Table of Contents Table of Contents
Previous Page  24-25 / 48 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 24-25 / 48 Next Page
Page Background

par le Père Daniel-Ange

L

e cardinal Tauran a osé un mot percutant: «Chré-

tiens et musulmans ont un ennemi commun : l’islamis-

me» (Journal

La Croix

, 17 septembre 2012). Effective-

ment, nombre de musulmans réprouvent la violence

de l’islamisme, même s’ils n’osent pas le déclarer pu-

bliquement, par peur de représailles, surtout dans les

pays islamiques, et en raison de leur difficulté à se

désolidariser de ceux qui agissent en référence aux

préceptes de leur religion.

On admire d’autant plus le courage de personnali-

tés musulmanes, vivant en Occident, qui ont pris le ris-

que de condamner les massacres perpétrés par leurs

frères fondamentalistes (déclaration du Conseil fran-

çais du culte musulman après les attentats massifs de

Bagdad et d’Alexandrie, et plus récemment les réac-

tions ultraviolentes provoquées par un court-métrage

aux USA ou les caricatures de

Charlie Hebdo

).

Cela veut dire que lorsque nous exprimons notre

douleur devant tant de frères chrétiens persécutés dans

ces pays, ou notre horreur devant les actes de l’isla-

misme (comme au Nord-Mali), nous nous mettons ipso

facto du côté des musulmans au cœur droit, à l’âme

sincère. Nous sommes leur voix en quelque sorte.

P

ourquoi les musulmans fondamentalistes ont-

ils une haine aussi viscérale du monde occidental ?

Parmi bien des explications — pour tel pays un passé

colonialiste, et pour d’autres ou les mêmes, l’actuelle

domination technologique et économique des pays

du Nord... il s’agit d’une réaction — certes folle — à

notre propre déchéance morale. Ils ont en effet de

quoi être horrifiés par notre cumul d’attaques contre

la vie: l’avortement, l’euthanasie, le suicide assisté,

l’eugénisme et son racisme chromosomique, les mè-

res porteuses, l’homoparentalité, et donc la fabrica-

tion de semi-orphelins.

On a ridiculisé chez nous les harems musulmans,

mais nous allons légaliser polygamie et polyandrie,

si ce n’est inceste («

s’ils s’aiment !

»). Sans parler des

embryons humains vendus pour cosmétiques… Ces

aberrations destructrices d’humanité horrifient les mu-

sulmans — modérés comme intégristes. Les premiers

vivant en Occident ou au Liban, n’osent le dire, par peur

cette fois-ci d’être taxés de ringardise, mais la violence

des seconds n’est-elle pas aussi un cri d’horreur ? À for-

ce d’abominations, que pouvons-nous bien répondre

aux terroristes qui posent des bombes?

Enseigner à un enfant «qu’on peut naître mâle mais

être féminin», ou (en Australie) qu’il faut détrôner l’hom-

me du centre de la création et qu’un embryon de gre-

nouille a plus de valeur qu’un humain (

deep ecology

)

lui montrer (en Grande-Bretagne) en classe dès six ans

des scènes d’accouplement, etc. Forcer un enfant à dire

«maman» à un monsieur: tout cela n’est-ce pas du viol

psychique de l’enfant ? Inséminer une femme avec du

sperme d’un inconnu mort depuis 30 ans, arracher un

enfant à la femme dont on a loué le ventre: n’est-ce pas

traumatiser donc violenter l’enfant ? N’est-ce pas un

déchaînement de violence? Laisser une jeune femme

vivre toute seule l’agonie pendant des heures du tout-

petit qu’elle porte parce qu’on la force à prendre le RU

486 ou la pilule du lendemain: n’est-ce pas un paroxys-

me de violence?

