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u

par Louis Even

Pouvoirs gouvernementaux

Les manuels d’instruction civi-

que distinguent généralement trois

pouvoirs relevant du gouverne-

ment: le législatif, l’exécutif et le

judiciaire.

Le gouvernement légitime de

tout pays libre et vraiment sou-

verain doit posséder le pouvoir

de faire des lois pour régler les

relations des citoyens entre eux et

avec les corps établis, sans avoir à

en demander la permission à une

autorité étrangère. C’est l’exercice

du pouvoir législatif.

De même, le gouvernement

d’un pays souverain doit pouvoir

administrer le pays en conformité

avec ses lois et avec sa constitu-

tion, sans avoir à soumettre ses

actes à l’approbation d’un gouver-

nement étranger. C’est l’exercice

du pouvoir exécutif.

Enfin, le gouvernement d’un

pays souverain doit posséder le

pouvoir d’appliquer les lois du

pays, de poursuivre et pénaliser

ceux qui les violent, de juger les

litiges entre citoyens, à l’étendue

de ce pays, sans avoir à s’y faire

autoriser par un gouvernement

étranger. C’est l’exercice du pou-

voir judiciaire.

Le super-pouvoir

Si les trois pouvoirs — le légis-

latif, l’exécutif et le judiciaire— sont

les grands pouvoirs constitués de

tout gouvernement souverain, il en

est un autre, non catalogué com-

me tel, mais qui les dépasse tous

les trois, et qui domine les gouver-

nements eux-mêmes.

Ce super-pouvoir, qui ne tient

son autorité d’aucune constitution,

et ne s’en soucie pas plus qu’un

brigand pour l’exercice de sa puis-

sance, c’est le

pouvoir monétaire

.

Le pouvoir monétaire, ce n’est

pas l’argent que vous pouvez avoir

dans votre porte-monnaie. Ce ne

sont pas les actions ou obligations

que vous pouvez avoir en porte-

feuille. Ce ne sont pas les taxes

que les gouvernements des trois

paliers — local, provincial, fédé-

ral — vous soutirent sans jamais

être assouvis. Ce ne sont pas les

hausses de salaires pour lesquel-

les des syndiqués hurlent et font

des grèves. Ce ne sont pas même

les dividendes industriels que des

socialistes voudraient voir ôtés aux

capitalistes et distribués aux sala-

riés sans avoir calculé quelle gout-

te insignifiante chacun en tirerait.

Le pouvoir monétaire, ce n’est pas,

non plus, ce que des gouvernants

appellent inflation et ce que les em-

ployés appellent hausse du coût de

la vie, alors que gouvernements et

syndicats y contribuent tant qu’ils

peuvent, les premiers par leurs

taxes croissantes, les seconds par

leurs exigences de hausses de sa-

laires.

Non, tout cela, c’est de la petite

bière, face à la stature et à la puis-

sance du super-pouvoir que nous

dénonçons, cette puissance qui

peut nous rendre la vie «horrible-

ment dure, implacable et cruelle»,

selon les termes de

Quadragesimo

Anno

. Elle peut même rendre la vie

tout à fait impossible, comme l’ex-

prime bien Pie XI dans cette même

encyclique:

«Ce pouvoir est surtout consi-

dérable chez ceux qui, détenteurs

et maîtres absolus de l’argent,

gouvernent le crédit et le dispen-

sent selon leur bon plaisir. Par là,

ils distribuent en quelque sorte

le sang à l’organisme économi-

que dont ils tiennent la vie entre

leurs mains, si bien que, sans leur

consentement, nul ne peut plus

respirer.»

Ces termes très forts peuvent

paraître démesurés à quiconque

ignore, d’une part, le rôle de l’ar-

gent et du crédit dans la vie écono-

mique, et d’autre part, le contrôle

auquel sont soumis l’argent et le

crédit. Mais le Pape n’a nullement

exagéré.

Sang de la vie économique

Rappelons tout de suite, sans

l’expliquer ici, que le crédit finan-

cier a la même vertu que l’argent

tangible dans la vie économique.

On achète des matériaux, des

services, du travail, des produits,

aussi bien avec des chèques qui

font simplement transférer des

chiffres d’un compte à un autre

dans des livres de banque, qu’avec

de l’argent de métal ou de papier

qui passe d’un client au marchand

local dans le petit commerce cou-

rant. C’est même l’argent de chif-

fres qui active le plus la vie écono-

mique, étant responsable de plus

de 80 pour cent du total des opé-

rations financières, du commerce

et de l’industrie du pays. Le mot

générique «argent» peut donc ser-

vir à désigner les deux formes de

moyens de paiement.

