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par Alain Pilote

C

omme le dit Louis Even, un super-pouvoir do-

mine les gouvernements, le pouvoir de ceux

qui contrôlent la création de l’argent dans le

pays. Peu importe qui est le chef d’État ou parti élu

à la tête d’un pays, si le pouvoir de créer l’argent est

laissé aux banques privées (en accordant des prêts

aux individus, compagnies et gouvernements), au

lieu d’appartenir à la société elle-même, ce pays

ne pourra que sombrer dans les dettes et les crises

économiques. C’est ce que nous voyons présente-

ment à la grandeur du globe.

M. Even écrivait:

«Qui est au-dessus des gou-

vernements? Dieu, direz-vous. Assurément, bien

que plusieurs lui refusent sa place. Mais il est aussi

une puissance humaine à laquelle aucun gouver-

nement ne semble pouvoir ou vouloir refuser la

préséance — la puissance des créateurs d’argent.»

C’est Mayer Amschel Rothschild, chef d’une gran-

de dynastie bancaire et ancêtre du système actuel

d’argent-dette, qui déclarait à la fin du 18e siècle:

«Qu’on m’accorde le contrôle de la monnaie d’une

nation et je me fiche de qui fait les lois de cette

nation.»

Ces banquiers internationaux préfèrent normale-

ment rester dans l’ombre et agir dans les coulisses,

s’assurant que les politiciens élus par la population

observent leurs ordres et maintiennent leur pouvoir

monétaire, soit en finançant leur élection, ou bien

par chantage, menaces, pots-de-vin, ou autre mé-

thode semblable.

Mais voici que tout récemment, ces banquiers

ont franchi une étape de plus: au lieu de mettre des

pions ou marionnettes au pouvoir, ce sont eux-mê-

mes qui prennent littéralement la place des chefs

d’États et gouvernements, et cela sans même le be-

soin d’organiser des élections. Pour être certains de

mener leur plan de domination mondiale à terme,

ils ne prennent aucun risque, et ne s’embarrassent

plus d’intermédiaires: ils sont eux-mêmes aux com-

mandes, et ne prennent même plus la peine de se

cacher.

Ce sont de véritables coups d’État au profit des

banquiers internationaux. Voici par exemple le cas

de trois pions de la banque américaine Goldman

Sachs qui viennent d’atteindre des positions straté-

giques: Mario Draghi, Loukas Papademos et Mario

Monti.

Mario Draghi (à gauche), nouveau président

de la Banque centrale européenne,

et Jean-Claude Trichet, président sortant

L’Italien Mario Draghi est diplômé d’économie

du Massachussetts Institute of Technology (MIT). Il

a été chargé des privatisations italiennes de 1993 à

2001. Il est devenu gouverneur de la Banque d’Italie

en 2006. De 2002 à 2006 il a été vice-président pour

l’Europe de Goldman Sachs, la sulfureuse banque

d’affaires américaine. Pendant cette période, la ban-

que d’affaire a touché 300 millions pour aider la Grè-

ce à camoufler son déficit, pour être admise dans

l’Union européenne. Le 1er novembre 2011, Draghi

est nommé président de la Banque centrale euro-

péenne (BCE). Il est aussi membre de la Commis-

sion trilatérale et du groupe Bilderberg. (

Voir l’enca-

dré à la fin de cet article.

)

Le Grec Loukas Papadimos, lui aussi diplômé du

Massachussetts Institute of Technology (MIT), a été

professeur à l’Université américaine de Columbia

avant de devenir conseiller économique de la Ban-

que de réserve fédérale de Boston. De 1994 à 2002,

il a été gouverneur de la Banque de Grèce, poste

qu’il occupait quand la Grèce s’est «qualifiée» pour

l’euro, grâce à des comptes falsifiés par Goldman

Sachs. Puis, il a été vice-président de la Banque cen-

trale européenne (BCE).

Le nouveau premier ministre de Grèce,

Loukas Papademos.

Le 10 novembre 2011, sur pression de l’Union

européenne et du G20, il était nommé premier mi-

nistre de Grèce avec le soutien des deux partis do-

minants. Il est membre de la Commission trilatérale.

