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tion s’effectuera au prix d’un transfert, graduel et

équilibré, d’une partie des attributions nationales

à une Autorité mondiale et aux Autorités régiona-

les…»

Un fait qui peut expliquer l’enthousiasme du

professeur Becchetti pour un gouvernement mon-

dial est qu’il détient une maîtrise de la London

School of Economics, fondée en 1985 par Sydney

Webb pour promouvoir le socialisme marxiste non

par une révolution violente, mais de façon graduel-

le, méthode dite «fabianiste».

Vous pouvez bien vous

imaginer que de tels propos

n’allaient pas passer inaper-

çus dans les médias, les mots

«gouvernement mondial» et

«banque mondiale» étant par-

ticulièrement doux aux oreilles

des promoteurs d’un nouvel

ordre mondial centralisateur

qui éliminerait tous les États

souverains. En effet, plusieurs

journaux et sites internet n’ont

retenu que ces mots du docu-

ment du Conseil Pontifical Jus-

tice et Paix, et ont aussitôt coiffé

leurs articles de titres comme: «Le Vatican est pour

un gouvernement mondial»!

Cependant, la réalité est que le Vatican, et surtout

tous les Papes, ne sont pas pour un gouvernement

mondial centralisateur, mais ont toujours prôné le

respect du principe de subsidiarité, où les niveaux

de gouvernement supérieurs doivent être au servi-

ce de la personne et des gouvernements inférieurs,

plus près de l’individu et de la famille.

D’ailleurs, le porte-parole du Vatican, le Père Fe-

derico Lombardi, S.J., qui était présent à cette confé-

rence de presse du 24 octobre, s’est hâté d’ajouter

que «ce document n’est pas une expression du ma-

gistère papal», mais une simple note d’une agence

du Vatican, et qu’aucun journaliste ne pouvait dire

que «le Pape Benoît XVI a dit ce qui est écrit dans ce

document.»

Ce document ne vise qu’à encourager la ré-

flexion sur la recherche de solutions techniques en

conformité avec la doctrine sociale de l’Église. On

peut varier d’opinion sur les solutions pour appli-

quer ces principes; par exemple, lorsque ce docu-

ment suggère de mettre en place la fameuse taxe

Tobin (la taxation des transactions financières inter-

nationales, suggérée pour la première fois en 1972

par le lauréat du prix Nobel d’économie James To-

bin), cela n’engage pas la foi, cela va de soi. On n’est

pas hors de l’Église si on critique la taxe Tobin !

Le Secrétaire d’État du Pape réagit

Les réactions à ce document au Vatican même

ne se firent pas attendre. Le journaliste italien Sandro

Magister, spécialiste des questions vaticanes pour le

magazine L’Espresso, publiait le 10 novembre 2011

sur son site

www.chiesa.espressonline.it

un article

intitulé: «Trop de confusion. Bertone verrouille la

curie». Voici des extraits de cet article:

«Le document de “Justitia et pax” relatif à la cri-

se financière mondiale sous le feu des critiques. Le

secrétaire d’état le désavoue. “L’Osservatore Roma-

no” le massacre. Désormais tout nouveau texte du

Vatican devra obtenir l’autorisation du cardinal avant

d’être publié.

«Le jour même, vendredi 4 novembre, où à Can-

nes le G20 allait parvenir à sa faible et incertaine

conclusion, un petit sommet était convoqué à la

secrétairerie d’état, au Vatican, pour tenter de porter

remède à un n-ième moment de confusion de la cu-

rie romaine. Sur le banc des accusés: le document

relatif à la crise financière mondiale publié dix jours

plus tôt par le conseil pontifical Justice et Paix. Un

document qui avait déconcerté beaucoup de gens,

au Vatican et ailleurs.

«Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’état,

déplorait de n’en avoir rien su jusqu’au dernier

moment. Et c’est précisément pour cela qu’il avait

réuni ce sommet à la secrétairerie. La conclusion du

sommet a été de transmettre à tous les services de

la curie romaine cet ordre péremptoire: désormais,

aucun écrit ne doit être publié sans contrôle préala-

ble et autorisation de la secrétairerie d’état.

