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La fermeté promise par Isaïe au roi passe, en effet,

par la compréhension de l’agir de Dieu et de l’unité qu’il

donne à la vie de l’homme et à l’histoire du peuple. Le

prophète exhorte à comprendre les voies du Seigneur,

en trouvant dans la fidélité de Dieu le dessein de sages-

se qui gouverne les siècles...

24. Lu sous cet angle, le texte d’Isaïe porte à une

conclusion: l’homme a besoin de connaissance, il a

besoin de vérité, car sans elle, il ne se maintient pas,

il n’avance pas. La foi, sans la vérité, ne sauve pas, ne

rend pas sûrs nos pas. Elle reste un beau conte, la pro-

jection de nos désirs de bonheur, quelque chose qui

nous satisfait seulement dans la mesure où nous vou-

lons nous leurrer. Ou bien elle se réduit à un beau sen-

timent, qui console et réchauffe, mais qui reste lié à nos

états d’âme, à la variabilité des temps, incapable de

soutenir une marche constante dans notre vie. Si la foi

était ainsi, le roi Achaz aurait eu raison de ne pas miser

la vie et la sécurité de son royaume sur une émotion.

Par son lien intrinsèque avec la vérité, la foi est capable

d’offrir une lumière nouvelle, supérieure aux calculs du

roi, parce qu’elle voit plus loin, parce qu’elle comprend

l’agir de Dieu, fidèle à son alliance et à ses promesses.

25. Justement à cause de la crise de la vérité

dans laquelle nous vivons, il est aujourd’hui plus que

jamais nécessaire de rappeler la connexion de la foi

avec la vérité. Dans la culture contemporaine, on tend

souvent à accepter comme vérité seulement la vérité

de la technologie: est vrai ce que l’homme réussit à

construire et à mesurer grâce à sa science, vrai parce

que cela fonctionne, rendant ainsi la vie plus conforta-

ble et plus aisée. Cette vérité semble aujourd’hui l’uni-

que vérité certaine, l’unique qui puisse être partagée

avec les autres, l’unique sur laquelle on peut discuter

et dans laquelle on peut s’engager ensemble.

D’autre part, il y aurait ensuite les vérités de cha-

cun, qui consistent dans le fait d’être authentiques face

à ce que chacun ressent dans son intériorité, vérités

valables seulement pour l’individu et qui ne peuvent

pas être proposées aux autres avec la prétention de

servir le bien commun. La grande vérité, la vérité qui

explique l’ensemble de la vie personnelle et sociale, est

regardée avec suspicion. N’a-t-elle pas été peut-être —

on se le demande — la vérité voulue par les grands to-

talitarismes du siècle dernier, une vérité qui imposait sa

conception globale pour écraser l’histoire concrète de

chacun? Il reste alors seulement un relativisme dans

lequel la question sur la vérité de la totalité, qui au fond

est aussi une question sur Dieu, n’intéresse plus.

Il est logique, dans cette perspective, que l’on

veuille éliminer la connexion de la religion avec la

vérité, car ce lien serait la racine du fanatisme, qui

cherche à écraser celui qui ne partage pas la même

croyance. Nous pouvons parler, à ce sujet, d’un grand

oubli dans notre monde contemporain. La question

sur la vérité est, en effet, une question de mémoire,

de mémoire profonde, car elle s’adresse à ce qui nous

précède et, de cette manière, elle peut réussir à nous

unir au-delà de notre «moi» petit et limité. C’est une

question sur l’origine du tout, à la lumière de laquelle

on peut voir la destination et ainsi aussi le sens de la

route commune.

L’Église, mère de notre foi

38. La transmission de la foi, qui brille pour tous les

hommes et en tout lieu, traverse aussi l’axe du temps,

de génération en génération. Puisque la foi naît d’une

rencontre qui se produit dans l’histoire et éclaire notre

cheminement dans le temps, elle doit se transmettre au

long des siècles. C’est à travers une chaîne ininterrom-

pue de témoignages que le visage de Jésus parvient

jusqu’à nous. Comment cela est-il possible? Comment

être sûr d’atteindre le «vrai Jésus» par delà les siècles? ...

