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Dans la «Charte des personnels

de la santé», publié en 1995 par le

Conseil Pontifical pour la pastorale

des soins de la santé, on peut lire

aux paragraphes 147 et 148:

L’euthanasie est un acte homi-

cide, que personne finalement ne

peut légitimer. Par «euthanasie»,

on entend l’action ou l’omission

qui, par sa nature ou dans ses

intentions, procure la mort dans

le but d’éliminer toute douleur.

L’euthanasie se situe donc au ni-

veau des intentions et des métho-

des employées.

La pitié, suscitée par la douleur

et par la souffrance des malades

en phase terminale, des enfants

anormaux, des malades mentaux,

des vieillards, des personnes at-

teintes de maux incurables, n’auto-

rise aucune euthanasie directe, ac-

tive ou passive. Ici, il ne s’agit pas

d’aide apportée au malade, mais

de meurtre délibéré d’un homme.

Le personnel médical et para-

médical – fidèle à son devoir d’«être

toujours au service de la vie et de

l’assister jusqu’à la fin», ne peut se

prêter à aucune pratique d’eutha-

nasie, même pas sur la requête

de l’intéressé, et encore moins de

ses proches. En effet, aucun droit

n’est accordé, à personne, quant

à l’euthanasie, parce que aucun

droit n’est donné qui permette de

disposer arbitrairement de sa pro-

pre vie. Aucun professionnel de la

santé ne peut donc se faire le tu-

teur exécutif d’un droit inexistant.

Tout autre le cas, déjà men-

tionné, du droit de mourir en tou-

te dignité humaine et chrétienne.

C’est un droit réel et légitime, que

le professionnel de la santé est

appelé à sauvegarder, en soignant

le mourant et en acceptant la fin

naturelle de la vie. Il existe une

différence radicale entre «donner

la mort» et «accepter la mort»; le

premier est un acte qui supprime

la vie, le second est son accepta-

tion jusqu’à la mort.

Dans son encyclique L'Évan-

gile de la vie (Evangilium vitae) du

25 mars 1995, Jean-Paul II écrit ce

qui suit sur le «drame de l'eutha-

nasie», aux paragraphes 64 et 65:

Au terme de l'existence, l'hom-

me se trouve placé en face du

mystère de la mort. En raison des

progrès de la médecine et dans un

contexte culturel souvent fermé

à la transcendance, l'expérience

de la mort présente actuellement

certains aspects nouveaux. En ef-

fet, lorsque prévaut la tendance à

n'apprécier la vie que dans la me-

sure où elle apporte du plaisir et

du bien-être, la souffrance apparaît

comme un échec insupportable

dont il faut se libérer à tout prix.

La mort, tenue pour «absurde» si

elle interrompt soudainement une

vie encore ouverte à un avenir

riche d'expériences intéressantes

à faire, devient au contraire une

«libération revendiquée» quand

l'existence est considérée comme

dépourvue de sens dès lors qu'el-

le est plongée dans la douleur et

inexorablement vouée à des souf-

frances de plus en plus aiguës.

En outre, en refusant ou en

oubliant son rapport fondamental

avec Dieu, l'homme pense être

pour lui-même critère et norme,

et il estime aussi avoir le droit de

demander à la société de lui ga-

rantir la possibilité et les moyens

de décider de sa vie dans une

pleine et totale autonomie. C'est

en particulier l'homme des pays

développés qui se comporte ain-

si; il se sent porté à cette attitude

par les progrès constants de la

médecine et de ses techniques

toujours plus avancées...

Dans ce contexte, la tentation

de l'euthanasie se fait toujours

plus forte, c'est-à-dire la tentation

de se rendre maître de la mort en

la provoquant par anticipation et

en mettant fin ainsi «en douceur»

à sa propre vie ou à la vie d'autrui.

Cette attitude, qui pourrait paraî-

tre logique et humaine, se révèle

en réalité absurde et inhumaine,

si on la considère dans toute sa

profondeur. Nous sommes là

devant l'un des symptômes les

plus alarmants de la «culture de

mort», laquelle progresse surtout

dans les sociétés du bien-être, ca-

ractérisées par une mentalité utili-

tariste qui fait apparaître très lourd

et insupportable le nombre crois-

sant des personnes âgées et dimi-

nuées. Celles-ci sont très souvent

séparées de leur famille et de la

société, qui s'organisent presque

exclusivement en fonction de cri-

tères d'efficacité productive, selon

lesquels une incapacité irréversi-

ble prive une vie de toute valeur.

