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A l’époque du plan Marshall, le secrétaire d’État

des États-Unis, M. Atcheson, le déclarait carrément à

Washington: Si l’on n’avait pas le plan Marshall pour aider

l’Europe, disait-il, la production s’accumulerait en Amé-

rique, et les Américains chômeraient par millions. Et le

président Truman chargeait M. Gray, ancien secrétaire de

l’Armée, de chercher les moyens à prendre pour que, à

l’expiration du Plan Marshall, l’Europe obtienne encore

les moyens d’acheter les produits des États-Unis. Autre-

ment, disait le président, les États-Unis souffriront de l’ac-

cumulation de leurs propres produits.

Le progrès, qui met la force motrice et la machine au

service de l’homme, devrait donner à l’homme un meilleur

niveau de vie, tout en le

soulageant de son labeur.

Le progrès, la production

abondante, assurée par la

machine et par les procé-

dés perfectionnés, devrait

enlever à l’homme le souci

du lendemain: puisque les

produits abondent et abon-

deront encore plus demain,

pourquoi être inquiet du

lendemain?

L’insécurité

Pourtant, malgré cette

prod

uction

abondante

d’aujourd’hui, malgré la

production encore plus

abondante que le progrès

nous vaudra demain, on n’a

jamais été aussi inquiet du

lendemain. La masse des

hommes ne possède plus

rien en propre. La famille

qui, il y a cent ans, possé-

dait un lopin de terre, pou-

vait compter sur le sol pour

lui fournir au moins de quoi

manger. Où est le lopin de

terre des trois quarts de la

population que le progrès a chassés de la campagne et

entassés dans les centres industriels?

La propriété n’est plus le lot que d’une minorité. Et

combien, parmi cette minorité, ne possèdent qu’un bien

hypothéqué, dont ils paient encore les taxes, mais dont ils

n’ont plus les titres chez eux?

Et l’emploi ? L’emploi seule source de revenu pour la

majorité des familles d’aujourd’hui, est plus précaire que

jamais. L’emploi n’est bien solide que pendant la guerre,

lorsqu’on détruit massivement et scientifiquement. Dès

que c’est la production qui devient massive et scientifique,

l’employé se sent sur la branche.

Est-ce que le gouvernement n’a pas été obligé

d’instituer l’assurance-chômage? Parlait-on d’assurance-

chômage autrefois, au temps des bras, du pic et de la

pelle?

D’ailleurs l’assurance-chômage est loin d’être une sé-

curité. Elle est loin d’être une distribution de l’abondance

produite par les machines. Elle commence d’ailleurs par

diminuer l’enveloppe de paie du travailleur, ce qui est une

drôle de manière de lui faire savoir que le progrès travaille

pour lui. L’assurance-chômage est un remède de blague

à une maladie qui ne devrait pas exister. Il est inouï que la

venue de l’abondance dans le monde doive créer des cas

de misère qu’il faut traiter.

Le progrès serait-il donc un adversaire de l’humanité?

Faudrait-il donc renoncer à l’instruction, aux découvertes,

fermer les universités et les laboratoires?

Changeons de règlement

Non, il ne faut pas sup-

primer le progrès, mais il

faut le rendre libérateur de

l’humanité. Pour cela, il faut

simplement introduire des

règlements de répartition et

de distribution qui s’accor-

dent avec le progrès.

On a encore aujourd’hui

le même règlement de dis-

tribution qu’au temps du tra-

vail à la main. La distribution

des produits se fait grâce à

l’argent que présentent ceux

qui en ont besoin. Or, on

veut encore que seuls reçoi-

vent de l’argent ceux qui ont

un emploi. Le progrès tend à

diminuer l’emploi: si l’on fait

de l’emploi la condition du

droit aux produits, cela veut

dire que le progrès enlève

de plus en plus les droits aux

produits.

Si seuls les salaires

apportent de l’argent aux

individus et aux familles,

plus il y aura de machines

pour travailler à la place des hommes, moins l’argent

atteindra d’individus et de familles. Même si l’on aug-

mente les salaires, cela ne donnera rien à ceux qui

n’ont pas d’emploi. De plus les salaires augmentés

font hausser les prix, ce qui rend la situation encore

pire pour ceux qui ne touchent pas ces salaires aug-

mentés.

On dira que les hommes déplacés par la machine

dans un atelier trouvent à se replacer ailleurs, parce que

de nouveaux besoins réclament de nouveaux services.

C’est plus ou moins vrai. Les uns peuvent, en effet, trou-

ver d’autre emploi satisfaisant; mais combien doivent se

contenter de besognes qui ne leur conviennent pas du

tout et de conditions qu’on leur impose? D’autres ne trou-

vent que des emplois passagers; d’autres n’en trouvent

pas du tout. Tous passent par l’inquiétude, subissent des

pertes plus ou moins grosses; et nul d’entre eux ne trouve

Si l’argent n’est pas distribué dans l’éco-

nomie, qui achètera la production faite par

les machines? Si les machines remplacent

les ouvriers salariés, les gens ont besoin d’un

dividende pour remplacer le revenu qu’ils ont

perdu. Un jour, Henry Ford II invita Walter

Reuther, président du syndicat des travailleurs

unis de l’automobile, à venir voir un des pre-

miers robots automatisés de ses usines. Après

que Ford en eût vanté l’efficacité et comment il

serait ainsi facile de remplacer des travailleurs,

Reuther lui demanda: «Combien de ces robots

achèteront des voitures?»

dans le progrès qui les a culbutés le degré de sécurité

auquel l’abondance moderne devrait logiquement donner

droit.

