Table of Contents Table of Contents
Previous Page  12-13 / 32 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 12-13 / 32 Next Page
Page Background

droits fondamentaux, des droits qu’il tient de sa nature

même d’homme. Tout le monde admet, par exemple,

que chaque enfant qui naît a droit à la vie. Lesquels,

des tenants du système actuel ou des promoteurs du

Crédit Social, offrent mieux à chaque individu la faci-

lité, la possibilité d’exercer son droit à la vie? Le droit

à la vie comporte indéniablement le droit aux cho-

ses nécessaires à la vie. Or, lesquels, des tenants du

système actuel ou des promoteurs du Crédit Social,

offrent le mieux à chaque individu le moyen d’obtenir

ces choses?

Quelques principes

Pour qu’on ne nous accuse pas de forger des

énoncés tendancieux en parlant de principes, citons

textuellement des autorités dont personne ne contes-

tera la solidité de doctrine en matière des droits fonda-

mentaux de tout être humain.

Les Pères du Concile Vatican II ont écrit, dans la

Constitution

Gaudium et Spes

(n. 69) sur l’Église dans

le monde de ce temps:

«Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient

à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples,

en sorte que les biens de la création doivent équi-

tablement affluer entre les mains de tous, selon la

règle de la justice, inséparable de la charité... Tous

les hommes ont le droit d’avoir une part suffisante de

biens pour eux-mêmes et pour leur famille.»

Ni les gouvernements, ni les banquiers, ni les éco-

nomistes n’ont créé les biens de ce monde. Ils n’ont

donc pas à établir, ni approuver, ni essayer de justi-

fier des règlements qui méconnaissent ou contrarient

cette destination universelle des biens créés par le

Père céleste. Père de tous les hommes, Dieu n’a exclu

personne du droit à une part des biens terrestres; or,

dans un régime de ventes et d’achats, les règlements

qui conditionnent le pouvoir d’achat à l’emploi dans

les activités de production exclut tous ceux qui ne ti-

rent pas de revenus de leur emploi dans la production.

Ces exclus constituent plus de la moitié des individus:

enfants, femmes à la maison, malades, vieillards, chô-

meurs, etc.

Le Pape Pie XII a dit très clairement dans son fa-

meux radio-message de Pentecôte 1941:

«Les biens créés par Dieu l’ont été pour tous les

hommes et doivent être à la disposition de tous, se-

lon les principes de la justice et de la charité.

«Tout homme, en tant qu’être doué de raison,

tient en fait de la nature même le droit fondamental

d’user des biens matériels de la terre, quoiqu’il soit

laissé à la volonté humaine et aux formes juridiques

des peuples de régler plus en détail la réalisation pra-

tique de ce droit.»

Les formes juridiques actuelles facilitent-elles la

réalisation pratique du droit de tous et de chacun à

une part des biens terrestres? Les propositions du

Crédit Social, en garantissant à chaque personne un

revenu périodique, ne feraient-elles pas d’une manière

bien plus directe cette réalisation pratique du droit de

chacun, sans oublier personne quelque soit son statut

vis-à-vis du système producteur ?

Le droit de tous à une part des biens terrestres est

un droit naturel, un droit individuel, qui ne vient pas

de l’appartenance à un groupe. Nulle condition, nulle

législation ne peut légitimement supprimer ce droit

individuel. C’est encore Pie XII qui le rappelle dans le

même message:

«Un tel droit individuel ne saurait en aucune ma-

nière être supprimé, pas même par l’exercice d’autres

droits certains et reconnus sur des biens matériels.»

De sorte que, même le droit de propriété que peu-

vent avoir ceux qui possèdent les moyens de produc-

tion, ne doit pas contrevenir au droit individuel de cha-

que personne à une part des biens terrestres.

Le Crédit Social reconnaît la propriété privée. Il la

consolide même. Mais il proclame aussi fermement la

fonction sociale de cette propriété privée. D’ailleurs,

un mécanisme créditiste de distribution, en faisant les

produits atteindre les besoins, ne nuirait certainement

pas aux producteurs puisque le problème majeur de

la plupart des producteurs c’est de trouver à écouler

leurs produits.

Où l’argent naît-il ?

L’argent doit être le

symbole des réalités

(produits et services),

mais aujourd’hui ce

sont les réalités, et

même les êtres humains,

qui sont soumis aux

dictats de l’argent.

u

12

VERS DEMAIN août-septembre 2013

www.versdemain.org

u

Nous faisons ces réflexions, non pas pour dire que

les papes préconisent le Crédit Social — ce qui n’est

pas de leur domaine — mais pour démontrer com-

ment le Crédit Social faciliterait magnifiquement «la

réalisation pratique du droit individuel» proclamé par

ces autorités.

