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Gloria.» Je l’ai donc regardé et non seulement je l’ai vu

mais j’ai ressenti son profond chagrin.

Et le Seigneur

m’a permis de revenir

bien que ce n’était pas mon sou-

hait. J’éprouvais une si grande joie, tant de paix et de

bonheur! Et voilà que je descends désormais lentement

vers mon corps où je gisais sans vie. Il reposait sur une

civière, au centre médical du Campus. Je pouvais voir

les médecins qui me faisaient des électrochocs et ten-

taient de me ranimer suite à l’arrêt cardiaque que j’avais

fait.

Nous sommes restés là pendant deux heures et de-

mie. D’abord, ces docteurs ne

pouvaient pas nous manipuler

car nos corps étaient encore

trop conducteurs d’électricité ;

ensuite, lorsqu’ils le purent, ils

s’efforcèrent de nous ramener

à la vie.

Mes chairs meurtries et

brûlées me faisaient mal. Elles

dégageaient de la fumée et de

la vapeur.

Mais la blessure la

plus horrible venait de ma

vanité.

J’étais une femme du

monde, un cadre, une intellec-

tuelle, une étudiante esclave

de son corps, de la beauté et

de la mode.

En un instant, j’avais vu

avec horreur que j’avais passé

ma vie à prendre soin de mon

corps. L’amour de mon corps

avait été le centre de mon

existence. Or, maintenant, je

n’avais plus de corps, plus de

poitrine, rien que d’horribles trous. Mon sein gauche en

particulier avait disparu. Mais le pire, c’était mes jambes

qui n’étaient que plaies béantes sans chair, complète-

ment brûlées et calcinées. De là, on me transporta à

l’hôpital où l’on me dirigea d’urgence au bloc opératoire

et l’on commença à racler et nettoyer les brûlures. Alors

que j’étais sous anesthésie, voilà que je sors à nouveau

de mon corps...

Tout à coup je passai par un moment horrible: toute

ma vie, je n’avais été qu’une catholique «au régime».

Ma relation avec le Seigneur ne tenait qu’à l’Eucharistie

du dimanche, pas plus de 25 minutes, là où l’homélie

du prêtre était la plus brève, car je ne pouvais supporter

davantage. Telle était ma relation avec le Seigneur.

Un jour, j’avais entendu un prêtre affirmer que l’enfer

comme les démons, n’existait pas. Or c’était la seule

chose qui me retenait encore dans la fréquentation de

l’Eglise. En entendant une telle affirmation, je me suis

dit que nous irions tous au Paradis, indépendamment de

ce que nous sommes et je m’éloignais complètement du

Seigneur.

Mes conversations devinrent malsaines car je ne

pouvais plus endiguer le péché. Je commençais à dire

à tout le monde que le diable n’existait pas et que cela

avait été une invention des prêtres, que c’était de la ma-

nipulation... Lorsque je sortais avec mes camarades de

l’université, je leur disais que Dieu n’existait pas et que

nous étions le produit de l’évolution.

Mais à cet instant, là, dans la salle d’opération, j’étais

vraiment terrifiée !

Je voyais des démons venir vers

moi

car j’étais leur salaire. Des murs du bloc opératoire,

je vis surgir beaucoup de monde. Au premier abord, ils

semblaient normaux, mais en fait, ils avaient des visa-

ges haineux, affreux. A ce moment-là, par une certaine

perspicacité qui me fut donnée, je réalisais que je devais

quelque chose à chacun d’entre

eux. Je compris que le péché

n’était pas gratuit et que l

e men-

songe le plus infâme du dé-

mon, c’était de faire croire qu’il

n’existait pas.

Je voulus regagner l’intérieur

de mon corps, mais celui-ci ne

me laissait pas entrer. Je courus

alors vers l’extérieur de la pièce,

espérant me cacher quelque part

dans le couloir de l’hôpital mais

en fait je finis par sauter dans le

vide. J

e tombais dans un tun-

nel qui me tirait vers le bas.

Au début, il y avait de la lumière

et cela ressemblait à une ruche

d’abeilles. Il y avait beaucoup de

monde. Mais bientôt je commen-

çais à descendre en passant par

des tunnels complètement som-

bres. Il n’y a aucune commune

mesure entre l’obscurité de cet

endroit et l’obscurité la plus totale

de la terre...

