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Pour le développement du droit et pour le dévelop-

pement de l’humanité il a été décisif que les théologiens

chrétiens aient pris position contre le droit religieux

demandé par la foi dans les divinités, et se soient mis

du côté de la philosophie, reconnaissant la raison et la

nature dans leur corrélation comme source juridique va-

lable pour tous. Saint Paul avait déjà fait ce choix quand,

dans sa Lettre aux Romains, il affirmait: «Quand des

païens privés de la Loi [la Torah d’Israël] accomplissent

naturellement les prescriptions de la Loi,… ils se tien-

nent à eux-mêmes lieu de Loi; ils montrent la réalité de

cette loi inscrite en leur cœur, à preuve le témoignage

de leur conscience…» (2, 14s.). Ici apparaissent les deux

concepts fondamentaux de nature et de conscience, où

«conscience» n’est autre que le «cœur docile» de Salo-

mon, la raison ouverte au langage de l’être.

Un dramatique changement:

la conception positiviste

Si avec cela jusqu’à l’époque des Lumières, de la

Déclaration des Droits de l’Homme après la seconde

guerre mondiale et jusqu’à la formation de notre Loi

Fondamentale, la question des fondements de la légis-

lation semblait claire, un dramatique changement de

la situation est arrivé au cours du dernier demi siè-

cle. L’idée du droit naturel est considérée aujourd’hui

comme une doctrine catholique plutôt singulière, sur

laquelle il ne vaudrait pas la peine de discuter en de-

hors du milieu catholique, de sorte qu’on a presque

honte d’en mentionner même seulement le terme.

Je voudrais brièvement indiquer comment il se fait

que cette situation se soit créée. Avant tout, la thèse

selon laquelle entre l’être et le devoir être il y aurait un

abîme insurmontable, est fondamentale. Du fait d’être

ne pourrait pas découler un devoir, parce qu’il s’agirait

de deux domaines absolument différents. La base de

cette opinion est la conception positiviste, aujourd’hui

presque généralement adoptée, de nature et de raison.

Si on considère la nature – avec les paroles de Hans

Kelsen – comme «un agrégat de données objectives,

jointes les unes aux autres comme causes et effets»,

alors aucune indication qui soit en quelque manière de

caractère éthique ne peut réellement en découler. Une

conception positiviste de la nature, qui entend la nature

de façon purement fonctionnelle, comme les sciences

naturelles l’expliquent, ne peut créer aucun pont vers

l’ethos et le droit, mais susciter de nouveau seulement

des réponses fonctionnelles. La même chose, cepen-

dant, vaut aussi pour la raison dans une vision positivis-

te, qui chez beaucoup est considérée comme l’unique

vision scientifique. Dans cette vision, ce qui n’est pas

vérifiable ou falsifiable ne rentre pas dans le domaine

de la raison au sens strict. C’est pourquoi l’ethos et la

religion doivent être assignés au domaine du subjectif

et tombent hors du domaine de la raison au sens strict

du mot. Là où la domination exclusive de la raison po-

sitiviste est en vigueur – et cela est en grande partie

le cas dans notre conscience publique – les sources

classiques de connaissance de l’ethos et du droit sont

mises hors jeu. C’est une situation dramatique qui nous

intéresse tous et sur laquelle une discussion publique

est nécessaire; une intention essentielle de ce discours

est d’y inviter d’urgence.

Le concept positiviste de nature et de raison, la vi-

sion positiviste du monde est dans son ensemble une

partie importante de la connaissance humaine et de la

capacité humaine, à laquelle nous ne devons absolu-

ment pas renoncer. Mais elle-même dans son ensemble

n’est pas une culture qui corresponde et soit suffisante

au fait d’être homme dans toute son ampleur. Là ou la

raison positiviste s’estime comme la seule culture suf-

fisante, reléguant toutes les autres réalités culturelles à

l’état de sous-culture, elle réduit l’homme, ou même,

menace son humanité. Je le dis justement en vue de

l’Europe, dans laquelle de vastes milieux cherchent à

reconnaître seulement le positivisme comme culture

commune et comme fondement commun pour la for-

mation du droit, alors que toutes les autres convictions

et les autres valeurs de notre culture sont réduites à

l’état d’une sous-culture. Avec cela l’Europe se place,

face aux autres cultures du monde, dans une condition

La chancelière allemande Angela Merkel

écoutant le Pape Benoît XVI

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VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2011

www.versdemain.org