Ce droit individuel est aussi ancien que la création

de l’homme. Les autorités civiles, les dictateurs de

l’économie, les sociologues à l’esprit camisolé par des

lois ou des règlements d’homme, ont pu l’oublier, le

mettre de côté ou le minimiser mais ce droit a toujours

été affirmé par les maîtres en théologie morale.

Les tâtonnements, les mesures dites de sécurité

sociale, sont une admission tardive et boiteuse dans

l’application du droit de tous aux nécessités de la vie.

Mais le fait qu’il faille ainsi continuellement essayer

d’apporter des correctifs à la répartition des droits aux

produits, en prenant aux uns pour donner aux autres,

est une preuve que la répartition telle qu’elle est issue

des règlements économiques actuels est défectueuse.

Au lieu de correctifs qui corrigent mal et qui oublient

une foule de cas, ne serait-il pas infiniment mieux

d’établir une source de pouvoir d’achat qui fonctionne

automatiquement pour assurer à tous et à chacun, dès

l’origine, la part à laquelle chacun a droit. Ce que ne

peut faire le système qui lie le revenu uniquement à

l’emploi.

Fins et moyens

Le social et l’économique souffrent beaucoup

aujourd’hui de la perversion qui fait prendre les

moyens pour des fins ou des fins pour des moyens.

C’est le cas, par exemple, de ceux qui pensent que

l’homme est créé pour les activités économiques. Ce

sont, au contraire, les activités économiques qui exis-

tent pour le service de l’homme, et non vice versa. Et

si le progrès dans la production des biens matériels

permet de satisfaire les besoins matériels de l’homme

avec un minimum pour lui d’activités économiques,

c’est tant mieux. Il y a d’autres fonctions humaines

supérieures à la fonction économique, et si les per-

sonnes ont plus de temps, plus de loisirs pour s’en

occuper, it faut bénir Dieu d’avoir permis ce progrès.

De même, l’homme n’existe pas pour la produc-

tion, mais la production pour l’homme, pour lui per-

mettre la satisfaction de ses besoins normaux. Vouloir

mettre en oeuvre toutes les capacités de production

quand les besoins des hommes sont satisfaits, c’est

provoquer soit le gaspillage par la production de cho-

ses dont personne ne voudra, soit des pressions pour

créer et stimuler de nouveaux besoins matériels —

aggravant ainsi le matérialisme qui détourne déjà les

personnes humaines de leur véritable fin.

La politique de l’embauchage intégral est une

autre forme de confusion des moyens et des fins. L’in-

dustrie n’a pas pour but de fournir de l’emploi, mais de

fournir des produits. L’emploi n’entre dans la produc-

tion que comme moyen et non pas comme fin. Si la

production peut diminuer l’emploi tout en alimentant

le flot de produits, c’est encore tant mieux, puisque

le travailleur est ainsi libéré pour se livrer à d’autres

activités de son propre choix.

Faire de l’argent le but d’une entreprise est encore,

évidemment, consacrer comme fin ce qui ne doit être

que moyen. C’est pourtant là la plus grande hérésie du

monde économique actuel (et passé aussi, au moins

depuis trois siècles). Les placements de capitaux cher-

chent ce qui va rapporter le plus d’argent, et non pas

ce qui va le mieux satisfaire les besoins humains nor-

maux. S’il y a plus d’argent à faire dans la boisson ou

dans les poisons, les placements iront à l’industrie qui

fournit la boisson ou les poisons. L’ouvrier lui-même

donne souvent dans cette perversion: il cherchera à

se placer où ça paie le plus, même si le produit qui sort

de son ouvrage est nuisible ou peu utile, même s’il

Un autre exemple où l'argent gou-

verne au lieu de servir: enmars 2013, sous

la pression du FMI et de la Banque Cen-

trale Européenne, après plusieurs jours de

paralysie où les banques étaient fermées

et les comptes gelés, le gouvernement

de l'île de Chypre acceptait de confisquer

de force l'épargne des particuliers dans

les banques chypriotes afin d'obtenir une

aide d'urgence de 10 millions d'euros (13

millions de dollars). Au début, on voulait

que tous les épargnants contribuent, mais

finalement, seuls les comptes de 100 000

euros et plus furent mis à contribution, le

gouvernement allant jusqu'à prélever Le

texte de la caricature est en chypriote, et

peut se traduire ainsi: «vol de banque à la

façon chypriote.»

VERS DEMAIN août-septembre 2013

www.versdemain.org

13