Table of Contents Table of Contents
Previous Page  14-15 / 32 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 14-15 / 32 Next Page
Page Background

Le 15 janvier 2013, la

ministre québécoise respon-

sable des services sociaux,

Véronique Hivon, présentait

en conférence de presse le rapport du comité d’ex-

perts sur «l'aide médicale à mourir», faisant suite de

la Commission spéciale «Mourir dans la dignité», qui

s’est tenue l’an dernier. En compagnie du président du

comité, Maître Jean-Pierre Ménard, la ministre a dé-

claré que le consensus social était très fort, et que le

gouvernement québécois allait déposer un projet de

loi sur ce sujet d'ici l'été.

Même si le mot «euthanasie» n'a pas été employé

durant la conférence de presse, on a plutôt employé

le terme «mourir dans la dignité»; mais c'est effective-

ment d'euthanasie qu'il s'agit ici. M. Ménard a expliqué

qu'il fallait laisser aux patients «le pouvoir de décider

du temps et de la manière de mourir», et que même si

l'euthanasie est interdite par le code criminel canadien

(étant considérée comme un meurtre), Maître Ménard

a dit que la province de Québec dispose de tous les

outils juridiques pour aller de l'avant, en définissant

l'euthanasie comme étant tout simplement un «soin

de santé», qui est de juridiction provinciale.

Dans son rapport de 400 pages, Jean-Pierre

Ménard constate que, si le gouvernement fédéral

intervient en matière de droit criminel pour réprimer

certains gestes, comme le suicide assisté, c’est au Pro-

cureur général (ministre de la justice) du Québec de

porter les charges. «Dans le contexte où le législateur

québécois adopte une loi pour encadrer les soins de

fin de vie, y inclus une ou des dispositions régissant

l’aide médicale à mourir, le Procureur général du Qué-

bec pourrait déterminer qu’aucune poursuite ne sera

déposée contre quiconque agit en conformité avec les

dispositions de la loi adoptée par l’Assemblée nationa-

le.» Autrement dit, les médecins québécois qui «aide-

raient quelqu'un à mourir» seraient protégés par la loi

du Québec et ne seraient pas poursuivis en justice.

En réaction à cette conférence de presse, Alex

Schadenberg, directeur général de l'Euthanasia Pre-

vention Coalition, écrit: «L'euthanasie est le fait inten-

tionnel de causer la mort, où que la mort soit causée

directement à partir de cet acte. Comment le meurtre

peut-il se définir comme une forme de soins de santé?

En définissant l'euthanasie comme soins de santé, l'ac-

cès à l'euthanasie va inévitablement être étendu à tout

le monde, car tout le monde a droit à un accès égal

aux soins de santé.»

Les réactions à ce projet de loi ont été vives parmi

les groupes prenant la défense de la vie. Le 18 janvier

2013, l’Assemblée des évêques catholiques du Qué-

bec réagissait avec ce communiqué:

«Le rapport du comité présidé par Me Jean-Pierre

Ménard, suivant en cela la Commission spéciale sur la

question de mourir dans la dignité, s’engage dans une

voie dangereuse. Reprenant l’expression «d’aide médi-

cale à mourir» — que la Commission avait choisie pour

désigner à la fois le suicide assisté et l’euthanasie —, il

la définit comme «un soin» et la considère comme «un

droit». En outre, étant donné que l’euthanasie et le sui-

cide assisté sont prohibés par le Code criminel cana-

dien, le rapport incite le Procureur général du Québec à

renoncer aux poursuites judiciaires contre les person-

nes qui seraient éventuellement impliquées dans une

«aide médicale à mourir», à condition qu’elles aient agi

en conformité avec les dispositions de la loi qu’adop-

terait l’Assemblée nationale sur le sujet. Il y a tout lieu

de s’inquiéter lorsqu’une manière de provoquer inten-

tionnellement la mort est considérée comme un soin et

lorsqu’elle est revendiquée comme un droit.»

L’Organisme catholique pour la vie et la famille

(fondé par la Conférence des évêques catholiques du

Canada) s’objecte avec force à l’idée de «l’aide médi-

cale à mourir» et s’inquiète des impacts juridiques,

éthiques et sociaux d’une telle pratique: «Les ténors de

l’aide médicale à mourir veulent aussi nous faire croire

qu’il existe un consensus social très fort en faveur de

l’aide médicale à mourir. Or, il n’en est rien: 60% des

personnes et des groupes qui sont intervenues durant

les auditions de la Commission s’opposent à l’eutha-

nasie et au suicide assisté.

«Puisque le Gouvernement du Québec entend

malgré tout présenter un projet de loi sur “l’aide médi-

cale à mourir” d’ici le mois de juin, quiconque croit

encore au premier des droits fondamentaux – le droit

à la vie – porte aujourd’hui la responsabilité d’agir. En

tant que citoyens et citoyennes d’un pays qui se veut

civilisé, toutes les personnes de bonne volonté, ont le

droit et le devoir de promouvoir les soins palliatifs et

la véritable compassion, et de contrer toute tentative

de légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.

Les médias, comme tous les députés siégeant à l’As-

semblée nationale du Québec doivent entendre par-

ler des électeurs et électrices opposés au projet de loi

qui sera bientôt déposé par le Gouvernement Marois

à l’encontre du Code criminel du Canada, qui interdit

aussi bien l’euthanasie que le suicide assisté.

