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Le 14 mai 2012, la Conférence des évêques catho-

liques du Canada (CECC) publiait une lettre pastorale

sur la liberté de conscience et de religion. Émise par le

Conseil permanent de la CECC, la lettre manifeste de l’in-

quiétude à propos du «relativisme agressif» au Canada

qui cherche à reléguer la religion dans la sphère privée.

Voici de larges extraits de cette lettre:

Un appel pressant

Nous écrivons cette lettre pastorale aux personnes

de bonne volonté parce que nous avons la conviction que

les croyantes et les croyants peuvent enrichir la société

de leurs innombrables contributions à la culture, à la vie

politique et économique, à l’éducation et au domaine de

la santé. En solidarité avec nos frères et soeurs, nous

sommes tous appelés à poursuivre l’édification d’un

monde où chaque individu, chaque communauté de foi et

chaque société puissent jouir en droit et en pratique d’une

authentique liberté de conscience et de religion. (...)

Nous rappelons ici ce que déclarait le pape Benoît

XVI dans son message à l’occasion de la Journée mon-

diale de la Paix 2011: «Il est douloureux de constater que,

dans certaines régions du monde, il n’est pas possible

de professer et de manifester librement sa religion, sans

mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. En

d’autres points du monde, il existe des formes plus silen-

cieuses et plus sophistiquées de préjugés et d’opposition

à l’encontre des croyants et des symboles religieux

1

. »

Notre liberté de conscience et de religion

Si la liberté de conscience est essentiellement le fait

de la personne individuelle, la liberté de religion est plus

large: elle comprend la capacité de choisir sa foi et de la

pratiquer ouvertement, personnellement et communau-

tairement, au sein de la société. La liberté religieuse se

rattache directement à la liberté de conscience dans la

mesure où la conscience, orientée vers la vérité, est for-

mée par la foi religieuse. La liberté religieuse est la liberté

la plus significative «puisque dans la foi l’être humain

exprime son intime décision quant au sens ultime de son

existence

2

.» En fait, la défense du droit à la liberté reli-

1 Benoît XVI, Message pour la 44e Journée mondiale de la

paix (2011), n° 1.

2 Benoît XVI,

Sacramentum Caritatis

, n° 87.,

gieuse «est le test décisif pour déterminer le respect de

tous les autres droits humains

3

.» Là où il est protégé fleu-

rissent la coexistence pacifique, la prospérité et la parti-

cipation à la vie culturelle, sociale et politique. Mais dès

qu’il est menacé, tous les autres droits sont compromis et

la société en souffre. (...)

Les libertés de conscience et de religion ne naissent

pas d’une concession de l’État ou de la société: elles sont

inaliénables et universelles. La liberté religieuse est «la

plus profonde expression de la liberté de conscience

4

D’ailleurs, le droit à la liberté religieuse «est le premier

des droits, parce que, historiquement, il a été affirmé en

premier, et que, d’autre part, il a comme objet la dimen-

sion constitutive de l’homme, c’est-à-dire sa relation avec

son Créateur.

5

» Le respect que nous avons pour la quête

personnelle de la vérité de chaque personne exige «de

préserver le droit fondamental à la liberté de religion et

à la liberté de conscience, colonnes essentielles sur les-

quelles repose la structure des droits humains et fonde-

ment de toute société réellement libre

6

Ce que comprend la liberté religieuse

Chacun «a le droit d’honorer Dieu selon la juste rè-

gle de sa conscience

7

.» Les autres, ainsi que la société

civile, ont le devoir correspondant de respecter le libre

épanouissement spirituel des personnes

8

.

En plus d’être libre de toute contrainte extérieu-

re, chacun doit pouvoir exercer librement le droit de

choisir, de professer, de diffuser et de pratiquer sa

3 Bienheureux Jean-Paul II, Discours aux participants à

l’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécu-

rité et la coopération en Europe (10 octobre 2003); n° 1.

4 Bienheureux Jean-Paul II, Message pour la Journée

mondiale de la Paix 1991, n° 5.

5 Benoît XVI, Discours aux membres du corps diplomatique

(10 janvier 2011).

6 Bienheureux Jean-Paul II, Discours devant l’Assemblée

générale de l’Organisation des Nations Unies (5 octobre

1995), n° 10.

7 Bienheureux Jean XXIII,

Pacem in Terris

, n° 14.

