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pu faire, sans le banquier, sans or,

sans signer aucune dette.

«J’ouvre un compte au nom de

chacun de vous. A droite, les cré-

dits, ce qui ajoute au compte; à

gauche, les débits, ce qui le dimi-

nue.

«On voulait chacun 200$ pour

commencer. D’un commun accord,

décidons d’écrire 200$ au crédit

de chacun. Chacun a tout de suite

200$.

«François achète des produits

de Paul, pour 10$. Je retranche 10

à François, il lui reste 190. J’ajoute

10 à Paul, il a maintenant 210.

«Jacques achète de Paul pour

8$. Je retranche 8 à Jacques, il

garde 192. Paul, lui, monte à 218.

«Paul achète du bois de Fran-

çois, pour 15$. Je retranche 15 à

Paul, il garde 203; j’ajoute 15 à

François, il remonte à 205.

«Et ainsi de suite; d’un compte

à l’autre, tout comme des dol-

lars en papier vont d’une poche à

l’autre.

«Si l’un de nous a besoin d’ar-

gent pour augmenter sa pro-

duction, on lui ouvre le crédit

nécessaire, sans intérêt. Il rem-

bourse le crédit une fois la produc-

tion vendue. Même chose pour les

travaux publics.

«On augmente aussi, périodi-

quement, les comptes de chacun

d’une somme additionnelle, sans

rien ôter à personne, en corres-

pondance au progrès social. C’est

u

le dividende national L’argent est

ainsi un instrument de service.»

18. Désespoir du banquier

Tous ont compris. La petite

nation est devenue créditiste. Le

lendemain, le banquier Martin

reçoit une lettre signée des cinq:

«Monsieur, vous nous avez

endettés et exploités sans aucune

nécessité. Nous n’avons plus besoin

de vous pour régir notre système

d’argent. Nous aurons désormais

tout l’argent qu’il nous faut, sans

or, sans dette, sans voleur. Nous

établissons immédiatement dans

l’île des Naufragés le système du

Crédit Social. Le dividende natio-

nal remplacera la dette nationale.

«Si vous tenez à votre rem-

boursement, nous pouvons vous

remettre tout l’argent que vous

avez fait pour nous, pas plus. Vous

ne pouvez réclamer ce que vous

n’avez pas fait.

Martin est au désespoir. C’est

son empire qui s’écroule. Les cinq

devenus créditistes, plus de mys-

tère d’argent ou de crédit pour

eux.

«Que faire? Leur demander

pardon, devenir comme l’un

d’eux? Moi, banquier, faire cela?...

Non. Je vais plutôt essayer de me

passer d’eux et de vivre à l’écart.»

19. Supercherie mise à jour

Pour se protéger contre toute

réclamation future possible, nos

hommes ont décidé de faire signer

au banquier un document attes-

tant qu’il possède encore tout ce

qu’il avait en venant dans l’île.

D’où l’inventaire général: la

chaloupe, la petite presse et... le

fameux baril d’or.

Il a fallu que Martin indique

l’endroit, et l’on déterre le baril.

Nos hommes le sortent du trou

avec beaucoup moins de respect

cette fois. Le Crédit Social leur a

appris à mépriser le fétiche or.

Le prospecteur, en soulevant le

baril, trouve que pour de l’or, ça ne

pèse pas beaucoup: «Je doute fort

que ce baril soit plein d’or», dit-il.

L’impétueux François n’hésite

pas plus longtemps. Un coup de

hache et le baril étale son contenu:

d’or, pas une once! Des roches —

rien que de vulgaires roches sans

valeur!...

Nos hommes n’en reviennent

pas:

— «Dire qu’il nous a mysti-

fiés à ce point-là, le misérable!

A-t-il fallu être gogos, aussi, pour

tomber en extase devant le seul

mot OR!»

— «Dire que nous lui avons

gagé toutes nos propriétés pour

des bouts de papier basés sur

quatre pelletées de roches! Voleur

doublé de menteur!»

— «Dire que nous nous sommes

boudés et haïs les uns les autres

pendant des mois et des mois

pour une supercherie pareille! Le

démon!»

A peine François avait-il levé sa

hache que le banquier partait à

toutes jambes vers la forêt.

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VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2011

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