Ceci dit, voyons si l’argent a

un rôle aussi considérable dans la

vie économique et si son contrôle

a vraiment la super-puissance que

lui attribue le Pape, et nous avec

lui.

Quelles qu’aient pu être les

conditions de la vie économique

dans des siècles du passé, il est

indéniable qu’aujourd’hui, l’argent

(ou le crédit) est indispensable

pour maintenir en activité la pro-

duction multi-source réclamée par

les besoins, privés ou publics, de

la population. Indispensable aussi

pour permettre à cette production

d’atteindre les besoins qu’elle doit

satisfaire.

Sans argent pour payer maté-

riaux et main-d’oeuvre, le meilleur

entrepreneur doit renoncer à pro-

duire, et le fournisseur de maté-

riaux devra réduire d’autant sa

propre production. Les employés

de l’un et l’autre en pâtiront, res-

tant avec leurs besoins et laissant

d’autres producteurs rester avec

des produits invendus. La chaîne

continue. C’est connu, des popula-

tions entières en ont souffert.

C’est la même chose pour ce

qui est des entreprises publiques.

Les besoins publics peuvent être

pressants, bien sentis, bien expri-

més et bien compris des corps

publics. Mais si ces corps publics

sont sans argent, ou avec une in-

Un super-pouvoir domine les gouvernements

suffisance d’argent, les projets doi-

vent attendre.

Qu’est-ce qui manque dans ces

conditions-là? Matériaux? Main-

d’oeuvre? Compétence? Rien de

cela. Il ne manque que l’argent, le

crédit financier le «sang de l’orga-

nisme économique». Que le sang

revienne, l’organisme économique

se remettra en fonctionnement.

S’il tarde à revenir, des entrepre-

neurs perdront leur entreprise; des

propriétaires, leur propriété; des

familles, le pain quotidien, la santé

ou même la vie des enfants, et sou-

vent la paix domestique.

Mais qu’y faire? N’est-ce pas

une situation inévitable qu’il faut fa-

talement endurer ? — Pas du tout.

Si le sang manque dans l’organis-

me économique, c’est parce qu’il

en a été soustrait. Et s’il revient,

c’est parce qu’il y est réinfusé.

Une extraction de sang et une

infusion de sang ne sont point des

opérations spontanées. Et ce sont

les contrôleurs, les contrôleurs de

l’argent et du crédit, qui peuvent

«restreindre ou dispenser le cré-

dit selon leur bon plaisir», et «ils

tiennent ainsi entre leurs mains la

vie de l’organisme économique». Il

faut leur consentement pour vivre:

Pie XI disait juste.

Dans son Encyclique, le Pape

n’a pas expliqué le mécanisme

de l’extraction et de l’infusion de

ce sang, ni défini des moyens

concrets pour soustraire l’orga-

nisme économique au contrôle de

ces mauvais chirurgiens. Ce n’était

pas son rôle. Son rôle était de

dénoncer et flétrir une dictature,

source de maux incalculables pour

la société, pour les familles, pour

les personnes, non seulement au

point de vue matériel, mais créant

des difficultés indues dans la pour-

suite de chaque âme vers une des-

tinée qui doit être sienne pour tou-

te l’éternité. Et le Pape a dit ce qu’il

devait dire. On a, hélas! trop peu

fait écho à sa voix, et la dictature

dénoncée a consolidé davantage

ses positions depuis. Les allége-

ments qu’elle peut avoir permis

ne l’ont été que pour maintenir

un pouvoir dont les effets étaient

devenus d’une évidence difficile à

masquer.

C’est qu’en effet, le retour su-

bit d’un flot de sang dans un or-

ganisme économique qui en était

presque entièrement dépourvu

depuis des années, ne pouvait

manquer d’impressionner même

ceux qui en ignoraient le méca-

nisme. Ce coup fulgurant s’est

produit en septembre 1939. La

veille, un organisme économique

exsangue paralysait tous les pays

évolués. La déclaration de guerre,

à laquelle allaient participer ces

mêmes pays, amenait subitement

tout le sang, tout l’argent, tout le

Le véritable pouvoir

ne réside pas dans

les parlements, mais

chez des gens qui ne

sont même pas élus

Notre Pèlerine à plein-temps Lucie Parenteau devant le Parlement d’Ottawa

VERS DEMAIN janvier-février 2012

www.versdemain.org

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