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adressé au pape au nom des cardinaux:

«Votre Sainteté, bien-aimé et vénéré successeur de

saint Pierre, votre message rempli d’émotion intense a

retenti dans ce hall comme un coup de tonnerre dans

un ciel serein. Nous avons écouté vos paroles avec un

sens de désarroi, presque d’incrédulité. Mais dans vos

paroles, nous avons vu la grande affection que vous

avez toujours eu pour la Sainte Église de Dieu, pour

cette Église que vous avez tant aimée... Votre mission

continuera. Vous avez dit que vous serez toujours pro-

che par votre témoignage et par votre prière. Les étoi-

les du ciel continuent toujours à briller et ainsi brillera

toujours au milieu de nous l’étoile de votre pontificat.»

Selon le Père Federico Lombardi, porte-parole du

Vatican, l’Église «devrait avoir un nouveau Pape pour

Pâques». Dès le 28 février au soir, Benoît XVI se retirera

à la résidence d’été des Papes à Castel Gandolfo, puis

il passera le reste de ses jours en prière au monastère

Mater Ecclesiae

, situé dans les jardins du Vatican, à

quelques pas de la Basilique Saint-Pierre. L’accompa-

gneront dans sa retraite les quatre laïcs consacrées

qui s’occupent actuellement de la vie quotidienne de

Benoît XVI, et Mgr Georg Gaenswein, son secrétaire.

Prévu dans le Droit Canon

Bien qu’aucun mortel ne puisse démettre le Pape,

le code de droit canonique en vigueur, promulgué

par Jean-Paul II en 1983, permet au souverain pontife

de renoncer à sa charge de son propre chef. N’ayant

d’autre supérieur que Dieu lui-même, le Pape n’est

tenu de faire accepter sa démission par personne. La

seule condition pour la validité de sa renonciation est

qu’elle soit faite librement, comme on peut le lire à

l’article 332-2 du code de droit canonique:

«S’il arrive que le Pontife Romain renonce à sa

charge, il est requis pour la validité que la renoncia-

tion soit faite librement et qu’elle soit dûment mani-

festée, mais non pas qu’elle soit acceptée par qui que

ce soit.»

La renonciation de Benoît XVI a donc été faite

dans les règles.

Le dernier cas de pape à avoir démissionné re-

monte à plus de 600 ans: Grégoire XII avait quitté ses

fonctions en 1415 pour mettre fin au grand schisme

d’Occident, à une époque où il y avait trois préten-

dants au trône pontifical: Grégoire XII lui-même, pape

romain, l’antipape Benoît XIII d’Avignon en France, et

un autre antipape de Pise. Avant de renoncer au pon-

tificat, Grégoire XII convoqua le Concile de Constance

et l’autorisa à élire son successeur, et l’Église pu ainsi

revenir à un seul Pape au lieu de trois.

Avant lui, un autre cas particulier, celui du Pape

Célestin V (

voir photo ci-bas

), qui démissionna cinq

mois après avoir été élu contre son gré, en 1294. À

cette époque, le trône pontifical était vacant depuis

plus de deux ans, et les cardinaux n’arrivaient pas à

s’entendre sur le choix d’un nouveau Pape. Pietro de

Morrone, moine ermite, âgé de 79 ans, envoya une

lettre aux cardinaux pour leur reprocher leur lenteur

à prendre une décision, et les cardinaux décidérent

alors à l’unanimité d’élire le vieux moine comme nou-

veau pape ! Pietro Morrone accepte, mais s’aperçoit

vite qu’il n’est pas fait pour cette charge, ne connais-

sant ni le droit canon, ni le fonctionnement de la curie

romaine. Prenant conseil auprès de canonistes, il émet

un décret déclarant qu’un pape a le droit de démis-

sionner, et remet lui-même sa démission immédia-

tement, par humilité et pour des raisons de santé. Il

redevint simple moine, mourut le 19 mai 1295, et fut

déclaré saint en 1313.