L’enfant à la pluriparenté (parents bio, légaux, so-

ciaux, etc.) En Grande-Bretagne, le bébé à trois parents

biologiques (fécondation par sperme et ovocytes de

deux femmes différentes par transfert nucléaire). Les

mots : papa, maman, frères, sœurs, famille n’ont plus

aucun sens, vidés de tout contenu, à géométrie varia-

ble. Autant de bombes destructrices d’humanité Je me

demande si la réaction folle de l’islamisme n’est pas en

partie provoquée par l’agression tout aussi folle de no-

tre libéralisme effréné. Nous reprochons à l’islamisme

ses massacres d’innocents, femmes et enfants, mais les

pays musulmans ne pourraient-ils nous reprocher notre

massacre aseptisé des plus vulnérables, des plus inno-

cents, in sinu ou en fin de vie — par millions?

Nous condamnons le statut de la femme en islam

traditionnel, frisant l’esclavage, où la fille doit épouser

l’homme imposé par le père, etc. Mais ne peuvent-ils

nous reprocher l’extrême marchandisation du corps

féminin, le florissant et juteux commerce de la porno-

graphie en libre-service, le développement des réseaux

de prostitution ?

On dénonce les femmes lynchées en public là-

bas… mais ici, on tue un enfant à sa naissance (

par-

tial-birth abortion

). Et l’on zigouille une vieille grand-

maman, parce qu’on a payé le médecin pour avoir plus

vite l’héritage (cas en Hollande).

Nous leur reprochons la burka (imposée dans cer-

taines régions) mais ils nous reprochent l’exhibitionnis-

me de nos nudités. Entre burka et bikini : n’y a-t-il pas un

juste milieu? Nous leur reprochons de nous faire peur.

Ne nous nous reprochent-ils pas notre impudeur ?

Un double quiproquo envenime le conflit islamisme-

Occident. Pour qui vit en régime politico-économico-so-

cialo-islamique, malgré le «Printemps arabe» la liberté

individuelle d’expression reste largement impensable.

Tout y est plus ou moins sous contrôle étroit du gouver-

nement théocratique et la rue arabe reste manipulable.

Résultat : lorsque l’islam et son prophète sont caricatu-

rés, ce sont les pays et gouvernements en tant que tels

qui en sont responsables, donc, coupables. Et ces pays

sont à leurs yeux… chrétiens !

Pour le musulman moyen,

surtout dans des pays comme

l’Irak à la suite de l’invasion

américaine, toutes les aberra-

tions mentionnées ici, c’est…

chrétien! Déjà, depuis des siè-

cles les chrétiens étaient assi-

milés aux «mécréants» du Co-

ran et dans le meilleur des cas,

réduits en dhimitude, mais cet-

te haine des «idolâtres» se dou-

ble ici de la haine provoquée

par la dépravation des mœurs

attribués au… christianisme !

Donc, non seulement les chré-

tiens sont idolâtres, mais en

plus, ils sont corrompus, débauchés. Ils ont perdu le

simple bon sens humain. Ils sont la honte de l’humanité.

Pour casser cet amalgame, il faudrait que les chré-

tiens manifestent courageusement, qu’ils sont eux

aussi écœurés parce qu’on peut appeler la rébellion

contre le réel, la révolte contre la Création, en tant que

telle.

Mieux, dans nos encore trop timides défilés pour

la vie, il faudrait y inviter musulmans et juifs, et plus lar-

gement hommes et femmes au bon sens humain encore

intact, former ensemble des comités communs pour la

défense de la vie, la sauvegarde de l’amour, la protec-

tion de la sexualité. Car la vie n’est pas une question de

christianisme, judaïsme, islam, pas plus qu’elle n’est de

droite ou de gauche, amalgame qui, en France, paraly-

se encore tant de cathos piégés par les clivages politi-

ques. C’est avant tout une question d’humanité. Et ne

sommes-nous pas tous des êtres humains, avant d’être

chrétiens, juifs, musulmans, hindouistes ou taoistes, Et

encore moins de droite ou de gauche.

