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aide ainsi des monopoles à s’enrichir et à consolider

ou étendre leur dictature économique.

Attacher le revenu uniquement à l’emploi, c’est

aussi oublier pour quelle fin existe le revenu. Le reve-

nu confère du pouvoir d’achat. Le pouvoir d’achat est

un moyen pour permettre à la production d’atteindre

sa fin, qui est la satisfaction des besoins de tous —

moyen qui doit donc être régi d’après la production

d’une part, d’après les besoins à satisfaire d’autre part.

Dans le commerce international, combien d’esprits

pourtant cultivés perdent de vue la seule fin logique-

ment soutenable de l’exportation, qui est de permet-

tre une plus grande variété de produits à la popula-

tion des deux côtés: du pays exportateur et du pays

importateur. Ceux qui prétendent que la réussite pour

leur pays consiste à exporter plus qu’il importe pren-

nent l’argent pour la richesse. La véritable richesse, ce

sont les produits: s’il en sort du pays plus qu’il y entre,

c’est un appauvrissement réel, puisqu’alors il y a défi-

nitivement moins de produits offerts a la population.

Quelques autres notions

Pour pouvoir comprendre le Crédit Social, il faut

aussi admettre certaines notions fondamentales pas-

sablement obscurcies, sinon totalement abandonnées

dans le système actuel.

Et d’abord, que l’argent, sous n’importe quelle

forme — pièces métalliques, papier-monnaie, comp-

te de banque utilisable par chèques — a une portée

sociale. Sociale, en ce que tout le monde l’accepte,

non pas à cause de sa valeur intrinsèque qui est nulle

ou à peu près, n’étant que du métal, du papier, ou de

simples chiffres, mais à cause de sa légalité. Sociale

aussi, parce que chaque unité monétaire, chaque dol-

lar par exemple, peut obtenir, jusqu’à concurrence de

ce montant, n’importe quel produit ou service offert

sur le marché communautaire. Produit de n’importe

quelle ferme, de n’importe quelle mine, de n’importe

quelle usine, fruit du travail de n’importe qui, service

professionnel de n’importe quelle nature.

L’argent peut aussi mobiliser, au gré de celui qui le

possède, la capacité de production du pays, de n’im-

porte quel ordre. L’argent confère ainsi un titre sur tout

ce qui sort de la production nationale.

Mais l’argent ne provient pas d’une génération

spontanée. Il commence certainement quelque part.

Celui qui est en circulation a commencé quelque part.

Toute nouvelle augmentation d’argent commence

aussi quelque part. Quelle que soit la place où il com-

mence, où il est autorisé à commencer, une question

se pose:

À qui appartient cet argent au moment où

il commence?

À cette question de grande importance, le Crédit

Social répond sans hésiter:

L’argent, à sa naissance, appartient à la société.

Qui, en effet, quel particulier, ou quel groupe, ou

quelle institution privée, peut de sa propre autorité se

créer un droit sur tout ce qui se fait dans le pays? Sur

ce qui est le fruit des diverses activités productrices

du pays?

Seule la société dans son ensemble possède ce

droit. Elle seule, par le gouvernement qui la représen-

te, peut libérer et conditionner les droits aux produits

de l’économie nationale, fruit de l’activité d’hommes

qui travaillent unis dans la communauté nationale»

(définition de Pie XII).

Tout le monde sait bien qu’aujourd’hui ce n’est pas

le gouvernement qui fait l’argent. Ni le producteur non

plus. Tous ceux qui se sont donné la peine d’examiner

la question savent que tout argent nouveau sort du

système bancaire, surtout sous forme de «crédit finan-

cier» prêté à des emprunteurs.

Lorsque la banque crée ainsi de l’argent scriptu-

ral pour un emprunteur, elle se trouve à donner à

l’emprunteur le titre à n’importe quelle fraction de la

richesse nationale correspondant au montant du prêt.

Et la banque considère cette émission de crédit finan-

cier comme son bien propre, puisqu’elle le prête à ses

conditions. De quelle autorité la banque peut-elle ainsi

conférer à l’emprunteur des droits sur le travail et le

produit des autres membres de la communauté?

Que l’argent nouveau ainsi libéré le soit dans une

banque, sous la plume d’un banquier, c’est admis-

sible à condition que cet argent, ce crédit financier,

soit considéré comme propriété de la société et traité

comme tel. Ce n’est pas le cas dans le présent sys-

tème. C’est, au contraire, la société qui, par les prix

au moyen desquels l’emprunteur retrouvera le mon-

tant et l’intérêt demandé par la banque, c’est la société

elle-même qui doit payer la banque pour l’usage d’un

crédit qui appartient de droit à la société.

