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mulguées des lois – portant le plus souvent sur des ques-

tions reliées à la dignité de la vie humaine ou à la famille

– qui limitent le droit à l’objection de conscience chez les

professionnels de la santé et du droit, les enseignants et

les politiciens.

Par exemple, des collèges de médecins exigent de

leurs membres qui refusent de pratiquer l’avortement

qu’ils redirigent leurs patients vers un collègue disposé

à le faire; ailleurs, des pharmaciens sont menacés d’être

forcés de remplir des ordonnances de contraceptifs ou

de «pilules du lendemain»; en Colombie-Britannique, au

Manitoba, à Terre-Neuve et en Saskatchewan, les com-

missaires de mariage doivent désormais célébrer les

mariages homosexuels ou présenter leur démission. (...)

Un appel à engager notre liberté

Nous appelons toutes les Canadiennes et les Cana-

diens, et notamment les fidèles catholiques, à réagir avec

courage aux entraves à la liberté de conscience et de

religion en renouvelant leur détermination à participer ac-

tivement à tous les secteurs de la vie publique et à faire

connaître leur point de vue là où se forment les politiques

et l’opinion publiques. Ainsi pourront-ils témoigner de la

vérité et promouvoir le bien commun en exposant une

perspective religieuse au sein de nos institutions culturel-

les, sociales, politiques et économiques. Le Canada «a

besoin de laïcs chrétiens qui soient en mesure d’assumer

des rôles de direction dans la société. Il est urgent de

progresser dans la formation d’hommes et de femmes

capables d’agir, selon leur vocation propre, sur la vie pu-

blique et de l’orienter vers le bien commun

12

Le droit de pleine participation des citoyens en

tant que croyants doit être constamment réaffirmé.

Nous recommandons quatre objectifs à nos conci-

toyens: affirmer la place qui revient à la religion dans

l’espace public; préserver de saines relations entre

l’Église et l’État; former la conscience selon la vérité;

et protéger le droit à l’objection de conscience.

Affirmer le rôle qui revient

à la religion dans l’arène publique

Moins flagrante que la persécution violente des

croyants, la «dérision culturelle systématique des

croyances religieuses», pour reprendre l’expression

du pape Benoît XVI

13

, sévit dans plusieurs régions

du monde. Pour les laïcistes radicaux, toute expres-

sion de croyance religieuse doit être reléguée dans la

sphère privée: ils cherchent donc à priver la religion

de la moindre influence sur la société. Même dans les

pays qui reconnaissent la valeur du pluralisme et de la

tolérance, la religion est de plus en plus marginalisée,

confinée au foyer et à l’église, et tenue pour insigni-

fiante, étrangère, voire déstabilisante pour la société.

On trouve un signe de cette marginalisation de la

religion, et du christianisme en particulier, dans le «ban-

12 ��������������������������

Bienheureux Jean-Paul II,

Ecclesia in America

, n° 44.

13 ���������������������������������������������������

Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de la

Paix 2007, n° 5.

nissement de la vie publique des fêtes et des symboles

religieux, au nom du respect à l’égard de ceux qui appar-

tiennent à d’autres religions ou de ceux qui ne croient

pas. En agissant ainsi, non seulement on limite le droit

des croyants à l’expression publique de leur foi, mais

on se coupe aussi des racines culturelles qui alimentent

l’identité profonde et la cohésion sociale de nombreuses

nations

14

.» Nous devons tous faire preuve de vigilance

pour préserver, de manière respectueuse, les symboles

et les célébrations religieuses qui expriment l’héritage

spirituel particulier des nations façonnées au creuset du

christianisme.

Contraindre les croyants à garder pour eux leurs

convictions tandis que les athées et les agnostiques

ne sont soumis à aucune restriction de cette nature,

c’est en fait une forme d’intolérance religieuse. Ce

n’est pas la façon de favoriser l’harmonie entre les

citoyens d’une société pluraliste libre et démocra-

tique. Une approche qui cherche ainsi à imposer le

«caractère privé de la religion» est une manière à pei-

ne voilée de restreindre ou de contrôler la liberté des

croyants d’exprimer publiquement leurs convictions.

