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par Louis Even

L

e pouvoir législatif a son siège dans les Parle-

ments, puisque c’est là que les lois sont discutées et

votées.

Le pouvoir exécutif siège dans les bureaux des mi-

nistres, puisque ce sont eux, le premier ministre et son

Cabinet, qui prennent les décisions qu’ils font exécuter

par leurs fonctionnaires.

Le pouvoir judiciaire loge dans les

tribunaux, dans les palais de justice,

puisque c’est là que les juges exercent

leurs fonctions.

Et où réside le super-pouvoir, le

pouvoir monétaire?

Le pouvoir monétaire réside dans

les banques. C’est dans les banques,

en effet, que naît et meurt le crédit fi-

nancier.

C’est en effet lorsqu’une banque

consent un prêt, soit à un entrepreneur,

soit à un commerçant, soit à un gouver-

nement, que du nouveau crédit finan-

cier vient au monde. Le banquier inscrit

le montant du prêt accordé, il l’inscrit

au crédit du compte de l’emprunteur,

comme si l’emprunteur avait déposé

ce montant. L’emprunteur ne l’a, pourtant, ni apporté

ni déposé, car il venait pour obtenir de l’argent qu’il

n’avait pas.

L’emprunteur pourra tirer des chèques sur ce

compte qu’il n’avait pas en entrant, et qu’il a en sortant.

Or, aucun autre compte d’aucun autre client de la

banque n’a été diminué. C’est donc un compte de plus

ajouté aux comptes déjà existants. Le total des crédits

dans le total des comptes de cette banque est donc

augmenté du montant du compte nouveau.

Il y a donc augmentation du crédit financier, de

l’argent bien moderne qui va être mis en circulation

par les chèques de l’emprunteur sur ce crédit nouveau.

Inversement, lorsqu’un emprunteur rembourse à

la banque, du crédit précédemment emprunté, ce sera

autant de crédit de moins dans la circulation. Autant de

sang de moins dans l’organisme économique.

emprunts, engendrant une chaîne de dettes de plus en

plus grosses.

Outil du super-pouvoir

L

e système bancaire actuel est l’instrument dont se

sert le super-pouvoir monétaire pour maintenir sa su-

prématie sur les peuples et sur leurs gouvernements.

Aidé en cela par l’absurde règlement politico-financier,

qui lie la distribution de pouvoir d’achat à l’emploi,

dans une production qui a de moins en moins besoin

d’employés pour fournir les biens nécessaires à la vie.

Il ne faut pas conclure de là que votre banquier

local fait partie de cette dictature. Il n’est qu’un subal-

terne qui, probablement, n’a même pas conscience

qu’en inscrivant des prêts dans le livre de sa banque, il

crée du crédit, et que les remboursements qu’il y ins-

crit détruisent ce crédit.

Ce n’est pas lui, non plus, qui décrète les restric-

tions de crédit qui anémient l’organisme économique.

Il ne fait qu’agir selon les directives qu’il reçoit, sans

avoir l’idée de se soucier des conséquences.

Vous entendrez encore des instruits attardés nier

que le volume du crédit en circulation dépende de

l’action des banques. Ces instruits attardés, ou réfrac-

taires à des évidences, fournissent un précieux appui

au super-pouvoir, par leur ignorance si c’en est une,

ou par des intérêts personnels qui les lient, ou par leur

complicité avec une puissance qui peut leur faciliter

des promotions.

Les banquiers de haute classe, eux, savent très

bien que le crédit financier, qui forme le gros de l’ar-

gent moderne, naît et meurt dans les grands-livres des

banques.

Un banquier anglais distingué, Reginald McKenna,

qui fut un temps ministre des Finances de son pays

(Chancelier de l’Échiquier), puis plusieurs années

chairman de la Midland Bank, une des cinq grosses

banques (Big Five) d’Angleterre, disait, en 1934, à une

assemblée annuelle des actionnaires de cette banque:

«Le peuple ignore généralement que le volume

de l’argent en circulation dépend de l’action des ban-

ques. Tout prêt bancaire, direct ou par découvert

(overdraft), augmente le flot de crédit en circulation,

et tout remboursement d’un prêt bancaire diminue ce

Une simple opération comptable, faite d’une plu-

me et d’une goutte d’encre, avait mis le crédit finan-

cier au monde. Une autre opération comptable, lors

du remboursement, met ce crédit dans le cercueil.

Il est clair que si, dans une période donnée, le

total des prêts dépasse le total des remboursements,

cela met plus de crédit en circulation qu’il en est mis

dans la tombe. Au contraire, si le total des rembour-

sements dépasse le total des prêts, c’est

une période de diminution de crédit en

circulation.

Si la période des diminutions se pro-

longe, tout l’organisme économique s’en

ressent: on appelle cela une crise. Une

crise causée par une restriction de crédit.

Ces périodes d’augmentation et ces

périodes de diminution ne sont donc pas

dues au hasard mais à l’action des ban-

ques. Ce ne sont pas des vaches gras-

ses et des vaches maigres naturelles,

ce sont des vaches bancaires rendues

grasses ou maigres selon le régime des

prêts et celui des remboursements.

Vu que l’emprunteur doit rembour-

ser plus que le montant qui lui a été ac-

cordé, à cause de l’intérêt exigé, il faut

qu’il tire de la circulation plus d’argent

qu’il y en a mis. Pour cela, il doit ôter de la circula-

tion, en supplément, de l’argent que d’autres y ont

mis. Comme tout crédit nouveau vient des banques,

avec cette condition de rembourser plus d’argent que

les montants accordés, il faudra nécessairement que

d’autres emprunteurs succèdent aux premiers. Ces

seconds souffriront eux-mêmes doublement, ayant à

trouver leur propre supplément, pour l’intérêt, dans

une circulation de crédit déjà ébréchée par le supplé-

ment qu’en ont extrait les premiers.

La chaîne continue de même pour les emprun-

teurs suivants. Les remboursements en viennent à

frôler l’impossible. Les banques alors restreignent

leurs prêts, ce qui ralentit toute la vie économique.

Elles en font jeter le blâme sur la population qui en

souffre.

Pour que le flot de crédit nécessaire à la vie éco-

nomique reprenne, il faudra reprendre la chaîne des

Le pouvoir monétaire

réside dans les banques

flot d’un montant égal au remboursement.»

Ayant aussi été ministre des Finances, McKenna

savait très bien où réside le plus gros des deux pou-

voirs, celui de la banque ou celui du plus haut gouver-

nement du pays. Il eut même la franchise, rare chez

des banquiers de ce niveau, de déclarer:

«Elles (les banques) contrôlent le crédit de la

nation, dirigent les lignes de conduite des gouver-

nements et tiennent dans le creux de leurs mains les

destinées des peuples.»

Ce qui s’accorde parfaitement avec ce que

Qua-

dragesimo Anno

de Pie XI dit de ceux qui,

«gouver-

nant le crédit et le dispensant selon leur bon plaisir...

tiennent entre leurs mains la vie de l’organisme éco-

nomique, si bien que, sans leur consentement, nul

ne peut plus respirer».

Louis Even

Une goutte d’encre met l’argent au monde

Une goutte d’encre met l’argent au cercueil

Louis Even, fondateur

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