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par Louis Even

Service de la dette publique

Tous les ans, les corps publics établissent leur bud-

get. Le tableau des recettes et des dépenses prévues

pour les douze prochains mois.

Qu’il s’agisse du gouvernement fédéral, des gou-

vernements provinciaux, des conseils municipaux, des

commissions scolaires, et même d’un grand nombre

de fabriques paroissiales, il y a un item du budget qui

s’appelle «Service de la dette».

Il y a d’autres dépenses évidemment: dépenses

prévues pour divers services, pour l’administration;

pour l’entretien des ponts, des canaux,

des routes, des édifices publics; pour

la sécurité sociale, les pensions de

vieillesse, les allocations familiales, les

pensions aux infirmes, aux aveugles, les

allocations aux mères nécessiteuses;

pour l’assistance publique; dans les vil-

les, pour le service des vidanges, l’entre-

tien des rues, le service des incendies,

le service de police; en matière scolaire,

pour l’entretien des bâtiments et pour

les honoraires du personnel enseignant.

Etc., etc.

Ces divers items des dépenses —

tous sauf un — sont examinés par les

représentants du peuple dans les corps

publics. Des questions sont posées, des

réponses données, parfois des modifica-

tions apportées, avant leur approbation.

Tous, sauf un. Lequel donc? Le premier men-

tionné: le Service de la dette. Celui-là est le grand

privilégié. Intangible. Sacro-saint. Pas de discus-

sion.

On peut sacrifier des subventions à des institutions

de charité. On peut couper dans l’aide aux nécessiteux.

On peut laisser des enfants, des familles dans la priva-

tion. On peut renoncer à des améliorations publiques

devenues urgentes. Mais la dette, le service de la dette,

les intérêts annuels à payer sur cette dette — quand

même ça prendrait le quart, la moitié, les trois quarts

du budget, même s’il faut pour elle hausser les taxes

jusqu’à faire des familles perdre leur maison, pas d’ac-

croc, pas de questions !

A qui donc est-il si important de verser ces som-

mes-là, cette part privilégiée du revenu des taxes?

Est-ce à des personnes à la veille de mourir de faim

si on ne vient pas fidèlement à leur secours? Non

pas. C’est à des financiers. Et l’on ne trouve pas gé-

néralement ces messieurs-là dans un taudis, sur un

grabat, ni devant une écuelle vide.

Population volée

Mais pourquoi donc ces dettes de tous les corps pu-

blics? Dettes que toute la population doit contribuer à

servir, par des taxes, directes ou indirectes, qui diminuent

son pouvoir d’achat, même quand elle n’en a déjà pas

assez pour ses besoins de tous les jours?

Pourquoi ? Parce qu’on accepte religieusement

la soumission à un système de finance qui constitue

une escroquerie gigantesque, qui vole la population

à mesure qu’elle produit de la richesse.

Pour s’en convaincre, il suffit de com-

parer un instant la situation du Canada

d’aujourd’hui avec le Canada d’il y a 50

ans, 100 ans, avec le Canada des pion-

niers.

Fermes, usines, routes, écoles, hôpi-

taux, et le reste — rien de cela n’existait

quand les premiers colons de Nouvel-

le-France entreprirent de bâtir un pays

nouveau. Tout cela a surgi depuis. Enri-

chissement progressif. Beaucoup plus

considérable aujourd’hui qu’il y a 100 ans,

qu’il y a 50 ans. Et pourtant, comparez la

dette, la somme de toutes les dettes pu-

bliques du Canada actuel avec la somme

des dettes publiques de ce temps-là.

Enrichissement réel, endettement

financier. Qui, endetté? La population,

puisque c’est elle qu’on fait payer le service de la dette.

C’est pourtant la population du pays qui, au cours

des années, a produit tout cet enrichissement.

Qu’il s’agisse, en effet, de construction d’écoles, ou

d’aqueducs, de routes, ou autres ouvrages pour utilisa-

tion publique, qui les construit ? — Des ingénieurs, de la

main-d’oeuvre du pays. — Pourquoi ces ingénieurs, ces

ouvriers, peuvent-ils s’employer à ces constructions, plu-

tôt qu’à produire des choses pour leur usage personnel ?

— Parce que d’autres travailleurs du pays produisent la

nourriture, les vêtements, les chaussures, les diverses

autres choses et services qui répondront aux besoins des

constructeurs.

C’est donc, en somme, la population, dans son en-

semble, par du travail qui vient d’elle, par l’exploitation

de ressources naturelles que le bon Dieu a mises dans le

pays pour elle — c’est la population, dans son ensemble,

qui a enrichi et continue d’enrichir le pays de tous ces

développements.

Mais quand l’école, l’aqueduc, ou autre production

publique est terminée, on inscrit son prix comme dette

publique à payer par la population. Plus que cela, on de-

mande à la population d’en payer une fois et demie, deux

fois le prix, et parfois davantage encore, selon le temps

sur lequel s’étalent ces paiements.