Pour porter un jugement mo-

ral correct sur l'euthanasie, il faut

avant tout la définir clairement. Par

euthanasie au sens strict, on doit

entendre une action ou une omis-

sion qui, de soi et dans l'intention,

donne la mort afin de supprimer

ainsi toute douleur. «L'euthanasie

se situe donc au niveau des inten-

tions et à celui des procédés em-

ployés».

Il faut distinguer de l'eutha-

nasie la décision de renoncer à

ce qu'on appelle l'«acharnement

thérapeutique», c'est-à-dire à cer-

taines interventions médicales qui

ne conviennent plus à la situation

réelle du malade, parce qu'elles

sont désormais disproportionnées

par rapport aux résultats que l'on

pourrait espérer ou encore parce

qu'elles sont trop lourdes pour lui

et pour sa famille. Dans ces situa-

tions, lorsque la mort s'annonce

imminente et inévitable, on peut en

conscience «renoncer à des traite-

ments qui ne procureraient qu'un

sursis précaire et pénible de la

vie, sans interrompre pourtant les

soins normaux dus au malade en

pareil cas». Il est certain que l'obli-

gation morale de se soigner et de

se faire soigner existe, mais cette

obligation doit être confrontée aux

situations concrètes; c'est-à-dire

qu'il faut déterminer si les moyens

thérapeutiques dont on dispose

sont objectivement en proportion

avec les perspectives d'améliora-

tion. Le renoncement à des moyens

extraordinaires ou disproportionnés

n'est pas équivalent au suicide ou à

l'euthanasie; il traduit plutôt l'accep-

tation de la condition humaine de-

vant la mort.

Dans la médecine moderne, ce

qu'on appelle les «soins palliatifs»

prend une particulière importance;

ces soins sont destinés à rendre la

souffrance plus supportable dans la

phase finale de la maladie et à ren-

dre possible en même temps pour

le patient un accompagnement

humain approprié. Dans ce cadre

se situe, entre autres, le problème

de la licéité du recours aux divers

types d'analgésiques et de sédatifs

pour soulager la douleur du mala-

de, lorsque leur usage comporte le

risque d'abréger sa vie.

De fait, si l'on peut juger digne

d'éloge la personne qui accepte

volontairement de souffrir en re-

nonçant à des interventions anti-

douleur pour garder toute sa luci-

dité et, si elle est croyante, pour

participer de manière consciente à

la Passion du Seigneur, un tel com-

portement «héroïque» ne peut être

considéré comme un devoir pour

tous. Pie XII avait déjà déclaré qu'il

est licite de supprimer la douleur

au moyen de narcotiques, même

avec pour effet d'amoindrir la

conscience et d'abréger la vie, «s'il

n'existe pas d'autres moyens, et si,

dans les circonstances données,

cela n'empêche pas l'accomplisse-

ment d'autres devoirs religieux et

moraux». Dans ce cas, en effet, la

mort n'est pas voulue ou recher-

chée, bien que pour des motifs

raisonnables on en court le ris-

que: on veut simplement atténuer

la douleur de manière efficace en

recourant aux analgésiques dont

la médecine permet de disposer.

Toutefois, «il ne faut pas, sans rai-

sons graves, priver le mourant de

la conscience de soi»: à l'appro-

che de la mort, les hommes doi-

vent être en mesure de pouvoir

satisfaire à leurs obligations mora-

les et familiales, et ils doivent sur-

tout pouvoir se préparer en pleine

conscience à leur rencontre défini-

tive avec Dieu.

Ces distinctions étant faites,

en conformité avec le Magistè-

re de mes Prédécesseurs et en

communion avec les Evêques

de l'Eglise catholique, je confir-

me que l'euthanasie est une gra-

ve violation de la Loi de Dieu, en

tant que meurtre délibéré mora-

lement inacceptable d'une per-

sonne humaine. Cette doctrine

est fondée sur la loi naturelle et

sur la Parole de Dieu écrite; elle

est transmise par la Tradition

de l'Eglise et enseignée par le

Magistère ordinaire et univer-

sel.

Ce que dit l’Église sur l’euthanasie

«Rien ni personne ne peut autoriser que l’on

donne la mort à un être innocent, fœtus ou

embryon, enfant ou adulte, vieillard, malade incu-

rable ou agonisant. Personne ne peut demander

ce geste homicide pour soi ou pour un autre confié

à sa responsabilité, ni même y consentir, explici-

tement ou non. Aucune autorité ne peut légitime-

ment l’imposer, ni même l’autoriser. (Jean-Paul

II, encyclique Evangelium Vitae, n. 57.)

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