Un geste prévu depuis quelque temps

Benoît XVI avait déjà évoqué la possibilité pour un

pape de démissionner dans son livre-entretien avec

le journaliste allemand Peter Seewald, intitulé

Lumière

du monde: le pape, l’Église et les signes des temps

,

publié en 2010. Au sujet des abus sexuels dans l’Égli-

se, Peter Seewald lui demande: «Avez-vous pensé à

vous retirer?» Et Benoît XVI de répondre: «Quand le

danger est grand, il ne faut pas fuir. C’est justement

pour cela que ce n’est vraiment pas le moment de dé-

missionner. C’est dans des moments comme celui-ci

qu’il faut résister et dépasser la situation difficile. C’est

mon sentiment. On peut démissionner dans un mo-

ment de sérénité, ou lorsque tout simplement on n’en

peut plus. Mais on ne peut pas fuir juste au moment

du danger et dire: un autre n’a qu’à s’en occuper.»

Seewald demande alors à Benoît XVI s’il peut

exister des situations où un Pape peut considérer dé-

missioner: «Oui», répond Benoît XVI, «si un pape se

rend compte clairement qu’il n’est plus capable phy-

siquement, psychologiquement ou spirituellement

d’accomplir les tâches de sa fonction, il a le droit et,

selon certaines circonstances, l’obligation de démis-

sionner».

Benoît XVI n’a pas quitté son poste pour fuir les

difficultés, mais comme il l’a dit clairement dans sa let-

tre, parce qu’il n’a plus la santé physique pour accom-

plir sa fonction. Le journal du Vatican, l

’Osservatore

Romano

, nous apprenait, au lendemain de la lettre

de démission du Saint-Père, que c’était depuis mars

2012, au retour de son voyage au Mexique et à Cuba,

que sa décision avait été prise, les médecins lui ayant

alors interdit d’entreprendre d’autres longs voyages

semblables.

Étant donné le grand amour des fidèles pour le

Saint-Père, il est évident que plusieurs sont attristés

et désorientés par la nouvelle de son départ. Mais

soyons assurés que le Pape a, comme il l’a dit, longue-

ment mûri cette décision par la prière, et qu’il a fait ce

qu’il est persuadé être le mieux pour l’Église, pour que

le Saint-Esprit puisse nous donner un nouveau Pape

qui aura la force de continuer l’oeuvre de Benoît XVi

avec le même courage.

Remercions Benoît XVI pour tout ce qu’il a fait, ses

encycliques, ses homélies, ses méditations lumineu-

ses, ses voyages apostoliques, et prions pour lui, car

lui-même continuera de prier pour l’Église.

Durant tout son pontificat, Benoît XVI aura rendu

témoignage à la vérrité avec courage et humilité, sans

jamais rougir de son Maître, sans jamais fuir devant

les loups, faisant face aux défis avec courage, en rap-

pelant aux fidèles qu’il existe des vérités qui sont non

négociables, face à une société où règne la dictature

du relativisme, où tout est permis.

Alain Pilote

Rédacteur

Pour terminer cet article, voici la prière que le

diocèse de Québec a publiée sur son site internet à

l’intention de Benoît XVI et de son successeur. Nous

encourageons tous nos lecteurs à réciter cette prière

d’ici l’élection du prochain pape:

Dieu notre Père, nous te rendons grâce

pour ton bon et fidèle serviteur,

Benoît XVI, qui a servi et qui sert encore

ton Église. Toi qui l’as appelé à ce service,

soutiens-le dans ton amour et ta paix

à cette étape de sa vie.

Le 28 avril 2009, lors de sa visite à la région de

l’Aquila, en Italie, qui venait d’être frappée par un

tremblement de terre, Benoît XVI se rendit à la

Basilique de Collemaggio, pour vénérer la dépouille

du saint Pape Celestin V, et déposa sur son gisant

le pallium qu’il lui avait été imposé au début de son

pontificat, en avril 2005.

Benoît XVI a annoncé la nouvelle de son départ le

11 février, jour de la fête de Notre-Dame-de-Lourdes,

journée consacrée depuis 1997 aux malades et

personnes fragilisées dans leur santé.

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VERS DEMAIN janvier-février 2013

www.versdemain.org

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