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Dans le cadre de la session internationale de for-

mation autour du thème «Justice, Paix et Crédit social»

tenue à la cathédrale de Port-Gentil, au Gabon, du 8 au

16 janvier 2013, l’évêque du lieu, Mgr Mathieu Madega

Lebouakehan, avait invité notre pèlerin à plein temps

Marcel Lefebvre, vice-président de l’Institut Louis Even,

ainsi que le cardinal Peter K.A. Turkson, président du

Conseil Pontifical Justice et Paix au Vatican. Voici de lar-

ges extraits de l’allocution du cardinal lors de la messe

célébrée en la cathédrale Saint-Louis de Port-Gentil, le

dimanche 13 janvier 2013:

par le Cardinal Peter Turkson

La doctrine sociale de l’Église tient tous ses principes

des sources de la foi, et vise à concrétiser le commande-

ment nouveau du Christ, le commandement de l’amour

(Jn 13, 34) dans la diversité des situations sociales...

La préoccupation de l’épanouissement social de

l’humanité est un thème que l’Église a fait sien il y a

longtemps. Une réflexion sur la signification d’une vie

humaine authentique dans l’histoire et la culture s’expri-

mait déjà dans les Écritures et chez les Pères de l’Église.

Les prophètes, notamment Amos et Isaïe, ont souvent

rappelé l’importance de la justice sociale et du souci des

pauvres. En outre, les institutions du Sabbat visaient non

seulement à réglementer le culte divin, mais également

l’ordre social et le souci des pauvres.

Les mêmes motivations se manifestent dans la célé-

bration du Jubilé. Le Jubilé avait lieu à des intervalles de

sept cycles de sept ans, et constituait une année de fa-

veurs; une année de libération, de relâche, de rémission

pour les personnes déchues. Selon Dt 15, 4, la célébra-

tion permettait de réaliser le précepte: « Il n’y aura pas de

pauvres chez toi ». Les bénédictions proclamées dans la

célébration du Jubilé sous-tendent l’annonce que Jésus

fait de son ministère dans la synagogue de Nazareth (Lc

4, 16s), et deviennent les thèmes mêmes de sa mission.

Inspirées par le ministère de Jésus, l’Église primitive et

des Églises fondées par Paul se consacrent à la Parole

de Dieu, à la communion (ou à la fraternité) et au service

des indigents (Ac 2, 44-47 ; 4, 32-35).

Plus tard, à l’époque des premières persécutions, les

membres des communautés chrétiennes ont été profon-

dément engagés dans la prestation de services sociaux.

Comme nous le montre l’histoire suivante de l’Église

primitive, une fois terminées les persécutions contre les

chrétiens, l’Église a mis à profit sa liberté nouvelle pour

influencer la société:

L’esprit de la charité chrétienne et du sacrifice de

soi qui avait tant impressionné le monde païen n’avait

certes pas disparu. Les besoins de l’époque sollicitaient

de fait de nouveaux engagements au service de la cha-

rité chrétienne. Les chroniques historiques rapportent

des exemples innombrables d’œuvres pratiques de

miséricorde. L’Église constituait un pouvoir social dans

la culture en déclin de l’époque. Les évêques devaient

se substituer à une administration corrompue et dé-

crépite: pour assumer les tâches des responsables de

l’assistance publique; pour fournir aux personnes souf-

frantes et démunies de la nourriture, des vêtements et

un hébergement; et dans bien des cas pour organiser

la défense des villes… L’aide aux pauvres, aux escla-

ves, aux prisonniers et aux voyageurs est devenue leur

préoccupation. Une partie des revenus de l’Église était

réservée à l’assistance aux pauvres. Dans les grandes

villes telles que Constantinople et Antioche, le travail de

l’Église auprès des pauvres était dans une grande me-

sure très organisé. De ces efforts concertés sont nées

bon nombre d’institutions pour le soulagement de tous

les besoins humains: des hôpitaux, des logements pour

les pauvres, des orphelinats, des hospices pour enfants

trouvés, des refuges pour voyageurs, etc., autant d’or-

ganismes inconnus avant l’ère chrétienne.

Ces interventions animées par la foi et la charité

chrétiennes, c’est-à-dire par la Lumière de l’Evangile, se

sont poursuivies à travers les siècles avec différents ac-

teurs et protagonistes, les initiatives venant parfois des

laïcs, parfois des ordres religieux, et parfois des mou-

vements ecclésiastiques. Pensez aux ordres hospitaliers

qui ont débuté par des œuvres de miséricorde dans les

hôpitaux, avant de devenir des organismes militaires,

pour revenir à notre époque à leur vocation première

d’œuvres de miséricorde. Pensez à ces hommes et ces

femmes religieux et courageux qui ont fondé des hôpi-

taux et des écoles partout dans le monde; dans bien des

régions, ils ont été les premiers à le faire. Ils ont véri-

tablement accompli la mission de Jésus le guérisseur

et de Jésus l’enseignant (donc de Jésus la lumière du

monde).

Ces diverses interprétations ont trouvé des expres-

sions officielles dans la doctrine sociale de l’Eglise,

qu’elles ont nourrie, et qui a été formulée à compter de

l’encyclique du pape Léon XIII,

Rerum novarum

(1891).