D’ailleurs souvent, ce sont des musulmans qui

réagissent davantage que des cathos contre ceux qui

détruisent la vie humaine (et en particulier les jeunes

musulmans qui, en classe, osent — parfois hélas avec

agressivité — s’opposer aux idées libérales de leurs pro-

fs — ce que des jeunes cathos osent à peine faire, peur

d’être remballés ou pénalisés).

Déjà, à la Conférence de l’ONU au Caire (septembre

1994), quand la délégation américaine (Administration

Clinton) avait hué l’intervention du Saint-Siège, ce sont

huit pays musulmans qui ont exigé une demande de

pardon, précisant que le Pape défendait la vie au nom

de l’humanité.

Austin Ruse — président aux États-Unis de l’insti-

tut Famille catholique et droits de l’homme — expert

à l’ONU parlant d’un ambassadeur de pays musulman:

«Cet homme fut un vrai lion cette nuit-là pour défendre

bec et ongles les enfants à naître. Les gouvernements

occidentaux et les bureaucrates onusiens s’étaient en-

tendus pour faire reconnaître un droit à l’avortement

sans aucune limite. Il prit la parole sans relâche. Il mar-

tela son pupitre. Il prit la défense des ONG chrétiennes

mises en cause par l’Union

européenne. Lorsque le soleil

se leva, nos efforts avaient

abouti. La reconnaissance du

“droit à l’avortement” était une

nouvelle fois bloquée.» Grâce

à ce musulman !

En Grande-Bretagne, le

Dr Majid Katme, président de

l’Islamic Medical Association

déclare: «Pour les 30 millions

de musulmans en Europe et le

milliard 600 millions à travers

le monde, le mariage est uni-

quement entre un homme et

une femme. Et c’est la même

foi dans tous les saints ensei-

gnements du judaïsme et du christianisme. L’heure est

venue d’établir une sainte alliance de toutes les reli-

gions avec les non-croyants, pour s’opposer à toute loi

sur le mariage gay.» Et d’encourager les deux millions

de musulmans en GrandeBretagne à signer la pétition

de Lord Carey, ayant déjà collecté 450 000 signatures

refusant le mariage homosexuel.

Mais bien plus que par des déclarations, aussi

courageuses soient-elles, c’est par l’exemple de leurs

familles nombreuses, leur joie de donner la vie (même

avec l’arrière-pensée de contribuer ainsi à l’invasion du

monde)… Nous dénonçons — à juste titre — les dictatu-

res des régimes islamiques (à un dictateur évincé peut

succéder un pire ! ) et leur intolérance par rapport à toute

présence chrétienne, pourtant précédant de plusieurs

siècles l’invasion islamique des VIIe-VIIIe siècles. Mais

ils peuvent constater l’intolérance grandissante des pays

de l’Ouest–Europe et du Nord-Amérique par rapport à

toute religion, et voir que les nouvelles idéologies virent

à la pensée unique, hors de laquelle on est marginalisé,

sinon éjecté de la société, bientôt emprisonné.

Que de médecins, infirmières, sages-femmes mis

au chômage simplement pour avoir revendiqué leur

droit à l’objection de conscience (droit pourtant renfor-

cé l’an dernier par la CEDH mais sans y contraindre les

États) ! On reproche aux régimes musulmans d’empê-

cher la construction de toute église, mais ici… on pense

à les démolir, les désaffecter, les transformer en centre

commercial.

Un ennemi commun: le libéralisme immoral

Au sujet de l’auteur

Après trente ans de

vie monastique dont

douze au Rwanda et bou-

leversé par la détresse

des jeunes, Daniel-Ange

ressent un appel: leur

transmettre l’amour de

Dieu et le don de la Vie.

Ordonné prêtre en 1981, il fonde en 1984 jeunes-

se-lumière, une des premières écoles catholiques

d’évangélisation en Europe. Engagé également

dans la communion entre les églises catholiques

et orthodoxes, il réalise des tournées d’évangéli-

sation dans une quarantaine de pays.

u

24

VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2012

VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2012

www.versdemain.org www.versdemain.org

25