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Or, est-ce que notre système actuel de production,

avec ses moyens en matériel, main d’oeuvre et tech-

nique, n’est pas capable de fournir tous les biens re-

quis pour les besoins humains normaux de toute la

population du pays ? — Oui, certes, il en est capable,

et facilement, personne n’en doute.

De même, est-ce que notre système économique

actuel de distribution, avec ses moyens de conser-

vation et de transport, avec ses magasins partout où

vivent des familles et ses services de livraison, est ca-

pable de faire la jointure entre lesbiens et les besoins ?

Certainement encore, il en est capable, jusqu’aux

coins les plus reculés du pays.

Et s’il y a défaut de production, ou défaut de dis-

tribution partout où il y a des besoins, ce n’est pas du

tout à cause d’incapacité ou d’incompétence des pro-

ducteurs, ni par incapacité physique du mécanisme

de distribution. C’est uniquement par défaut d’argent.

L’obstacle provient du système d’argent, non pas du

système de production ou de distribution. Obstacle du

système d’argent qui, pourtant, n’a pu être inventé que

pour mobiliser les moyens de production d’une part et,

d’autre part, pour permettre aux individus de se procu-

rer ce qui leur convient pour satisfaire leurs besoins.

L’argent n’est pas le système capitaliste; il n’est

là que pour le servir, et non pas pour l’empêcher de

bien produire et de bien livrer les produits qu’il faut.

Or, c’est justement ce système d’argent, qui de lui-

même ne produit rien, qu’on respecte comme s’il était

d’institution divine et sacrée, alors qu’on s’en prend à

la structure capitaliste du système producteur et du

système distributeur qui, tous les deux, ne demandent

pas mieux que servir et bien servir. Est-ce que les

agents de production et les agents de distribution ne

sont pas à l’affût constant et empressé de commandes

à servir ? On ne trouve pas, hélas, cet empressement

du côté de la source d’où provient l’argent moderne,

les crédits financiers. L’argent n’est pourtant rien en

soi, que l’expression chiffrée de valeurs qu’il ne crée

pas, une comptabilité, et rien ne serait plus facile que

d’en faire une comptabilité exacte.

Si l’on s’habituait à penser, raisonner et conclure en

termes de réalités, en termes de produits et de besoins,

au lieu de penser, raisonner et conclure en termes

d’argent, on verrait avec éclat les possibilités réelles

réaliser des conditions économiques satisfaisantes

pour tous; et l’on stigmatiserait avec indignation les

obstacles purement artificiels dressés par un système

financier qui ne produit rien et qu’on laisse dominer

tout, alors qu’il n’a d’autre raison d’être que de servir

le système qui produit et distribue.

Claire distinction

Un cultivateur possède un champ. Ce champ est

un capital, un capital réel. Capital réel aussi, les outils

du cultivateur. Capital réel encore,

sa compétence de

cultivateur. Il laboure son

champ. Il y sème du blé, ou

y plante des pommes de terre. La maturation venue,

il récolte une abondance de blé ou une abondance de

pommes de terre. Ce cultivateur est un capitaliste, pas

un financier. C’est un capital réel qu’il exploite, et ce

sont des revenus réels —blé ou pommes de terre —

qu’il tire de son capital réel.

Le système financier, lui, est une tout autre af-

faire. C’est un simple système de permissions. De

permis, du côté producteur, pour mobiliser, mettre

en oeuvre des moyens de production. — Permis, du

côté consommateur, pour obtenir les produits finis

et offerts. Ce n’est pas l’argent qui donne de la va-

leur aux produits, aux réalités. Ce sont les produits

et la capacité de produire qui donnent de la valeur à

l’argent.

C’est donc l’argent qui doit s’assouplir aux réalités,

et non pas les réalités qui doivent se soumettre aux

rigidités de l’argent. S’il y a des travaux utiles à exécu-

ter et des hommes avides de les faire, pourquoi rester

paralysé par le simple manque de permis chiffrés ?

Mackenzie King, Premier Ministre du Canada pen-

dant 25 années, ne raisonnait pas mieux pendant la

décennie d’avant la deuxième guerre mondiale (1930-

39). Il n’avait pas cinq sous pour les chômeurs, disait-il.

Ce qui ne l’empêcha pas, sitôt la guerre déclarée en

Europe, de lancer le Canada dans la bagarre, avec des

milliards qui surgissaient, tout neufs, des chiffres qui

sortaient presto des encriers des banquiers, des permis

pour tuer et produire des engins de tuerie. Cela prouve

au moins à l’évidence que les permis ne sont pas un

problème. Ils ne

peuvent l’être que parce qu’on ac-

cepte bêtement, disons criminellement, la domination

de ceux qui en ont usurpé le contrôle, alors qu’ils ne

sont ni le gouvernement ni les producteurs.