«L’OCVF recommande la consultation de trois ré-

seaux activement engagés dans les questions de fin

de vie et qui offrent une perspective respectueuse de

la dignité inaliénable de toute personne humaine, dont

le Collectif des médecins du Refus médical de l’eutha-

nasie (

www.refusmedical.blogspot.ca)

.

Selon le docteur Catherine Ferrier, porte-parole de

ce Collectif (dont plus de 300 médecins ont signé le

manifeste), le rapport Ménard «a été rédigé par des

avocats soigneusement sélectionnés, qui présentent

l'acte des médecins qui tuent leurs patients comme

s'ils faisaient partie intégrante des soins appropriés

en fin de vie. Ces avocats et les politiciens qui les ont

nommés introduisent aussi l'expression “aide médi-

cale à mourir”, comme s'il s'agissait d'autre chose que

d'un homicide délibéré. Cet acte nous répugne, à nous

les médecins, et devrait consterner les Québécois qui

sont en faveur de la justice sociale et de communautés

prenant soin des personnes les plus vulnérables.»

Voici le texte du manifeste du Collectif de méde-

cins du Refus Médical de l'Euthanasie:

Nous sommes des médecins qui considèrent que

toute loi permettant aux médecins de mettre fin à la

vie de leurs patients intentionnellement est contraire

aux buts de la médecine et à l'intérêt des patients et

met en péril des patients, surtout les personnes fai-

bles, démunies ou qui ne peuvent pas élever la voix

pour se défendre.

Nous affirmons que:

1. La personne en fin de vie doit bénéficier de

soins médicaux diligents et compétents pour le soula-

gement de la douleur, des malaises et de la souffrance

qu’elle éprouve et dont elle souhaite être libérée. Le

médecin a l’obligation de déployer à sa demande tous

les moyens que lui offre sa profession pour arriver à

cette fin.

2. Les volontés du malade qui refuse ou qui veut

interrompre des traitements doivent toujours être res-

pectées.

3. Les moyens évolués et modernes de l’appro-

che palliative et les outils thérapeutiques disponibles

permettent à toute personne d’être bien soulagée en

fin de vie: ces moyens doivent devenir accessibles sur

l’ensemble du territoire.

4. Le médecin qui se voit confronté à une situation

où une personne sous ses soins, évoluant vers la fin

de sa vie, est mal soulagée en dépit de ses meilleures

interventions, doit pouvoir obtenir l’aide d’un collègue

ou d’une ressource experte en soins palliatifs en vue

de mettre en œuvre des moyens alternatifs visant à

soulager le malade de façon optimale.

5. Dans les situations où le malade demeure

aux prises avec une souffrance mal contrôlée par les

meilleurs outils de la médecine palliative, la sédation

est une option utile. Titrée jusqu’à l’atteinte du confort

du malade, son but est le maintien de sa qualité de

vie, comme pour les autres moyens de la médecine

palliative.

6. L’acte de provoquer volontairement et directe-

ment la mort d’un patient par injection létale ou tout

autre moyen ne peut en aucune circonstance être

considéré comme un «soin» et est contraire au Code

de déontologie du médecin. Tuer la personne qui souf-

fre, même avec la plus grande compassion, n’est pas

un soin. Il n’est jamais nécessaire de provoquer la mort

d’un patient pour mettre un terme à ses souffrances. La

tradition hippocratique vieille de 2400 ans qui interdit

l’euthanasie est un critère de civilisation. Elle a pour

objectif la protection des faibles, et le maintien du lien

de confiance dans la relation médecin-patient. Elle in-

terpelle le médecin, les autres soignants et les proches

à travailler avec science et ingéniosité à réconforter et

à soulager les malades en créant un climat de solida-

rité mutuelle. L’interdit de l’euthanasie a été sagement

codifié il y a 2400 ans en dépit du fait que c’était à une

époque de moyens limités pour soulager le malade; il

est ironique de le voir contesté de nos jours, dans un

monde médical pourvu d’autant de moyens.

7. L’introduction de l’euthanasie ou du suicide as-

sisté doit aussi être rejetée à cause de l’expérience des

pays qui ont commis l’imprudence de les dépénaliser.

Elle engendre souvent des problèmes plus graves que

ceux qu’on prétendait vouloir régler. Parmi ceux docu-

mentés dans la littérature médicale on retrouve:

l 

Des taux élevés d’euthanasies sans consente-

ment

l 

L’impossibilité de faire respecter les balises ins-

taurées et la procédure de déclaration des euthanasies

l 

Des effets dommageables sur la relation méde-

cin-patient

l 

Des conflits au sein des équipes soignantes et

des familles

8. Les Collèges des médecins doivent continuer

d’assumer leur rôle de protection du public et de la vie

et appuyer les médecins dans leur quête d’une méde-

cine palliative de qualité et accessible, qui permettra à

tout patient d’être bien soulagé durant sa maladie et

en fin de vie.

Québec veut légaliser l'euthanasie

en la définissant comme «soin de santé»

et ainsi contourner le code criminel canadien

14

VERS DEMAIN janvier-février 2013

VERS DEMAIN janvier-février 2013

www.versdemain.org www.versdemain.org

15