Les tentatives pour restreindre à la «sacristie» l’ex-

pression de la foi religieuse et la limiter à certaines ini-

tiatives de justice sociale doivent être regardées comme

une grave restriction d’un droit garanti. Jamais il n’aura

été plus nécessaire pour les chrétiens engagés d’agir

et d’intervenir publiquement dans la sphère de leur vie

professionnelle. À l’heure précisément où plusieurs vou-

draient exclure les croyants d’une pleine participation aux

institutions fondamentales de la société, il faut réclamer

le droit de participer. (...)

Former la conscience selon la vérité

Le droit d’agir selon sa conscience doit donc s’ac-

compagner de l’acceptation du devoir de la conformer à

la vérité et à la loi que Dieu a inscrite dans nos coeurs

(cf. Rom 2,15). Les mots du cardinal Newman n’ont rien

perdu de leur pertinence: «La conscience a des droits

parce qu’elle a des devoirs

15

», dont le premier est d’obéir

à la vérité. Chacun a la grave responsabilité de former sa

conscience à la lumière de la vérité objective qu’il peut

arriver à connaître.

15. L’éducation joue un rôle décisif dans la formation

adéquate de la conscience. C’est pourquoi «les parents

doivent être toujours libres de transmettre, sans entra-

ves et de manière responsable, leur patrimoine de foi

16

Comme société libre, le Canada doit toujours garantir

aux parents le droit d’éduquer leurs enfants en matière

de foi et de morale et d’assurer ainsi la formation de leur

conscience: pareille formation n’est jamais indifférente

sur le plan moral, même si elle se prétend neutre en ma-

tière de principes moraux et religieux. (...)

14 ������������������������������������������������������

Benoît XVI, Discours au corps diplomatique (10 janvier

2011).

������������������������������������

Bienheureux John Henry Newman,

Difficulties Felt by

Anglicans

, vol. 2 (à Londres, 1910), p. 250.

16 ��������������������������������������������������

Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de la

Paix 2011, n° 4.

Protéger le droit à l’objection de conscience

Les personnes qui entendent suivre leur conscience et

agir en conséquence doivent parfois résister, jusqu’à l’hé-

roïsme même, aux directives de l’État, d’un tribunal ou d’un

employeur qui tente de se substituer à leur conscience en

les contraignant à agir contre leurs convictions en matière

de foi et de moeurs. En l’occurrence, la liberté de conscien-

ce signifie que la personne a le droit de suivre, selon ce

qu’elle comprend de son devoir, la volonté de Dieu et sa loi.

Le Catéchisme de l’Église catholique formule clai-

rement ce principe. «Le citoyen est obligé en conscien-

ce de ne pas suivre les prescriptions des autorités

civiles quand ces préceptes sont

contraires aux exigences de

l’ordre moral, aux droits fonda-

mentaux des personnes ou aux

enseignements de l’Évangile. Le

refus d’obéissance aux autori-

tés civiles, lorsque leurs exigen-

ces sont contraires à celles de la

conscience droite, trouve sa jus-

tification dans la distinction entre

le service de Dieu et le service de

la communauté politique. “Ren-

dez à César ce qui appartient à

César, et à Dieu ce qui appartient

à Dieu” (Mt 22, 21). “Il faut obéir à

Dieu plutôt qu’aux hommes” (Ac

5, 29)