Quand enfin j’eus fini de descendre le long de ces

tunnels, j’atterris lamentablement sur une plateforme.

Moi qui avais l’habitude de clamer que j’avais une volonté

d’acier et que rien ne me faisait peur... là, ma volonté ne

me servait à rien; je ne parvenais pas à remonter. A un

certain point, je vis au sol comme un gigantesque gouffre

s’ouvrir et je vis un vide immense, un abîme sans fond.

Le plus horrible concernant ce trou béant était que l’on

y ressentait l’absence absolue de l’amour de Dieu et ce,

sans le moindre espoir. Le trou m’aspira et j’étais terrifiée.

Aux portes de l’enfer

Je savais que si j’allais là-dedans, mon âme en mour-

rait. J’étais tirée vers cette horreur, on m’avait saisie par

les pieds. Mon corps entrait désormais dans ce trou et

ce fut un moment d’extrême souffrance et d’épouvante.

Mon athéisme me quitta et je commençais à crier vers

les âmes du Purgatoire pour avoir de l’aide. Tandis que

je hurlais, je ressentis une douleur très intense car il me

fut donné de comprendre que des milliers et des milliers

d’êtres humains se trouvaient-là, surtout des jeunes.

C’est avec terreur que j’entendais des grincements

de dents, d’horribles cris et des gémissements qui

m’ébranlèrent jusqu’au tréfonds de mon être. Il m’a fallu

des années avant de m’en remettre car chaque fois que

je me souvenais de ces instants, je pleurais en pensant

à leurs indicibles souffrances. Je compris que c’est là où

vont les âmes des suicidés qui, en un instant de déses-

poir, se retrouvent au milieu de ces horreurs. Mais le

tourment le plus terrible, c’était l’absence de Dieu. On ne

pouvait pas sentir Dieu.

Dans ces tourments-là, je me mis à crier: «Qui a

pu commettre une erreur pareille? Je suis presque une

sainte: je n’ai jamais volé, je n’ai jamais tué, j’ai donné

de la nourriture aux pauvres, j’ai pratiqué des soins den-

taires gratuits à des nécessiteux; qu’est-ce que je fais

ici ? J’allais à la messe le dimanche... je n’ai pas manqué

la messe du dimanche plus de cinq fois dans ma vie!

Alors pourquoi suis-je ici ? J

e suis catholique, je vous

en prie, je suis catholique, sortez-moi d’ici !

»

Tandis que je criais que j’étais catholique, j’aperçus

une faible lueur. Et je peux vous assurer qu’en cet en-

droit, la moindre lueur est le plus beau des cadeaux. Je

vis des marches au-dessus du trou et je reconnus mon

père, décédé cinq ans auparavant. Toute proche et qua-

tre marches plus haut, se tenait ma mère en prière, bai-

gnée par davantage de lumière.

Les apercevoir, me remplit de joie et je leur dis:

«Papa, Maman, sortez-moi de là ! Je vous en supplie,

sortez-moi de là ! » Quand ils se penchèrent vers ce trou,

vous auriez du voir leur immense chagrin. A cet endroit-

là, vous pouvez percevoir les sentiments des autres et

éprouver leur peine. Mon père se mit à pleurer en tenant

la tête dans ses mains: «Ma fille, ma fille ! » disait-il. Ma-

man priait et je compris qu’ils ne pouvaient me sortir de

là; ma peine s’accrut de la leur puisqu’ils partageaient la

mienne.

Dis-moi quels sont les Commandements

Aussi, je me mis à crier à nouveau: «Je vous en

supplie, sortez-moi d’ici ! Je suis catholique ! Qui a pu

commettre une telle erreur ? Je vous en supplie, sortez-

moi de là ! » Cette fois, une voix se fit entendre, une voix

douce qui fit trembler mon âme. Tout fut alors inondé

d’amour et de paix et toutes ces sombres créatures qui

m’entouraient, s’échappèrent car elles ne peuvent faire

face à l’Amour. Cette voix précieuse me dit:

«Très bien,

puisque tu es catholique, dis-moi quels sont les com-

mandements de Dieu».

