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nation et je me fous de qui fait ses

lois». Je suis le maître de l’Île des

Naufragés, parce que je contrôle

son système d’argent.

«Je pourrais contrôler un uni-

vers. Ce que je fais ici, moi, Martin

Golden, je puis le faire dans le

monde entier. Que je sorte un

jour de cet îlot: je sais comment

gouverner le monde sans tenir de

sceptre.»

Et toute la structure du système

bancaire se dresse dans l’esprit ravi

de Martin.

12. Crise de vie chère

Cependant, la situation empire

dans l’Île des Naufragés. La pro-

ductivité a beau augmenter, les

échanges ralentissent. Martin

pompe régulièrement ses intérêts.

Il faut songer à mettre de l’argent

de côté pour lui. L’argent colle, il

circule mal.

Ceux qui paient le plus de taxes

crient contre les autres et haussent

leurs prix pour trouver compen-

sation. Les plus pauvres, qui ne

paient pas de taxes, crient contre

la cherté de la vie et achètent

moins.

Le moral baisse, la joie de vivre

s’en va. On n’a plus de cœur à

l’ouvrage. A quoi bon? Les pro-

duits se vendent mal; et quand

ils se vendent, il faut donner des

taxes pour Martin. On se prive.

C’est la crise. Et chacun accuse

son voisin de manquer de vertu et

d’être la cause de la vie chère.

Un jour, Henri, réfléchissant

au milieu de ses vergers, conclut

que le «progrès» apporté par le

système monétaire du banquier a

tout gâté dans l’Île. Assurément,

les cinq hommes ont leurs défauts;

mais le système de Martin nourrit

tout ce qu’il y a de plus mauvais

dans la nature humaine.

Henri décide de convaincre et

rallier ses compagnons. Il com-

mence par Jacques. C’est vite fait:

«Eh! dit Jacques, je ne suis pas

savant, moi; mais il y a longtemps

que je le sens: le système de ce

banquier-là est plus pourri que

le fumier de mon étable du prin-

temps dernier!»

Tous sont gagnés l’un après

l’autre, et une nouvelle entrevue

avec Martin est décidée.

13. Chez le forgeur de chaînes

Ce fut une tempête chez le

banquier:

— «L’argent est rare dans l’île,

monsieur, parce que vous nous

l’ôtez. On vous paie, on vous paie,

et on vous doit encore autant

qu’au commencement. On tra-

vaille, on fait de plus belles terres,

et nous voilà plus mal pris qu’avant

votre arrivée. Dette! Dette! Dette

par-dessus la tête!»

— «Allons, mes amis, raison-

nons un peu. Si vos terres sont

plus belles, c’est grâce à moi. Un

bon système bancaire est le plus

bel actif d’un pays. Mais pour en

profiter, il faut garder avant tout la

confiance dans le banquier. Venez

à moi comme à un père... Vous

voulez d’autre argent? Très bien.

Mon baril d’or vaut bien des fois

mille dollars... Tenez, je vais hypo-

théquer vos nouvelles propriétés

et vous prêter un autre mille dol-

lars tout de suite.»

— «Deux fois plus de dette?

Deux fois plus d’intérêt à payer

tous les ans, sans jamais finir?»

— «Oui, mais je vous en prêterai

encore, tant que vous augmente-

rez votre richesse foncière; et vous

ne me rendrez jamais que l’intérêt.

Vous empilerez les emprunts; vous

appellerez cela dette consolidée.

Dette qui pourra grossir d’année

en année. Mais votre revenu aussi.

Grâce à mes prêts, vous dévelop-

perez votre pays.»

— «Alors, plus notre travail

fera l’île produire, plus notre dette

totale augmentera?»

— «Comme dans tous les pays

civilisés. La dette publique est un

baromètre de la prospérité.»

14. Le loup mange

les agneaux

— «C’est cela que vous appelez

monnaie saine, monsieur Martin?

Une dette nationale devenue

nécessaire et impayable, ce n’est

pas sain, c’est malsain.»

— «Messieurs, toute mon-

naie saine doit être basée sur l’or

et sortir de la banque à l’état de

dette. La dette nationale est une

bonne chose: elle place les gouver-

nements sous la sagesse incarnée

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VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2011

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