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bète de cet extraordinaire message. Comme il m’est

facile d’apprendre l’alphabet, il doit en être de même

pour moi d’apprendre à vivre l’Évangile.» Sa corres-

pondance régulière avec la fondatrice des Focolari est

vitale pour l’enfant. Entre elles se noue une profonde

amitié spirituelle. Elle dira qu’elle doit tout à Dieu et à

Chiara Lubich.

La jeune fille possède une très belle voix, aime la

musique et aussi la danse. De plus, elle a une passion

pour les promenades en montagne, pour le sport, le

tennis et la natation. Toujours entourée d’amis, garçons

et filles, elle sait se faire apprécier: tous sont frappés

par la profondeur de sa pensée, sa maturité et l’énergie

spirituelle qui émane d’elle. Très à l’aise autant avec les

jeunes qu’avec les adultes, Chiara est capable de s’en-

tretenir de sujets importants et profonds sans jamais

cacher ses convictions chrétiennes. Le secret d’une

telle maturité se trouve dans son union avec Dieu. Elle

entretient avec Lui un dialogue constant, naturel, sim-

ple, vraie relation filiale, alimentée par une confiance

extrême. En Jésus, elle voit l’Ami, le Frère et l’Époux.

Elle cherche son visage dans tous les événements de

sa vie: mais c’est surtout dans l’Eucharistie qu’elle sait

Le retrouver. Cette union à Dieu est la source où elle

puise la force de maîtriser son tempérament ardent.

Par exemple, entendant des propos qu’elle n’approuve

pas, elle apprend à se dominer pour ne pas bondir, et

suspend un moment son jugement personnel pour que

l’Esprit Saint lui suggère la bonne réponse.

«Belle au-dedans»

Chiara n’aime pas parler d’elle; elle cherche moins

encore à attirer les regards. Grande et élancée, elle ne

passe pourtant pas inaperçue. Son regard est pur et

limpide, son sourire ouvert et sincère, ses traits fins et

délicats. Mais elle ne tire aucun orgueil de sa beauté

physique. Elle éprouve plutôt de la gêne quand on la

flatte ou qu’on lui fait des compliments. Ce qui compte

pour elle, c’est d’être ordonnée et propre, «belle au-de-

dans». Dans ses manières et son habillement, elle suit

les orientations reçues de sa famille et du Mouvement.

Il lui arrive d’avoir des gestes décidés si on porte attein-

te à sa pureté. Le garçon qui un jour, dans un bus, ose

un geste déplacé, reçoit une gifle magistrale. Éduquée

en famille au respect de la pudeur et à la délicatesse de

conscience en matière de chasteté, elle s’aperçoit très

vite que pour rester fidèle à ces valeurs, «il faut aller à

contre-courant».

Cette disposition intérieure courageuse rappelle cel-

le de saint Antonio de Sant’Anna Galvao (1739-1822), qui

s’était consacré à Notre-Dame en ces termes: «Ôte-moi

plutôt la vie, avant que je n’offense ton Fils béni, mon Sei-

gneur ! » Lors de la canonisation de ce religieux brésilien,

le 11 mai 2007, Benoît XVI commentait ainsi ces paro-

les: «Elles retentissent de manière actuelle pour nous qui

vivons à une époque si chargée d’hédonisme. Ce sont

des paroles fortes, d’une âme passionnée, des paroles

qui devraient faire partie de la vie normale de chaque

chrétien, qu’il soit consacré ou non, et qui réveillent des

désirs de fidélité à Dieu, aussi bien à l’intérieur qu’à l’ex-

térieur du mariage. Le monde a besoin de vies transpa-

rentes, d’âmes claires, d’intelligences simples, qui refu-

sent d’être considérées comme des créatures de plaisir.

Il est nécessaire de dire non à ces moyens de communi-

cation sociale qui tournent en ridicule la sainteté du ma-

riage et la virginité avant le mariage. C’est précisément là

que nous est donnée dans la Vierge la meilleure défense

contre les maux qui affligent la vie moderne; la dévotion

mariale est la garantie certaine de protection maternelle

et de tutelle à l’heure de la tentation.»

Le courant ne passe pas

À l’automne de 1985, Chiara poursuit ses études au

lycée classique, afin de réaliser son rêve: faire des étu-

des de médecine et partir en Afrique soigner les enfants.

La famille déménage alors à Savone où elle possède un

appartement. En fin de semaine, à la plus grande joie de

tous, on revient au village. L’année scolaire est éprou-

vante pour la jeune fille, et malgré sa grande applica-

tion, les résultats sont décevants: le courant ne passe

pas avec l’une des enseignantes, qui la note de façon

imméritée et la fera redoubler. Dans cette situation par-

ticulièrement difficile, la charité de Chiara se manifeste.

L’incompréhension de ce professeur la fait beaucoup

souffrir, mais jamais aucun jugement ou propos désobli-

geant à son égard ne sort de ses lèvres. Un épisode, en

particulier, révèle sa charité. Un jour, des élèves obser-

vent que cette enseignante est sur le point d’emprunter

un escalier; en un clin d’œil, ils se précipitent derrière

elle dans le but de la faire tomber, car beaucoup ont des

griefs contre elle ! Chiara s’empresse de les arrêter et

les détourne de cet acte de vengeance. Réalisant ce qui

vient de se passer, l’enseignante tourne vers Chiara un

regard de reconnaissance.