Le passé de la foi, cet acte d’amour de Jésus qui a

donné au monde une vie nouvelle, nous parvient par

la mémoire d’autres, des témoins, et il est de la sor-

te conservé vivant dans ce sujet unique de mémoire

qu’est l’Église. L’Église est une Mère qui nous enseigne

à parler le langage de la foi...

Les sacrements et la transmission de la foi

40. Pour transmettre un contenu purement doctri-

nal, une idée, un livre suffirait sans doute, ou bien la

répétition d’un message oral. Mais ce qui est communi-

qué dans l’Église, ce qui se transmet dans sa Tradition

vivante, c’est la nouvelle lumière qui naît de la rencon-

tre avec le Dieu vivant, une lumière qui touche la per-

sonne au plus profond, au coeur, impliquant son esprit,

sa volonté et son affectivité, et l’ouvrant à des relations

vivantes de communion avec Dieu et avec les autres.

Pour transmettre cette plénitude, il y a un moyen spé-

cial qui met en jeu toute la personne, corps et esprit,

intériorité et relations.

Ce sont les sacrements, célébrés dans la liturgie de

l’Église. Par eux, une mémoire incarnée est communi-

quée, liée aux lieux et aux temps de la vie, et qui prend

en compte tous les sens. Par eux, la personne est en-

gagée, en tant que membre d’un sujet vivant, dans un

tissu de relations communautaires...

Foi, prière et Décalogue

46. Deux autres éléments sont essentiels pour

la transmission fidèle de la mémoire de l’Église. Il y a

en premier lieu, la prière du Seigneur, le Notre Père.

Dans cette prière, le chrétien apprend à partager l’expé-

rience spirituelle elle-même du Christ et commence à

voir avec les yeux du Christ. À partir de Celui qui est

Lumière née de la Lumière, le Fils unique du Père, nous

connaissons Dieu nous aussi et nous pouvons enflam-

mer en d’autres le désir de s’approcher de Lui.

Le lien entre foi et Décalogue est également im-

portant. La foi, nous l’avons dit, apparaît comme un

chemin, une route à parcourir, ouverte à la rencontre

avec le Dieu vivant. C’est pourquoi à la lumière de la

foi et de la confiance totale dans le Dieu qui sauve, le

Décalogue acquiert sa vérité la plus profonde, conte-

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nue dans les paroles qui introduisent les dix com-

mandements: «Je suis ton Dieu qui t’a fait sortir du

pays d’Égypte» (Ex 20, 2). Le Décalogue n’est pas un

ensemble de préceptes négatifs, mais des indications

concrètes afin de sortir du désert du «moi» autoréfé-

rentiel, renfermé sur lui-même, et d’entrer en dialo-

gue avec Dieu, en se laissant embrasser par sa misé-

ricorde et pouvoir en témoigner.

La foi confesse ainsi l’amour de Dieu, origine et

soutien de tout, elle se laisse

porter par cet amour pour

marcher vers la plénitude de

la communion avec Dieu. Le

Décalogue apparaît comme le

chemin de la reconnaissance,

de la réponse d’amour, répon-

se possible parce que, dans la

foi, nous sommes ouverts à

l’expérience de l’amour trans-

formant de Dieu pour nous. Et

ce chemin reçoit une lumière

nouvelle de ce que Jésus en-

seigne dans le discours sur la

montagne (Cf. Mt 5-7).