8 Cf. Bienheureux Jean-Paul II, Message aux pays signatai-

res de l’Acte final d’Helsinki sur la valeur et l’objet de la

liberté de conscience et de religion (le 1er septembre

1980), n° 2. 

propre religion en privé et en public. Ce qui com-

prend la liberté pour les parents d’éduquer leurs en-

fants selon leurs convictions religieuses et de choi-

sir des écoles qui offrent cette formation. En outre,

l’État est tenu de protéger ce droit en l’encadrant sur

le plan juridique et administratif, mais aussi de créer

un environnement où il puisse s’exercer.

Comme la religion elle-même, la liberté religieuse a

une dimension personnelle, individuelle, mais elle a aussi

une dimension communautaire, publique. Puisque les

êtres humains pensent, agissent et communiquent en

lien les uns avec les autres, leur liberté s’exprime dans

des gestes concrets, qu’ils soient individuels ou collectifs,

à la fois dans leur communauté de foi et dans la société

en général. Les croyantes et les croyants doivent donc

pouvoir jouer leur rôle dans la formulation des politiques

publiques et apporter leur contribution à la société en

mettant leur foi en pratique au quotidien. Quand ce droit

est vraiment reconnu, les collectivités et les institutions

religieuses peuvent fonctionner librement pour le bien

de la société en intervenant dans les services sociaux et

caritatifs, les soins de santé et l’éducation, au service de

tous les citoyens, et notamment des plus pauvres et des

plus marginalisés. Par ailleurs, la liberté religieuse com-

prend le droit pour les collectivités religieuses d’établir les

critères qu’elles jugent nécessaires pour ceux qui dirigent

leurs propres institutions.

Garanties par la loi

Le préambule de la Charte canadienne des droits et

libertés (1982) déclare que «le Canada est fondé sur des

principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la

primauté du droit.» La Charte explique ensuite que cha-

que citoyen a des libertés fondamentales, en tête des-

quelles elle inscrit «la liberté de conscience et de religion»

(Article 2). L’État reconnaît et respecte – il n’accorde pas

– le libre exercice de la foi religieuse. Comme Canadien-

nes et Canadiens, nous possédons le droit à la liberté de

conscience et de religion, ce qui veut dire qu’en l’absence

de toute contrainte nous avons le droit d’exprimer publi-

quement et de diffuser librement nos convictions religieu-

ses conformément au bien commun. (...)

Inquiétudes contemporaines

Malheureusement, la liberté religieuse n’est pas tou-

jours garantie partout de manière efficace. Elle est parfois

niée pour des motifs religieux ou idéologiques. Parfois,

même si elle est reconnue en droit, elle est brimée en pra-

tique par un système juridique ou par un ordre social qui

impose à la société un contrôle strict, voire un monopole.

Selon une étude récente, plus de 70% des pays du

monde imposent des restrictions juridiques ou adminis-

tratives qui annulent en pratique les droits des croyants

individuels ou de certains groupes religieux. Parmi ces

contraintes, citons l’enregistrement obligatoire des grou-

pes religieux, l’interdiction des conversions, les restric-

tions imposées aux missionnaires étrangers, les avanta-

ges accordés à un groupe religieux plutôt qu’à un autre,

les amendes et le harcèlement.

Des menaces plus subtiles pèsent sur la liberté reli-

gieuse du fait de la prédominance culturelle du laïcisme

radical et d’un «relativisme subliminal qui pénètre tous

les domaines de la vie. Parfois, ce relativisme devient

batailleur, se dirigeant contre des personnes qui disent

savoir où se trouve la vérité ou le sens de la vie

9

.» Para-

doxalement, ce relativisme sous-entend souvent la rela-

tivité absolue de toute connaissance et de tout sens, et

ensuite il cherche à imposer cet absolu aux autres, sou-

vent contre leur conscience ou leur croyance religieuse.

Chaque fois que le droit à la liberté de conscience et de

religion est compromis, il faut nous objecter clairement et

courageusement, en particulier lorsque sont persécutées

des minorités religieuses.

Inquiétudes internationales

Dans un rapport de 2010 sur la liberté religieuse

dans le monde, l’organisme

Aide à l’Église en détres-

se

expose des faits troublants sur la situation actuelle:

aujourd’hui, 75% des persécutions religieuses dans le

monde visent les chrétiens. Le Saint-Père vient de le dire

sans ambages: «Les chrétiens sont à l’heure actuelle le

groupe religieux en butte au plus grand nombre de per-

sécutions à cause de leur foi.