À la même époque, quelques difficultés surgissent

dans le groupe de jeunes des Focolari, en raison d’une

nouvelle assistante, plus austère, avec laquelle Chiara

a bien du mal à s’accorder. Elle s’interroge même sur

l’opportunité de poursuivre son chemin dans le Mouve-

ment. Elle prie et offre à Jésus cette nouvelle souffrance,

sans rien laisser voir aux autres membres du groupe.

Seule une amie remarque à quel point Chiara prend sur

elle pour ne pas faire peser sur ses compagnes les diffi-

cultés qu’elle rencontre, y compris ses échecs scolaires.

«Elle est constamment occupée à vivre pour les autres,

pour la bonne marche du groupe. Elle se montre serei-

ne et souriante, malgré ce qu’elle est en train de vivre»,

témoigne-t-elle. À la fin de l’année scolaire, Chiara écrit

à une autre amie: «Tu as peut-être déjà appris que je

suis recalée. Pour moi, ce fut une douleur bien grande.

Je n’ai pas réussi tout de suite à donner cette douleur à

Jésus. Il m’a fallu beaucoup de temps pour me ressai-

sir, et aujourd’hui encore, quand j’y pense, j’ai envie de

pleurer un peu. Mais c’est Jésus abandonné ! »

Les deux années scolaires suivantes sont plus faci-

les, mais la croix, déjà présente dans la vie de Chiara,

se révèle bientôt avec tout son réalisme. Jésus aban-

donné, qu’elle choisit comme son Époux, la prend au

mot. Dès juin 1988, la pâleur gagne souvent son visage,

et son sourire s’estompe. Elle ressent parfois une dou-

leur à l’épaule gauche, mais ni elle ni sa famille n’en font

cas. Cependant, vers la fin de l’été, tandis qu’elle joue au

tennis, la douleur se manifeste avec violence au point

que la raquette lui échappe. Les médecins tentent des

traitements qui s’avèrent inutiles. Finalement, Ruggero

et Maria Teresa apprennent les premiers les résultats

des examens approfondis: leur fille est atteinte d’un

ostéosarcome, forme particulièrement douloureuse du

cancer des os. Commence alors l’interminable chemin

de croix des examens, hospitalisations, thérapies, inter-

ventions, Chiara espère guérir et garde son merveilleux

sourire; son attention aux autres ne faiblit pas, en par-

ticulier à cette jeune droguée qui occupe, à l’hôpital, la

chambre voisine. Elle l’accompagne pour de longues

promenades dans les couloirs. Ses parents l’invitent à

ménager ses forces, mais elle leur répond: «J’aurai bien

le temps de dormir plus tard.» Au mois de mars suivant,

lors de sa première séance de chimiothérapie, elle réa-

lise pleinement la gravité de sa maladie. Rentrant chez

elle, livide, elle s’isole, refusant de parler, et demeure

prostrée sur son lit. Vingt-cinq minutes plus tard, elle se

tourne vers sa mère, souriante: «Maintenant, tu peux

parler.» Chiara vient de participer à l’agonie de Jésus au

jardin des Oliviers; son “oui” sans réserve à la volonté

de Dieu est donné et elle ne regardera jamais plus en

arrière. Le sourire qui la caractérisait depuis toujours

revient sur ses lèvres.

Chiara reste heureuse même dans la maladie:

«Si tu le veux, Jésus, moi aussi je le veux !»

Blanche comme neige

Sachant désormais où elle va, Chiara commence

une ascension spirituelle, fruit de toute sa vie passée.

Malgré sa souffrance permanente, elle ne se plaint pas.

Au cours de ces dix-sept mois de calvaire, elle redit

constamment son “oui” à Jésus abandonné, dont elle

garde l’image près de son lit: «“Si tu le veux, Jésus, moi

aussi je le veux ! ”… Jésus me nettoie à l’eau de Javel

juqu’aux plus petits points noirs, et l’eau de Javel, elle

brûle. Ainsi, quand j’arriverai au paradis, je serai blan-

che comme neige.» Il lui arrive de reconnaître: «Il est

difficile de vivre le christianisme jusqu’au bout… mais

c’est la seule façon.» Cette sportive a beaucoup de mal

à accepter la paralysie progressive de ses jambes, mais

elle en viendra à dire: «Si on me demandait si je voulais

recommencer à marcher, je dirais non, parce que c’est

ainsi que je suis plus proche de Jésus.» Elle répète sou-

vent à ses parents: «Chaque instant est précieux, il ne

faut pas le gâcher; en vivant ainsi, tout acquiert un sens.

Chaque chose trouve ses justes dimensions, même aux

heures les plus terribles, si elle est offerte à Jésus. La

douleur, il ne faut pas la gaspiller, elle a un sens si on en

fait une offrande à Jésus.»

Le 25 septembre 2010, les parents de Chiara

Luce assistaient à la cérémonie de béatification de

leur fille, au sanctuaire du Divin Amour à Rome.

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2012

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2012

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