Le pape Léon, qui se penche sur la misère des tra-

vailleurs à l’époque de la révolution industrielle, aborde

de front l’émergence des systèmes économiques dont

certains valorisent l’Etat aux dépens de la dignité et des

droits de la personne. Rerum novarum affirme la dignité

des travailleurs et le droit à la propriété privée, à un tra-

vail décent et à la formation de syndicats pour la pro-

tection des intérêts des travailleurs. L’encyclique traduit

les préoccupations de l’Eglise, non seulement à propos

des évolutions de la société, mais aussi, spécialement,

de la misère et des grandes difficultés qui affligent les

peuples. Cette prise de parole a fait de l’Eglise une voix

ayant autorité en matière de justice sociale.

Quarante ans plus tard, dans son encyclique sociale

Quadragesimo anno

(1931), le pape Pie XI a développé

les principes et l’enseignement formulés par Léon XIII.

Devant la situation économique des années 1930, et

notamment les retombées de la Grande Crise de 1929,

le Saint Père a souligné les principes de solidarité et de

collaboration pour surmonter les contradictions socia-

les du temps. Le pape abordait également la question

des relations de l’Etat avec ses citoyens et formulait le

principe de subsidiarité. Selon ce principe, une autorité

supérieure ne devrait jamais assumer ce que les instan-

ces du niveau local peuvent faire. La «subsidiarité» allait

devenir un élément permanent de la doctrine sociale de

l’Eglise.

Le pape Jean XXIII, dans

Pacem in terris

(1963),

souligne l’importance de la paix dans le contexte d’une

Guerre froide qui menace le monde. C’était là la premiè-

re encyclique adressée, non pas seulement aux catholi-

ques, mais «à tous les hommes de bonne volonté». Elle

appelait à une mobilisation générale en vue d’une tâche

immense: «celle de rétablir les rapports de la vie en so-

ciété sur les bases de la vérité, de la justice, de la cha-

rité et de la liberté». L’encyclique aborde la question de

l’autorité publique de la communauté mondiale, appelée

à affronter et résoudre les problèmes de nature écono-

mique, sociale, politique ou culturelle que présente la

réalisation du bien commun universel.

Gaudium et spes

(1965), la Constitution pastorale

sur l’Eglise dans le monde de ce temps, du Concile Vati-

can II, représente le visage de l’Eglise «en étroite soli-

darité avec l’ensemble de la famille humaine». L’Eglise

a une longue expérience des affaires humaines mais ne

désire aucunement se mêler des activités politiques de

quelque nation que ce soit. En fait, elle ne vise qu’un

but: accomplir l’œuvre du Christ sous la conduite de

l’Esprit Saint. Le Christ est venu en ce monde pour ren-

dre témoignage à la vérité; pour sauver et non pour

juger, pour servir, et non pour être servi (voir

Gaudium

et spes

, 3)

Un autre document du Concile, la déclaration

Di-

gnitatis humanae

(1965), reconnaît la liberté religieuse

comme un droit fondé sur la dignité de l’homme.

Dans son encyclique

Populorum progressio

(1967),

qui développait les thèmes de

Gaudium et spes

, le pape

Paul VI notait que «le développement est le nouveau

nom de la paix» et parlait de l’importance d’un déve-

loppement social et économique durable pour tous les

peuples par la reconnaissance du bien suprême qu’est

l’accueil de notre relation avec Dieu lui-même.

Dans sa lettre apostolique

Octogesima adveniens

(1971), le pape Paul VI proposait une mise à jour des en-

seignements sociaux du pape Léon XIII et réfléchissait

sur la société post-industrielle avec tous ses problèmes

complexes, en soulignant l’insuffisance des idéologies

pour répondre aux défis que posent l’urbanisation, la

situation des jeunes, la condition féminine, le chôma-

ge, la discrimination, l’émigration, la croissance de la

population, l’influence des moyens de communication

sociale et le problème écologique.

Le pape Jean-Paul II a rédigé trois encycliques socia-

les.

Laborem exercens

(1981) portait sur les questions

du travail, du droit au travail, du bien fondamental de

l’homme et de l’objectif véritable des activités économi-

ques.

Sollicitudo rei socialis

(1987) traitait des efforts

de développement ratés, notamment dans le Tiers-

Monde. Enfin, pour célébrer le centième anniversaire de

Rerum novarum

,

Centesimus annus

(1991) soulignait

l’importance de comprendre la relation de l’humanité

avec Dieu et les rapports entre les hommes, y compris

la solidarité.

Bien sûr, ce n’est pas là une liste exhaustive des

enseignements des papes en matière sociale. Il faudrait

y ajouter la lettre encyclique du pape Benoît XV sur la

réconciliation et «la paix, ce magnifique don de Dieu»

(1920). Nous devrions lire également

Casti connubi

(1930) de Pie XI, une encyclique sur le mariage et ses

importantes dimensions sociales. Ce pape a prononcé

de nombreuses allocutions et livré d’autres messages

faisant la promotion des droits civils et de la paix so-

ciale, traitant de questions telles que les réfugiés, l’édu-

cation, la protection de la famille et les soins de santé

de même que l’unité entre les nations. L’enseignement

social catholique comprend deux encycliques portant

sur la vie,

Humanae vitae

(1967) de Paul VI et

Evan-

gelium vitae

(1995) de Jean-Paul II. Les quarante-trois

messages livrés pour la Journée mondiale de la paix

La doctrine sociale de l’Église:

l

umière du monde pour la justice et la paix

dans les sphères sociale et économique

Mgr Mathieu Madega Lebouakehan et

le cardinal Peter Turkson (qui tient le micro)

u

photo: www.gabonnews.com

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VERS DEMAIN janvier-février 2013

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