Revenu additionel

Pour que la machine, la science et le progrès soient

une bénédiction au lieu d’une punition, il faudrait:

Premièrement, reconnaître que le progrès est un

héritage commun, résultant d’acquisitions scientifi-

ques et culturelles, transmises et grossies d’une gé-

nération à l’autre; donc tous doivent en profiter, qu’ils

soient employés ou non.

Deuxièmement, sans supprimer le salaire qui ré-

compense le travail, introduire une source addition-

nelle de revenu; une autre manière d’obtenir de l’ar-

gent, non pas liée à l’emploi comme le salaire, mais

en rapport à la somme totale de produits sortant de la

nature et de l’industrie. Plus la machine remplace le

travail de l’homme, plus cette deuxième source d’ar-

gent doit être importante, puisqu’elle est faite pour

acheter les fruits du progrès, et non plus pour récom-

penser le travail individuel.

C’est cette deuxième source de revenu que les crédi-

tistes appellent le dividende national. Le dividende à tous,

pour acheter la production de la machine. Le dividende,

pour payer les produits que les salaires sont de moins

en moins capables de payer, les produits qui viennent de

plus en plus de la machine, et de moins en moins du tra-

vail de salariés.

Parler du Crédit Social, ce n’est donc point du tout

parler d’un nouveau parti pour prendre le pouvoir; mais

c’est parler d’un nouveau moyen pour distribuer les biens

abondants de la production moderne. Un nouveau moyen

qui ne supprime pas l’ancien, mais qui le complète. L’an-

cien moyen, celui qui devient de moins en moins suffi-

sant, c’est: le salaire à l’emploi. Le nouveau moyen, c’est:

encore le salaire à l’emploi, mais, en plus, le dividende à

tout le monde.

Le salaire ne doit aller qu’au travailleur, parce que

c’est toujours la récompense de l’effort individuel.

Mais le dividende irait à tout le monde, parce que ce

serait le fruit du progrès, qui est un bien commun.

On aura beau ergoter tant qu’on voudra contre le divi-

dende, c’est la seule formule capable de régler la situation

économique due au progrès. C’est d’ailleurs le seul moyen

d’empêcher un chômage qui n’a pas sa raison d’être tant

qu’il y a des besoins non satisfaits. En achetant les pro-

duits qui ne se vendent pas sans lui, le dividende active-

rait la production de remplacement, qui chôme aujourd’hui

à cause de. l’accumulation des produits.

Le dividende augmenterait donc le pouvoir d’achat

total du pays; et il démocratiserait ce pouvoir d’achat en

le répandant partout, même chez les individus qui n’ont

pas d’emploi.

Que d’avantages en découleraient ! En assurant à

tous et à chacun au moins un modeste revenu périodique,

le dividende chasserait de l’esprit l’inquiétude, l’incertitu-

de angoissante du lendemain. En arrondissant le revenu

de la famille, le dividende permettrait de tourner le dos à

une foule de projets bureaucratiques, comme la méde-

cine d’État, qui mettent les individus dans le carcan des

filières, des inspections, des lenteurs et des chaînes poli-

tiques. Celui qui a suffisamment d’argent dans sa poche

n’a pas besoin de tous ces plans; il voit lui-même à son

affaire.

Louis Even

u

Une grande apôtre nous a quittés

Avec Gérard Mercier au congrès de 1976

Mme Isabelle Chartré-Mikolainis, de To-

ronto,

est décédée à l’âge de 98 ans, le 5 mars

.

Vous la voyez sur la photo avec Gérard Mercier

qui lui décernait une médaille d’honneur pour

son grand apostolat, lors d’un congrès. Elle

a

été frappée par la lumière du Crédit Social, alors

qu’elle était encore jeune fille et vivait en Abi-

tibi, Québec, avec ses parents. Au tout début

de l’Oeuvre, en 1938, la crise économique mul-

tipliait les pauvres, nos fondateurs Louis Even,

Gilberte Côté-Mercier et Gérard Mercier organi-

saient des tournées d’assemblées en Abitibi. Ils

étaient hébergés par la famille Chartré qui assis-

tait aussi aux assemblées.

Éprise du feu sacré, Mme Mikolainis est

restée fidèle à cette mission jusqu’à son der-

nier soupir. Elle s’est mariée à Walter Mikolainis,

Lithuanien de Toronto. Dans cette grande ville,

elle a continué son apostolat.

A chaque édition de circulaires du journal

Michael, même âgée, Mme Mikolainis distri-

buait des circulaires dans tous les apparte-

ments de son gros «building». Elle prenait de

l’abonnement au journal Michael. Elle aidait

aussi à organiser l’assemblée mensuelle des

Pèlerins de saint Michel de Toronto, elle invitait

les gens par téléphone.

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VERS DEMAIN mars-avril 2012

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