On facture les producteurs

Voilà bien une drôle de comptabilité — doublement

drôl

e — qui envoie des factures aux producteurs eux-

mêmes, et des factures pour plus que le prix de leur

production !

En toute logique, ce ne sont pas les producteurs,

mais les consommateurs qui doivent payer: payer pour

ce qu’ils consomment, et pas plus qu’ils consomment.

Si j’achète un pain, je le paie, parce que je deviens

le consommateur de ce pain. Mais je ne le paierai cer-

tainement pas deux fois,

parce que je ne puis pas

le consommer deux fois.

Et surtout, ce n’est pas

le boulanger qui paie le

pain — pas le produc-

teur de la richesse, mais

le consommateur, celui

qui fait disparaître cette

richesse.

C’est ainsi qu’il

devrait en être pour la

richesse publique, pro-

duite par l’ensemble de

la population.

L’école, l’aqueduc,

la route — ces choses-là

que la population a pro-

duites vont, il est vrai, être utilisées par elle. A ce titre,

la population, d’abord productrice, devient consomma-

trice. Elle «consomme» sa production publique. Dans

le cas des choses durables, cette consommation se fait

par degrés, par usure; on appelle cela «dépréciation».

Eh bien, qu’on charge la population pour ce qu’elle

consomme, mais non, pas pour ce qu’elle produit. Non

pas l’endetter pour sa production de l’école, de l’aque-

duc, de la route, mais la charger pour la dépréciation

graduelle de l’école, de la route, de l’aqueduc. Voilà ce

qui serait conforme aux faits.

Et pas plus qu’un pain, un édifice ne peut être

«consommé» deux fois; on ne peut pas le déprécier

pour plus que sa valeur.

Un exemple concret

I

l y a quelque temps, le maire de Kénogami nous

disait que la population de sa ville avait déjà payé son

aqueduc trois fois et demie son prix, en versements

annuels d’intérêts et peut-être de tranches d’amortisse-

ment de capital, mais qu’il restait encore des paiements

à faire. L’aqueduc déjà payé trois fois et demie, alors qu’il

n’avait pas encore été consommé entièrement une seule

fois, puisqu’il est encore là ! A quoi cela ressemble-t-il ? ...

Aspect grotesque de l’escroquerie monumentale qui fait

la population, dans son ensemble, payer, et payer plus

d’une fois, ce qu’elle a elle-même produit.

On n’expliquerait rien en disant que, dans le cas de

Kénogami, la construction de son aqueduc n’est pas le

résultat exclusif du travail de sa propre population, qu’il

a fallu faire venir des matériaux d’ailleurs, employer de la

machinerie fabriquée ailleurs. On le sait. Mais la situation

étant partout la même, le système de financement — et

d’endettement public — partout le même, c’est toute la

population du pays qui est tenue collectivement endettée

pour sa production collective, d’une sorte dans un endroit,

d’une autre sorte ailleurs, même si c’est à divers paliers

de gouvernements que sont chargées les dettes et exigés

les paiements.

Extorsion sur toute la ligne

N’est-il pas étrange

que la population se laisse

ainsi voler sur une si gran-

de échelle?

Et nous n’avons parlé

que de production publi-

que. Comme c’est le même

système qui, directement

ou indirectement, finance

la production privée, en y

posant ses conditions, l’en-

trepreneur, l’industriel, est

forcé de payer des intérêts

pour avoir le droit de pro-

duire des biens qui répon-

dent aux besoins. Et là en-

core, c’est en définitive la

population qui fait les frais

de ce système d’extorsion. Quand il s’agit de production

publique, le prélèvement se fait par les taxes; quand il s’agit

de production privée, le prélèvement se fait par les prix.

On peut bien ne pas profiter, ou ne profiter que parci-

monieusement des fruits du progrès. On peut bien ployer

sous le fardeau croissant de taxes qui nous dépouillent,

alors que l’immense capacité moderne de production

devrait permettre d’en affecter une part suffisante aux

besoins publics sans diminuer la part réclamée par les be-

soins privés. On peut bien avoir à gémir devant les haus-

ses de prix, alors qu’une production de plus en plus facile

devrait logiquement abaisser de plus en plus le coût de

revient des produits.

Tout cela, parce que le système financier domine au

lieu de servir, et il vole la population des fruits de son enri-

chissement.

La source de l’escroquerie

Mais où donc cette escroquerie prend-elle son

origine? — Elle prend son origine dans un premier

vol, dans l’appropriation du crédit de la société par

ceux qui font et détruisent les moyens de paiement:

par ceux qui contrôlent les écluses du crédit financier.

La plus grande escroquerie de tous les temps

La société volée de son bien, la population

endettée à mesure qu’elle produit

Louis Even, fondateur

de Vers Demain

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2012

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2012

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