matthieu (15, 32-39), qui rapporte la circonstance

où il y avait environ 4000 hommes, sans compter les

femmes et les enfants. Ces personnes-là avaient suivi

Notre-Seigneur toute la journée, et une partie de la

journée précédente, elles n’avaient pas mangé depuis

longtemps. Venait le soir, et les Apôtres voulaient ren-

voyer les gens chez eux, mais Jésus ne voulait pas

qu’ils les renvoient à jeun car, disait-Il, ils vont défaillir

en chemin. Il me semble que c’était un aspect bien ma-

tériel que Notre-Seigneur exprimait là.

Eh bien, qu’a fait Notre-Seigneur ? Il a demandé à

Ses Apôtres de leur donner à manger.

— «On n’en est pas capable, il n’y en a pas assez ! »

— «Comment, vous n’avez pas de nourriture ici ?»

— «Non, et puis les magasins sont bien trop loin ! »

— «Qu’est-ce que vous avez ici ?»

— «Oh, il y a un petit garçon qui a sept pains, et un

autre qui a quelques poissons.»

Notre-Seigneur répondit: «Apportez-moi cela.» On

les Lui a apportés, Il les a bénis, et Il a dit aux Apôtres:

«Distribuez.» Ça, c’est le fait.

Et quand les Apôtres eurent fini de distribuer, et

que le monde eut fini de manger autant qu’ils avaient

faim, on a encore ramassé sept corbeilles de morceaux

de pain qui restaient, ce qui veut dire qu’il restait plus

de pain après qu’il y en avait au commencement.

On va dire que c’est un miracle. Oui, il y a eu un

miracle de production. Ce miracle a été fait par Notre-

Seigneur.

Et puis après, il y a eu la distribution! Et puis le

pain n’a pas été vendu! Et le pain n’a pas été acheté !

Mais quand même, le pain a atteint ceux qui avaient

faim. Et Notre-Seigneur a dit aux Apôtres: «Distri-

buez.» Ce n’est pas difficile de distribuer quand la

production est faite. Les Apôtres ont fait la chose

facile.

Aujourd’hui, il n’y a pas besoin de miracles pour

multiplier le pain: la production moderne s’en charge,

avec tout le progrès qui a été fait depuis des siècles. La

production abonde: c’est la chose difficile à faire qui

est réalisée. La chose facile à faire, distribuer, on n’en

vient pas à bout.

L’humain passe avant la finance

Pourquoi ? Encore une fois, à cause du système

financier qu’on s’est imposé. Eh bien, l’humain passe

avant la finance, la personne passe avant l’argent, et

les gouvernements, les peuples, doivent établir un or-

dre qui permet à la production d’atteindre les besoins.

C’est ce que le Pape Pie XII répétait encore, dans le

même radio-message cité précédemment:

«Tout homme, en tant qu’être doué de raison,

tient en fait de la nature le droit fondamental d’user

des biens matériels de la terre, quoiqu’il soit laissé à

la volonté humaine et aux formes juridiques des peu-

ples de régler plus en détail la réalisation pratique de

ce droit.»

«Tient de la nature»: en d’autres mots, à cause de

sa naissance, pas parce qu’il est employé, pas parce

qu’il est fin, pas parce qu’il est grand, pas parce qu’il

est riche. «Tout homme, en tant qu’être doué de rai-

son, tient de la nature le droit fondamental d’user des

biens matériels de la terre.» Il tient cela de sa nature.

Ce n’est donc pas un droit qui va lui être accordé par le

gouvernement, accordé par le système financier — il

a déjà ce droit-là.

Et pour accorder ce droit-là, le Pape nous rappelle

que cela est laissé à la libre volonté des peuples d’éta-

blir les méthodes pour cela. Il appelle cela «établir les

formes juridiques»; c’est-à-dire, établir un ordre juri-

dique, un ordre social, politique, qui va permettre à la

production d’atteindre tous les besoins.

Est-ce qu’on a ça aujourd’hui ? Hélas, non, on ne

l’a pas. Pourquoi ? Les peuples n’ont-ils pas la liberté

de l’établir ? Oui, mais ils ne l’établissent pas. Il y a

certaines personnes qui ont le suffisant, et encore, ce

n’est pas sûr qu’elles l’auront toujours.

Le Pape Pie XII nous rappelle que l’économie

nationale doit accorder à tous, «sans interruption les

conditions matérielles dans lesquelles pourra se déve-

lopper pleinement la vie individuelle des citoyens».

Il est donc question de la sécurité économique

personnelle. Certains vont dire: «Oui, mais est-ce que

le gouvernement ne reconnaît pas cela avec ses lois

de sécurité sociale?» Oui, et nous nous réjouissons

qu’il existe déjà des lois de sécurité sociale, comme

les allocations familiales, pensions de vieillesse, et

plus récemment, la loi de l’assurance-chômage, pour

combler des trous qui existaient encore dans la légis-

lation sociale. Mais, tout cela est accordé au compte-

gouttes, et basé sur la capacité de taxer du pays, au

lieu d’être basé sur la capacité de produire du pays. Et

il y a dans ces lois l’aspect mendiant, l’aspect de men-

dicité de la part des requérants, et l’aspect enquêteur

de la part des bureaux du gouvernement.

Ces aspects négatifs devraient disparaître, pour en

arriver progressivement à un autre système; lequel ?

Eh bien, celui que présentent les propositions du

Crédit Social, ou démocratie économique, qui seront

expliquées dans d’autres articles, car celui-ci est déjà

assez long. La sécurité économique fait certainement

partie de l’organisation d’un monde meilleur, meilleur

pour tous.

Louis Even

u

«Jésus ordonna à la

foule de s’étendre à

terre; puis il prit les

sept pains et les

poissons, rendit

grâces, les rompit et

il les donnait à ses

disciples, qui les

donnaient à la foule.»

(Mt 15, 35-36.)

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