En voilà un coup manqué de ma part ! Je savais qu’il

y avait dix commandements, un point c’est tout. Que

faire? Maman me parlait toujours du premier comman-

dement de l’amour. Je n’avais qu’à répéter ce qu’elle me

disait. Je pensais pouvoir improviser et masquer ainsi

mon ignorance des autres (commandements). Je croyais

pouvoir m’en tirer, comme sur terre où je trouvais tou-

jours une bonne excuse; et je me justifiais en me défen-

dant pour masquer mon ignorance.

Je dis: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu par-dessus

tout et ton prochain comme toi-même». J’entendis alors:

«Très bien, les as-tu aimés?»

Je répondis: «Oui, je les

ai aimés, je les ai aimés, je les ai aimés ! »

Et il me fut répondu:

«Non. Tu n’as pas aimé le Sei-

gneur ton Dieu par-dessus tout et encore moins ton

prochain comme toi-même. Tu t’es créée un dieu que

tu ajustais à ta vie et tu t’en servais seulement en

cas de besoin désespéré. Tu te prosternais devant lui

lorsque tu étais pauvre, quand ta famille était hum-

ble et que tu voulais aller à l’université... Chaque fois

que tu avais besoin d’argent, tu récitais le chapelet.

Voilà quelle était ta relation avec le Seigneur».

Il me fut donné de voir qu’aussitôt le diplôme (de

dentiste) en poche et la notoriété obtenue, je n’ai pas eu

le moindre sentiment d’amour envers le Seigneur. Etre

reconnaissante: non, jamais !

«En fait, tu plaçais le Seigneur si bas que tu avais

plus de confiance dans les augures de Mercure et

Vénus. Tu étais aveuglée par l’astrologie, clamant

que les étoiles dirigeaient ta vie ! Tu vagabondais

vers toutes les doctrines du monde. Tu croyais que

tu allais mourir pour renaître encore ! Et tu as oublié

la miséricorde. Tu as oublié que tu as été rachetée

par le Sang de Dieu ! »

On me mit à l’épreuve avec les dix commandements.

On me montra que je prétendais aimer Dieu avec mes

mots mais qu’en réalité, c’était Satan que j’aimais. Ainsi,

un jour, une femme était entrée dans mon cabinet den-

taire pour m’offrir ses services de magie et je lui avais dit:

«Je n’y crois pas, mais laissez ces porte-bonheur ici au

cas où çà marcherait». J’avais remisé dans un coin, un

fer à cheval et un cactus, censés éloigner les mauvaises

énergies.

Comme tout cela était honteux ! Ce fut un examen de

ma vie à partir des dix commandements. Il me fut mon-

tré quel avait été mon comportement vis-à-vis de mon

prochain. On me fit voir comment je prétendais aimer

Dieu alors même que j’avais l’habitude de critiquer tout

le monde, de pointer mon doigt sur chacun, moi la très

sainte Gloria ! On me montra aussi combien j’étais en-

vieuse et ingrate ! Je n’avais jamais éprouvé de recon-

naissance envers mes parents qui m’avaient donné leur

amour et avaient fait tant de sacrifices pour m’éduquer et

m’envoyer à l’université. Dès l’obtention de mon diplôme,

eux aussi devinrent inférieurs à moi; j’avais même honte

de ma mère en raison de sa pauvreté, de sa simplicité et

de son humilité.

Lorsqu’on en vint au

second commandement

, je vis

avec tristesse que dans mon enfance, j’avais vite com-

pris que le mensonge était un excellent moyen d’éviter

les sévères punitions de Maman. Je commençais main

dans la main avec le père du mensonge (Satan) et je

devins menteuse. Mes péchés augmentaient comme

mes mensonges. J’avais remarqué combien Maman res-

pectait le Seigneur et Son Nom Très Saint; je vis là une

arme pour moi et je me mis à blasphémer par Son Nom.

Je disais: «Maman, je jure sur Dieu que...» Et ainsi, j’évi-

tais les punitions. Imaginez mes mensonges, impliquant

le Nom Très Saint du Seigneur...

Et remarquez, frères et soeurs que les paroles ne

sont jamais vaines car lorsque ma mère ne me croyait

pas, j’avais pris l’habitude de lui dire: «Maman, si je

mens, que l’éclair me frappe ici et maintenant». Si les

mots se sont envolés avec le temps, il se trouve que

la foudre m’a bel et bien frappée; elle m’a carbonisée

Gloria devant l’image de Notre-Dame de Guadalupe

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2012

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2012

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