J’ai évoqué ainsi les qua-

tre éléments qui résument le

trésor de mémoire que l’Église

transmet: la Confession de

foi, la célébration des Sacre-

ments, le chemin du Décalo-

gue, la prière. La catéchèse de

l’Église s’est structurée autour

de ces éléments, y compris le

Catéchisme de l’Église Catho-

lique, instrument fondamental

par lequel, de manière unifiée,

l’Église communique le conte-

nu complet de la foi, «tout

ce qu’elle est, tout ce qu’elle

croit».

La foi et le bien commun

51. La foi n’éloigne pas du monde et ne reste pas

étrangère à l’engagement concret de nos contem-

porains. Sans un amour digne de confiance, rien ne

pourrait tenir les hommes vraiment unis entre eux.

Leur unité ne serait concevable que fondée unique-

ment sur l’utilité, sur la composition des intérêts, sur

la peur, mais non pas sur le bien de vivre ensemble,

ni sur la joie que la simple présence de l’autre peut

susciter. La foi fait comprendre la structuration des

relations humaines, parce qu’elle en perçoit le fon-

dement ultime et le destin définitif en Dieu, dans

son amour, et elle éclaire ainsi l’art de l’édification,

en devenant un service du bien commun. Oui, la foi

est un bien pour tous, elle est un bien commun, sa

lumière n’éclaire pas seulement l’intérieur de l’Église

et ne sert pas seulement à construire une cité éter-

nelle dans l’au-delà; elle nous aide aussi à édifier

nos sociétés, afin que nous marchions vers un avenir

plein d’espérance.

La foi et la famille

52. Le premier environnement dans lequel la foi

éclaire la cité des hommes est la famille. Je pense sur-

tout à l’union stable de l’homme et de la femme dans

le mariage. Celle-ci naît de leur amour, signe et pré-

sence de l’amour de Dieu, de la reconnaissance et de

l’acceptation de ce bien qu’est la différence sexuelle

par laquelle les conjoints peu-

vent s’unir en une seule chair (cf.

Gn 2, 24) et sont capables d’en-

gendrer une nouvelle vie, mani-

festation de la bonté du Créateur,

de sa sagesse et de son dessein

d’amour...

53. En famille, la foi accom-

pagne tous les âges de la vie, à

commencer par l’enfance: les

enfants apprennent à se confier

à l’amour de leurs parents. C’est

pourquoi, il est important que

les parents cultivent en famille

des pratiques communes de foi,

qu’ils accompagnent la matura-

tion de la foi de leurs enfants...

Tous nous avons vu com-

ment, lors des Journées mon-

diales de la Jeunesse, les jeunes

manifestent la joie de la foi, leur

engagement à vivre une foi tou-

jours plus ferme et généreuse.

Les jeunes désirent une vie qui

soit grande. La rencontre avec

le Christ — le fait de se laisser

saisir et guider par son amour —

élargit l’horizon de l’existence et

lui donne une espérance solide

qui ne déçoit pas.

La foi n’est pas un refuge

pour ceux qui sont sans courage, mais un épanouis-

sement de la vie. Elle fait découvrir un grand appel, la

vocation à l’amour, et assure que cet amour est fiable,

qu’il vaut la peine de se livrer à lui, parce que son fon-

dement se trouve dans la fidélité de Dieu, plus forte

que notre fragilité.

Une lumière pour la vie en société

54. Assimilée et approfondie en famille, la foi de-

vient lumière pour éclairer tous les rapports sociaux.

Comme expérience de la paternité et de la miséricorde

de Dieu, elle s’élargit ensuite en chemin fraternel. Dans

la «modernité», on a cherché à construire la fraternité

universelle entre les hommes, en la fondant sur leur

égalité. Peu à peu, cependant, nous avons compris que

cette fraternité, privée de la référence à un Père commun

comme son fondement ultime, ne réussit pas à subsis-

ter. Il faut donc revenir à la vraie racine de la fraternité.

«La foi non seulement regarde

vers Jésus, mais regarde du

point de vue de Jésus, avec

ses yeux: elle est une parti-

cipation à sa façon de voir.»

(Lumen Fidei, 18.)

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