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définitive doit être important pour un politicien. Son

critère ultime et la motivation pour son travail comme

politicien ne doit pas être le succès et encore moins le

profit matériel. La politique doit être un engagement

pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour

la paix.

Naturellement un politicien cherchera le succès

qui en soi lui ouvre la possibilité de l’action politique

effective ! Mais le succès est subordonné au critère de

la justice, à la volonté de mettre en œuvre le droit et à

l’intelligence du droit. Le succès peut aussi être une sé-

duction, et ainsi il peut ouvrir la route à la contrefaçon du

droit, à la destruction de la justice.

«Enlève le droit – et

alors qu’est-ce qui distingue l’État d’une grosse bande

de brigands?»

a dit un jour saint Augustin.

Nous Allemands, nous savons par notre expérience

que ces paroles ne sont pas un phantasme vide. Nous

avons fait l’expérience de séparer le pouvoir du droit, de

mettre le pouvoir contre le droit, de fouler aux pieds le

droit, de sorte que l’État était devenu une bande de bri-

gands très bien organisée, qui pouvait menacer le mon-

de entier et le pousser au bord du précipice. (

Note de

la rédaction: le Pape fait bien sûr référence au régime

nazi d’Hitler.

) Servir le droit et combattre la domination

de l’injustice est et demeure la tâche fondamentale du

politicien. Dans un moment historique où l’homme a

acquis un pouvoir jusqu’ici inimaginable, cette tâche de-

vient particulièrement urgente. L’homme est en mesure

de détruire le monde. Il peut se manipuler lui-même. Il

peut, pour ainsi dire, créer des êtres humains et exclure

d’autres êtres humains du fait d’être des hommes.

Comment reconnaître ce qui est juste

Comment reconnaissons-nous ce qui est juste?

Comment pouvons-nous distinguer entre le bien et le

mal, entre le vrai droit et le droit seulement apparent ?

La demande de Salomon reste la question décisive de-

vant laquelle l’homme politique et la politique se trou-

vent aussi aujourd’hui.

Pour une grande partie des matières à réguler juri-

diquement, le critère de la majorité peut être suffisant.

Mais il est évident que dans les questions fondamen-

tales du droit, où est en jeu la dignité de l’homme et de

l’humanité, le principe majoritaire ne suffit pas: dans le

processus de formation du droit, chaque personne qui a

une responsabilité doit chercher elle-même les critères

de sa propre orientation. Au troisième siècle, le grand

théologien Origène a justifié ainsi la résistance des chré-

tiens à certains règlements juridiques en vigueur: «Si

quelqu’un se trouvait chez les Scythes qui ont des lois

irréligieuses, et qu’il fut contraint de vivre parmi eux…

celui-ci certainement agirait de façon très raisonnable si,

au nom de la loi de la vérité qui chez les Scythes est jus-

tement illégalité, il formerait aussi avec les autres qui ont

«Enlève le droit – et alors qu’est-ce qui distingue l’État

d’une grosse bande de brigands ?» – Saint Augustin

u

autres. Cela vaut non seulement pour le domaine privé

mais aussi pour la société. Selon le principe de subsi-

diarité, la société doit donner un espace suffisant aux

plus petites structures pour leur développement et doit

en même temps les soutenir de telle sorte qu’un jour

elles puissent aussi être autonomes.

Le fondement du droit

Benoît XVI s’est ensuite rendu au Parlement alle-

mand (Bundestag). Pour la première fois un Pape tenait

un discours devant les membres du parlement alle-

mand. A cette occasion, le Saint-Père a exposé le fon-

dement du droit et du libre État de droit, qui peut être

considéré comme l’un des discours les plus importants

de son pontificat. (À la fin de son discours, le Pape a

reçu une ovation debout de deux minutes.) Voici de lar-

ges extraits de ce discours exceptionnel:

Vous me permettrez de commencer mes réflexions

sur les fondements du droit par un petit récit tiré de

la Sainte Écriture. Dans le Premier Livre des Rois on

raconte qu’au jeune roi Salomon, à l’occasion de son

intronisation, Dieu accorda d’avancer une requête. Que

demandera le jeune souverain en ce moment impor-

tant ? Succès, richesse, une longue vie, l’élimination

de ses ennemis? Il ne demanda rien de tout cela. Par

contre il demanda: «Donne à ton serviteur un cœur do-

cile pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le

bien et le mal» (1 R3, 9). ll:9).

Par ce récit, la Bible veut nous indiquer ce qui en

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VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2011

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