Le premier ministre sortant, Georges Papandréou,

avait déclaré qu’il demanderait à la population par

référendum si elle était d’accord avec les mesures

d’austérité imposées par l’Union européenne et le

FMI ce qui, bien qu’étant tout à fait démocratique,

était inacceptable pour les financiers internationaux.

Deux jours après l’annonce de ce référendum, Pa-

pandréou était forcé à démissionner. (Ironiquement,

c’est la Grèce qui est le berceau de la démocratie.)

Le 16 novembre 2011, sans élections, l’Italien

Mario Monti est devenu premier ministre d’Italie,

en remplacement de Silvio Berlusconni. Monti est

diplômé de l’Université de Yale aux États-Unis. Il a

étudié le comportement des banques en régime de

monopole. Puis il a été durant dix ans commissaire

européen, de 1994 à 2004. Membre de la Trilatérale

et du groupe de Bilderberg, il a été nommé conseiller

international de Goldman Sachs en 2005.

Mario Monti (à gauche), nouveau premier ministre

italien, avec son prédécesseur, Silvio Berlusconni

En plus du poste de premier ministre italien, M.

Monti assume aussi la fonction de ministre de l’Éco-

nomie. Le gouvernement Monti est composé exclusi-

vement de technocrates. Corrado Passera, le patron

de la banque Intesa Sanpaolo, devient par exemple

ministre du Développement économique et des In-

frastructures. Aucun politicien n’est entré au gouver-

nement, parmi les 16 ministres. Pour M. Monti, cette

absence «facilitera plutôt que ne fera obstacle à l’ac-

tion gouvernementale, car elle (leur) ôtera un motif

d’embarras». En n’étant pas élu, on n’a pas de comp-

te à rendre à la population. N’est-ce pas merveilleux?

Qui dit mieux en fait de mépris de la démocratie?

Les trois pions de Goldman Sachs: Mario Monti, Loukas Papademos et Mario Draghi

La Commission Trilatérale

Il y a actuellement trois grandes régions ou blocs

économiques dans le monde: l’Europe, l’Amérique

du Nord, et l’Extrême-Orient (Japon, Corée du Sud,

Taiwan, etc.). Sous le prétexte de devoir s’unir afin

de pouvoir faire compétition aux autres grands blocs

économiques, les pays membres de chacun de ces

trois blocs décideront de se fusionner en un seul

pays, formant ainsi trois super-États, et alors le gou-

vernement mondial unique sera presque atteint.

C’est exactement ce qui est en train de se pas-

ser actuellement, et c’est poussé par la «Commission

Trilatérale», un organisme fondé en juillet 1973 par

David Rockefeller, président de la Chase Manhattan

Bank de New-York. Le but officiel de la Commission

Trilatérale est «d’harmoniser les relations politiques,

économiques, sociales et culturelles entre les trois

grandes régions économiques du globe» (d’où le

nom de «Trilatérale»).

Le groupe Bilderberg

On compte parmi les fondateurs le prince Ber-

nhard des Pays-Bas, Denis Healey (ex-ministre des

finances britannique), Joseph Retinger (diplomate

polonais, connu pour son fédéralisme et pour son

rôle dans la construction européenne), David Rocke-

feller (banquier américain).

Le groupe Bilderberg, aussi appelé conférence

de Bilderberg ou club Bilderberg (d’après l’hôtel Bil-

derberg à Oosterbeek aux Pays-Bas, où s’est tenue

la première assemblée du groupe en mai 1954), est

un rassemblement annuel et informel d’environ 130

membres, essentiellement américains et européens,

et dont la plupart sont des personnalités de la diplo-

matie, des affaires, de la politique et des média.

Ce sommet annuel est au centre de plusieurs

controverses du fait de sa non-médiatisation et du

caractère confidentiel du bilan des conférences.

u

Coup d’état bancaire:

les banquiers

prennent la place

des chefs d’État

sans élections

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VERS DEMAIN janvier-février 2012

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