«Ce qui a le plus irrité beaucoup de lecteurs com-

pétents du document du conseil pontifical Justice et

Paix, c’est qu’il est en contradiction flagrante avec

l’encyclique

Caritas in veritate

de Benoît XVI. Dans

son encyclique, le pape Joseph Ratzinger ne fait pas

du tout appel à une “autorité publique à compéten-

ce universelle” pour la politique et l’économie, c’est-

à-dire à cette espèce de grand Léviathan, inventé on

ne sait ni comment ni par qui, dont le document du

24 octobre parle si favorablement.

«Dans

Caritas in veritate

le pape parle plus jus-

tement de “gouvernance” (c’est-à-dire de réglemen-

tation, en latin “moderamen”) de la mondialisation,

à travers des institutions subsidiaires et polyarchi-

ques. Cela n’a rien à voir avec un gouvernement mo-

nocratique du monde.» (

Fin de l’extrait de l’article

de Sandro Magister.

)

Ce qu’a écrit Benoît XVI

Voici ce que Vers Demain écrivait en août 2009

au sujet des paroles de Benoît XVI dans son ency-

clique

Caritas in veritate

sur une «autorité politique

mondiale»:

Si on lit clairement l’encyclique de Benoît XVI,

le Saint-Père parle directement contre un gouverne-

ment mondial qui abolirait tous les États nationaux.

Le paragraphe de l’encyclique qui, cité hors contex-

te, peut laisser un certain doute, se lit comme suit

(n. 67):

«Pour le gouvernement de l’économie mon-

diale, pour assainir les économies frappées par

la crise, pour prévenir son aggravation et de plus

grands déséquilibres, pour procéder à un souhaita-

ble désarmement intégral, pour arriver à la sécurité

alimentaire et à la paix, pour assurer la protection

de l’environnement et pour réguler les flux migra-

toires, il est urgent que soit mise en place une vé-

ritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a

déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bien-

heureux Jean XXIII».

Cependant, au paragraphe 41, le Saint-Père ex-

plique ce concept d’«autorité politique mondiale»

qui, loin d’abolir l’État-nation, renforce plutôt le rôle

des États:

«Ainsi doit-on promouvoir une autorité

politique répartie et active sur plusieurs plans.

L’économie intégrée de notre époque n’élimine pas

le rôle des États, elle engage plutôt les gouverne-

Le Vatican est-il pour un gouvernement mondial ?

Controverse autour d’un document du Conseil Pontifical Justice et Paix

par Alain Pilote

Le 24 octobre 2011, le Conseil pontifical Justice

et Paix, un des dicastères du Vatican, publiait une

«note» de 41 pages intitulée «Pour une réforme du

système financier et monétaire international dans la

perspective d’une autorité publique à compétence

universelle», qui devait servir de réflexion au som-

met du G20 devant se tenir les jours suivants à Paris.

Ce document a été présenté le même jour en confé-

rence de presse au Vatican par le cardinal Peter

Turkson, président de ce dicas-

tère, son secrétaire, Mgr Mario

Toso, et un économiste italien,

Leonardo Becchetti, professeur

d’économie à l’Université de

Rome Tor Vergata.

Becchetti est considéré

comme le principal rédacteur

de ce document qui, contrai-

rement à l’habitude des textes

pontificaux, ne se limite pas aux

principes, mais offre des solu-

tions concrètes… et controver-

sées, qui ont suscité de vives

réactions, même au Vatican.

J

ugez-en par vous-mêmes: ce document ap-

pelle «à l’instauration d’un Gouvernement mon-

dial», parle de «l’exigence d’un organisme assu-

rant les fonctions d’une sorte de «Banque centrale

mondiale» réglementant le flux et le système des

échanges monétaires, à la manière des Banques

centrales nationales».

On y lit aussi: «Le temps est venu de concevoir

des institutions ayant une compétence universel-

le… Il revient aux générations actuelles de recon-

naître et d’accepter en toute conscience cette nou-

velle dynamique mondiale vers la réalisation d’un

bien commun universel. Certes, cette transforma-

Le professeur Leonardo Becchetti

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VERS DEMAIN janvier-février 2012

www.versdemain.org