10

» Outre les chrétiens, des

membres d’autres groupes religieux subissent souvent

de violentes attaques ou sont victimes de discrimination

dans plusieurs pays, en particulier là où ils constituent

des minorités.

Entre autres incidents et situations, nous avons ré-

cemment été témoins du massacre de chrétiens coptes

en Égypte, du bombardement d’églises au Nigeria, de

l’ingérence systématique dans les affaires ecclésias-

tiques par les autorités chinoises, de l’appel à l’exécu-

tion de convertis au christianisme en Afghanistan et en

Iran, des conséquences de la loi contre le blasphème au

Pakistan, des mesures prises dans certains pays euro-

péens contre des gynécologues et des obstétriciens pour

les obliger, à l’encontre de leur conscience, à dépister

les cas de trisomie 21 chez les enfants à naître afin d’en

provoquer ensuite l’avortement, et d’«une autre atteinte

à la liberté religieuse des familles dans certains pays

européens, là où est imposée la participation à des cours

d’éducation sexuelle ou civique véhiculant des concep-

tions de la personne et de la vie prétendument neutres,

mais qui en réalité reflètent une anthropologie contraire à

la foi et à la juste raison

11

Inquiétudes dans notre pays

Pendant la dernière décennie sont survenues au

Canada plusieurs situations qui amènent à se deman-

der si notre droit à la liberté de conscience et de religion

est toujours respecté. Il arrive en effet que des croyants

soient contraints par la loi d’exercer leur profession sans

égard à leurs convictions religieuses ou morales, voire à

leur encontre. Cela se produit chaque fois que sont pro-

9  Benoît XVI, Discours au Comité central des catholiques

allemands, à Fribourg-en-Brisgau (24 septembre 2011).

10 ��������������������������������������������������

Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de la

Paix 2011, n° 1.

11 ������������������������������������������������������

Benoît XVI, Discours au corps diplomatique (10 janvier

2011).

n

Un appel pressant

1. Nous écrivons cette lettre pastorale aux personnes de bonne volonté parce que nous

avons la conviction que les croyantes et les croyants peuvent enrichir la société de leurs

innombrables contributions à la culture, à la vie politique et économique, à l’éducati n

et au domaine de la santé. En solidarité avec nos frères et sœurs, nous sommes tous appe-

lés à poursuivre l’édification d’un monde où chaque individu, chaque communauté de

foi et chaque société puissent jouir en droit et en pratiqu d’une authentiqu liberté de

conscience et de religion.

Nous espérons sensibiliser toutes les Canadiennes et tous les Canadiens à l’importance

de ces droits qui sont essentiels au bien commun, et encourag r notamment ceux qui

exercent des professions où ces droits pourraient être menacés, à les défendre avec courage.

En tant qu’évêques catholiqu s, nous voulons nous adresser particulièrement aux fidèles

qui se trouvent dans des situations difficiles où ils se voient forcés à agir contre leur foi reli-

gieuse ou contre leur conscience.

2. De récents événements internationaux et nationaux

orte t un ens mble inquiétant

de menaces à la liberté de conscience et à la liberté religieuse : à cause de leurs convictions

religieuses, nombre de personnes sont victimes de parti pris, de préjugés, de propagande hai-

neus de d crimination et de persécution. L’Égli e catholique prom ut t défend ces libertés

qui trouvent leur fondement dans l’Écriture sainte et leur confirma ion dans l réflexion

rationnelle. En les défendant, elle fait cause commune avec tous les membres de la société,

quelle que soit leur affiliation religieuse.

Nous rappelons ici ce que déclarait le pape B noît XVI dans son messa e à l’occasion de

la Journée mondiale de la Paix 2011 : « Il est douloureux de constater que, dans certaines

régions du monde, il n’est pas possible de pr fesser et de manifester librement sa religion,

sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. En d’autres points du monde, il existe

des formes plus silenci uses et plus sophistiquées de préjugés et d’opposition à l’encontre

des croyants et des symboles religieux

1

. »

Lettre pastorale sur

la liberté de conscience

et de religion

1 Benoît XVI, Message pour la 44

e

Journée mondiale de la Paix (2011), n° 1.

Conseil permanent de la Conférence des

évêques catholiques du Canada

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2012

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