Ignorance et refus

C’est donc le système d’argent et non le capita-

lisme qu’il faut blâmer. Le système d’argent qui com-

mence par détraquer les esprits en faisant de l’argent

la condition, le moyen et la fin de toutes les activités

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économiques et même autres. Étant donné que le

système d’argent est d’institution humaine, son ina-

daptation au réel est déjà une marque de folie hu-

maine.

Dans le monde d’abondance de nos pays déve-

loppés; un monde aussi où l’argent ne nécessite plus

de métal précieux à découvrir et à extraire de mines

profondes, où le billet de 1,000 dollars ne coûte pas

plus de papier ni de travail d’impression que le bil-

let d’un dollar; dans un monde où de simples opéra-

tions de comptabilité, transportant des crédits d’un

compte à un autre, règlent les paiements entre per-

sonnes séparées par des plaines, des montagnes,

des déserts ou des océans, il faut être désespérément

timbré pour se morfondre devant la prétendue inca-

pacité d’ajuster le système monétaire aux exigences

de la production pour tous et de la distribution à tous.

On peut ignorer ces notions, pourtant bien

simples, et prendre des règlements financiers pour

des lois inflexibles de la nature aussi inflexibles que

celles de la pesanteur et de la rotation de la terre,

de sa translation autour du soleil, de la succession

des saisons; et l’on peut ainsi se croire devant des

situations insolubles, dans des pays pourtant poten-

tiellement riches, comme en Amérique du Sud, où

le système monétaire est encore généralement un

mystère, sauf pour ceux qui profitent du maintien de

ce mystère. Mais on ne peut plaider cette ignorance

au Canada, surtout pas dans la province de Québec,

où le Crédit Social a fait la lumière et exposé les prin-

cipes d’une finance saine et efficace depuis 77 ans

(1935-2012).

Sont donc inexcusables, chez nous, les hommes

politiques, les journalistes, les éducateurs, les so-

ciologues laïcs, les prédicateurs de justice sociale et

les responsables de tous niveaux, qui, par ignorance

crasse, ou par incurie, ou par lâcheté, ou par compli-

cité, laissent blâmer n’importe qui et n’importe quoi

excepté le système d’argent actuel inapte et perver-

ti, pour les privations dont souffrent des personnes

et des familles, exposant ces victimes à se tourner

vers le communisme et sa propagande pour y cher-

cher ce qu’ils ne trouvent pas dans une économie

d’abondance immobilisée sous leurs yeux.

Tous capitalistes

Au lieu de vitupérer contre le capitalisme et de

faire des signes d’amitié au communisme ou à des

gens dont les vues marxistes sont connues, c’est

l’expansion du capitalisme, du capitalisme vrai qu’il

faut réclamer. Le capitalisme étendu à tous. Tous ca-

pitalistes.

Ce serait d’ailleurs conforme au réel, si ça ne l’est

pas à une conception financière en désaccord avec le

réel. Tous capitalistes, parce que tous sont attitrés à

une part des fruits de richesses naturelles créées par

Dieu. Tous, aussi, héritiers d’un progrès croissant

dans les techniques et procédés de production —

progrès acquis, transmis et accru d’une génération

à l’autre. Progrès qui permet une production de plus

en plus abondante et de plus en plus rapide, avec

de moins en moins de labeur humain. Progrès qui

est le facteur prépondérant, donc le plus gros capital

réel de la production moderne. Et cet héritage n’a

pas été gagné par un plus que l’autre des vivants

actuels. C’est donc un capital réel communautaire,

très productif, et qui doit bien valoir, à tous au même

titre, un dividende réel, un droit à une part de la pro-

duction due en grande partie à cet héritage commu-

nautaire.

Un dividende social périodique

L

a population (doit faire pression) sur le gouver-

nement de Québec pour qu’il décide d’agir, au lieu

de toujours étudier et de toujours remettre. Et l’ap-

plication du Crédit Social en serait une magnifique

réalisation, par le dividende social périodique à tous

et à chacun, indépendamment des autres sources de

revenus que les uns ou les autres peuvent avoir.

Au lieu d’assistés sociaux, des capitalistes so-

ciaux. Au lieu d’allocations d’indigence avec leur

cortège d’enquêtes et d’humiliations, le dividende

social. Non pas une aumône mais un dû. Dividende

qui ne serait pas plus humiliant à recevoir que le

dividende servi périodiquement au capitaliste qui a

investi des fonds dans l’industrie. Le capital-progrès

est bien plus réel et bien plus facteur de production

qu’un capital-dollars de n’importe quel montant.

En parlant des pauvres, des indigents, on les

appelle souvent des «déshérités». C’est justement

cela qu’ils sont, des DESHERITES. On refuse de les

reconnaître comme «cohéritiers», à titre égal, avec

tous les citoyens de leur pays. Cohéritiers de ce

progrès qui est le plus gros facteur de la produc-

tion moderne. Donc, des ayant-droit à une part de la

production due à ce progrès.

Si les fruits de la production sont partagés seu-

lement entre les bailleurs de fonds et les employés,

cela signifie que la part des déshérités est allée aux

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