17

Par exemple, il n’est jamais

permis à un catholique d’appuyer le

droit à l’avortement ou à l’euthana-

sie. En fait, l’avortement et l’eutha-

nasie sont «des crimes qu’aucune

loi humaine ne peut prétendre légi-

timer. Des lois de cette nature, non

seulement ne créent aucune obligation pour la conscien-

ce, mais elles entraînent une obligation grave et précise

de s’y opposer par l’objection de conscience

18

.» Comme

il s’agit ici de liberté de conscience, le droit à l’objection

de conscience doit être protégé par la loi pour toute pro-

fession où les principes essentiels du droit naturel sont

violés «gravement et de façon répétée

19

Il est souvent difficile de faire valoir son droit à l’objec-

tion de conscience. Il s’agit de résister avec courage à

ceux et celles qui prônent ou exigent des actes contraires

à la voix de sa conscience. Ceux qui ne veulent pas se

faire complices des exigences d’une loi immorale doivent

être prêts à faire les sacrifices nécessaires pour défen-

dre la vérité et à vivre avec la souffrance qui s’ensuivra.

«En effet, face aux nombreuses difficultés que la fidélité à

l’ordre moral peut faire affronter même dans les circons-

tances les plus ordinaires, le chrétien est appelé, avec

17 ���������������������������������������������������������

Catéchisme de l’Église catholique, n° 2242; voir n° 2256.

18 �������������������������

Bienheureux Jean-Paul II,

Evangelium Vitae

, n° 73.

19 �����������������������������������������������������

Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la

doctrine sociale de l’Église, n° 400.

la grâce de Dieu implorée dans la prière, à un engage-

ment parfois héroïque

20

On trouve un modèle particulièrement inspirant

de constance et de fidélité chez saint Thomas More,

patron des hommes d’État et des politiciens, dont le

martyre courageux et volontaire a témoigné du fait que

«la conscience n’est pas identique aux désirs et goûts

personnels; [elle] ne peut pas être réduite à l’avantage

social, au consensus du groupe, ni aux exigences du

pouvoir politique et social

21

.» Bien que soumis à diver-

ses formes de pression psychologique, il a refusé de

trahir ses convictions. Sa vie et sa mort nous enseignent

qu’«on ne peut séparer l’homme de

Dieu, ni la politique de la morale

22

La vitalité de l’Église a souvent

été alimentée par la persécution.

Notre époque ne fait pas exception.

Ceux et celles qui refusent de se fai-

re complices d’une loi ou d’une pra-

tique injuste qui les obligerait à agir

contre leur conscience – et qui se

voient refuser le droit à l’objection de

conscience ou à un accommodement

respectueux – doivent être prêts à

subir les conséquences qu’entraîne

la fidélité au Christ. Ils méritent la

solidarité efficace et le soutien de la

prière de leur communauté de foi.

L’audacieux «N’ayez pas peur ! »

du bienheureux Jean-Paul II conti-

nue de retentir et de nous donner le

courage de suivre notre conscien-

ce en toutes circonstances et à

tout prix. «N’ayez pas peur du

Christ ! Il n’enlève rien et il donne

tout. Celui qui se donne à lui reçoit

le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez

toutes grandes les portes au Christ – et vous trou-

verez la vraie vie

23

.» N’ayons pas peur, car la crainte

nous empêcherait de répondre à l’appel pressant de

l’Esprit Saint à agir sans relâche conformément aux

préceptes d’une conscience éclairée.

Le texte complet des évêques canadiens peut être

téléchargé en accédant au lien suivant sur l’internet:

http://www.cccb.ca/site/images/stories/pdf/Liberte_de_

conscience_et_de_religion.pdf

20 ��������������������������

Bienheureux Jean-Paul II,

Veritatis Splendor

, n° 93.

21 ���������������������������

Cardinal Joseph Ratzinger,

Conscience and Truth

,

Discours au 10e Atelier des évêques, à Dallas, au

Texas, en 1991.

22 ���������������������������������������������������

Cf. Bienheureux Jean-Paul II, Lettre apostolique en

forme de Motu proprio pour la proclamation de saint

Thomas More comme patron des responsables de

gouvernement et des hommes politiques (31 octobre

2000), n° 4.

�������������������������������������������������������

Benoît XVI, Homélie lors de la messe inaugurale de

son pontificat (24 avril 2005).

Saint Thomas More, patron des

responsables de gouvernement

u

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2012

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2012

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