Quand on a compris cela, on peut certes s’offen-

ser de voir les citoyens payer deux fois et plus les éco-

les, les aqueducs et autres constructions publiques

érigées à même le travail de la population dans son

ensemble.

C’est cette mainmise sur un instrument social —

l’argent — qui fait les contribuables canadiens payer,

chaque année des milliards de dollars en intérêts qui

ne suppriment nullement la dette. C’est à recommen-

cer tous les ans.

Une autre notion que tout le monde devrait ad-

mettre, mais elle aussi violée par le présent système:

On doit faire payer à la population, non pas ce

qu’elle produit, mais ce qu’elle consomme, et seule-

ment autant qu’elle consomme.

Si cela était, il n’y aurait pas de dette publique, car

la population consomme certainement moins qu’elle

produit. La production va plus vite que la consomma-

tion, surtout pour ce qui est des biens durables, com-

me les écoles. Or, c’est justement pour ces sortes de

biens que l’on accumule le plus de dettes — ce qui

indique sûrement un système financier frauduleux.

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VERS DEMAIN août-septembre 2013

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On a accepté le système financier, avec ses déve-

loppements, sans s’arrêter à se demander s’il répondait

au véritable but d’un système financier sain. Ce but, ce

n’est certainement pas de gouverner, ni de dicter, mais

de servir. De servir le système économique. De fournir

un moyen pratique pour mobiliser, mettre en oeuvre,

la capacité de production du pays, en réponse aux

besoins des consommateurs. Et de fournir un véhicule

pour répartir et distribuer les produits.

Puisque ce sont les consommateurs eux-mêmes

qui connaissent mieux leurs besoins, ce sont eux qui

doivent dicter à la production quoi faire. Ils ne le peu-

vent bien que s’ils possèdent le moyen financier d’ex-

primer leurs besoins. Ils expriment leurs besoins par le

choix qu’ils font des produits. Ils ne font ce choix que

dans la mesure ou ils sont pourvus de pouvoir d’achat.

Le fondateur du Crédit Social, Douglas, écrit à ce

sujet dans

Credit Power and Democracy,

édition 1934,

page 102:

«La fonction d’un système financier moderne et

efficace, c’est d’émettre du crédit au consommateur,

jusqu’à concurrence de la capacité de production

du producteur, de sorte que la demande réelle du

consommateur soit satisfaite, ou que la capacité du

producteur soit épuisée, quel que soit celui des deux

cas qui arrive le premier.»

On constate aujourd’hui que ni l’un ni l’autre des

deux cas n’existe. La demande des consommateurs

n’est pas satisfaite, et la possibilité des producteurs

n’est pas épuisée: le crédit financier aux consomma-

teurs n’est pas allé jusque-là.

Le Crédit Social y verrait par le dividende à tous.

Douglas a aussi exprimé une vérité économique

que l’on ne trouve en nul traité d’économie orthodoxe,

et qui est pourtant d’une importance capitale:

Le véritable prix de la production, ce n’est pas le

prix comptable, mais ce qui a été réellement consom-

mé pour produire.

Vu que, dans n’importe quelle période donnée,

la production dépasse toujours la consommation,

c’est une preuve qu’on fait payer le produit plus cher

qu’il n’a réellement coûté en choses consommées

pour produire. Ce qui doit être rectifié au moyen d’un

abaissement accordé aux consommateurs sur les prix

comptables, abaissement compensé au vendeur qui,

lui, doit payer le prix comptable au producteur.

C’est là l’aspect le plus technique du Crédit Social.

Vers Demain en a traité plusieurs fois; ce serait sans

doute trop avancé pour ceux qui posent les questions

énumérées en tête de cet article.

Bornons-nous là aujourd’hui en fait de principes

et de notions.

Il y a la question: Quel plan a proposé Douglas

pour établir son système et comment cela fonctionne-

rait-il dans le concret ?

Disons tout de suite que Douglas n’a jamais pré-

tendu produire de plan. Il a énoncé des propositions,

des principes à mettre en application pour établir un

système financier sain, s’adaptant aux conditions éco-

nomiques telles qu’elles viennent à se produire. Une

finance conforme au réel et servant le réel. Vers De-

main a souvent cité ces principes.

Quant aux méthodes pour appliquer ces prin-

cipes, quant aux plans, si l’on veut, ils peuvent être

variés. L’important est qu’ils tiennent compte de ces

principes. Il faut bien aussi partir de là où l’on est pour

aller là où il faut. Donc, tenir compte de ce qui existe et

procéder avec le minimum de chambardement, tout

en établissant dès d’abord le but, l’objectif, la politique

du changement.

Louis Even

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