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Au pays des Martyrs canadiens

conquête de la région. La petite flotte prit le large,

par eau calme, le 14 juin 1649. Il fallut plusieurs

jours pour faire les 25 milles (32.4 Km.) qui sépa-

raient Midland et de l’île St-Joseph.

Un nouveau fort fut rapidement érigé là, en

forme de carré de 72 pieds (22 mètres) de côté,

avec des redoutes aux quatre coins. Mais au lieu

de palissades de bois, des murs de pierre et de

mortier, de 14 pieds de hauteur. Les occupants

s’y sentaient mieux en sécurité contre les flèches,

les balles et la torche incendiaire des Iroquois.

Pères Garnier et Chabanel

Ce ne fut cependant pas la fin des épreuves. Dès

cette même année, deux autres Jésuites allaient à

leur tour subir le martyre.

Au sud-ouest de la Huronie vivait la tribu indienne

des Pétuns. Ils avaient d’abord repoussé et chassé

le Père Charles Garnier envoyé vers eux; mais plus

tard, ils vinrent eux-mêmes demander aux Jésui-

tes de les instruire de l’Evangile. Le Père

.

Garnier

y retourna et fonda chez eux la mission St-Jean

l’Évangéliste. En 1649, il y était encore, assisté du

Père Noël Chabanel.

Le Supérieur des missions huronnes, ayant eu

vent d’une nouvelle approche des Iroquois, ne

voulut pas laisser deux Pères exposés dans cette

mission la plus au sud. Il ordonna au Père Chabanel

de se rendre à l’Ile St-Joseph (nouvelle mission Ste-

Marie). Le religieux quitta la mission St-Jean l’Évan-

géliste le 5 décembre.

Deux jours plus tard, le 7 décembre, vers trois

heures de l’après-midi, les Iroquois envahissent

cette mission St-

Jean et le massa-

cre commence. Le

Père Charles Gar-

nier,

resté seul, va à

l’église, y trouvequel-

ques chrétiens, leur

dit: «Nous sommes

morts, mes frères,

fuyez vite par où vous

pourrez, gardez votre

foi et que la mort

vous trouve pensant

à Dieu.» Il les bénit et

sort pour donner ses

secours spirituels à

ceux qui meurent. Il

court, baptisant les catéchumènes et les enfants. Il

refuse de fuir, bien qu’on lui indique une issue, tant

qu’il y a des âmes à préparer pour le ciel.

Le Père Charles Garnier reçoit bientôt une

balle dans la poitrine, puis une autre dans le bas-

ventre. Tombant dans son sang et dépouillé de

ses vêtements par le barbare qui l’avait abattu, il

voit un autre mourant à une douzaine de pas de

lui. Rassemblant ses forces, le Père se met sur les

genoux, réussit deux ou trois pas, mais

retombe.I

l  recommence, mais tombe encore. Il reçoit

alors deux coups de hache, sur chaque tempe,

qui lui enfoncent la cervelle. Son corps nu est

resté sur la place. Le lendemain, les Iroquois étant

repartis, les deux Pères de la mission voisine

de St-Mathias viennent à St-Jean, trouvent le

corps qu’ils enterrent au lieu même où avait été

l’église devenue la proie complète des flammes.

Quant au

Père

Noël Chabanel

, le

jour même où les Iro-

quois entraient dans

la bourgade qu’il avait

quittée sur ordre de

son supérieur, il pas-

sait à la mission St-

Mathias, un peu au

nord de celle de St-

Jean l’Évangéliste, y

saluait les deux Pères

résidents et repre-

nait sa route, en com­

pagnie de quelques

Hurons. Il n’atteignit

jamais la destination

assignée.

On sut plus tard qu’après avoir fait une vingtaine

de milles vers la rivière Nottawasaga, la nuit étant

tombée, il se mit en prières pendant que les Hurons

qui l’accompagnaient se reposaient. Entendant

vers minuit les cris et chants de guerre d’Iroquois,

il réveilla ses compagnons qui prirent tous la fuite,

sauf un. Celui-là était un ancien chrétien apostat. Les

deux se remirent en route, mais après avoir traversé

la Nottawasaga, l’apostat tua le Père Chabanel pour

le dépouiller et jeta le corps dans la rivière.

Les Hurons, fuyant de plus en plus leurs villages

sous la terreur causée par les incursions iroquoises,

se réfugièrent en grand nombre à l’Ile aux Chré-

tiens. Ils y furent jusqu’à 6,000. Ceux qui n’étaient

pas encore chrétiens se convertirent tous.

Mais les conditions de vie y devinrent épou­

vantables. Sol pauvre. Et presque pas de récolte

cette année-là. D’autre part, les Iroquois décidèrent,

non pas d’attaquer cette place assez bien fortifiée,

mais de cerner l’Ile et réduire les derniers Hurons à

la mort par la faim. De fait, l’hiver les vit mourir par

centaines. Ceux qui voulaient aller à la chasse sur

la terre ferme se voyaient abattre ou emmener en

captivité. La même chose pour ceux qui voulurent

aller à la pêche au printemps.

Les Hurons n’étaient plus, pour la plupart,

que des squelettes attendant la mort. On en vit

qui, poussés par l’atrocité de la faim, allèrent

jusqu’à dévorer les cadavres de leurs compa­

triotes.

La Huronie abandonnée

Au printemps, deux des plus anciens capitaines

de la tribu vinrent conférer avec les missionnaires.

Les deux capitaines suggérèrent plutôt d’aller vivre

à l’abri du fort de Québec.

Cette dernière idée prévalut. Et le 10 juin 1650, un

convoi comprenant 13 Pères, 4 Frères, 22 «donnés»,

quelques engagés, 6 soldats et 300 Hurons, se met-

tait en route pour Québec. Voyage dont le but fut

atteint au bout de six semaines.

Tout, en Huronie fut abandonné aux forces de la

nature. Un long silence de 150 ans, jusqu’à ce que

des colons venus du Québec (surtout des comtés

de Champlain et Nicolet) et d’Ontario viennent défri-

cher une terre dont ils se croyaient les premiers

occupants. Ils ne tardèrent pas à y trouver de multi-

ples vestiges de l’époque huronne.

La Huronie n’est plus. Mais admirons les desseins

de Dieu qui embrasse à la fois le passé, le présent

et le futur. Depuis des années, peut-être depuis des

siècles, Iroquois et Hurons étaient en guerre pres-

que continuelle, les uns et les autres dans la totale

ignorance du vrai Dieu, du Christ Rédempteur, du

grand message évangélique. Le Dieu de toute bonté

voulut ouvrir grandes les portes de son ciel aux der-

niers sujets de la nation qui allait disparaître sous

les coups d’un ennemi plus fort et impitoyable.

Des Hurons conduits au Ciel

En termes de calculs humains, on serait tenté

de trouver disproportionnée la somme des efforts,

des distances parcourues, des vies dépensées, des

souffrances supportées, des sueurs versées, des

tourments subis, du sang répandu, pour une mis-

sion qui n’a pas duré le temps d’une génération.

C’est mal peser les choses de Dieu. Disons d’abord

que la mission huronne fut un beau succès, avec

ses milliers de chrétiens faits dans ce laps de 25

années. Des milliers de Hurons conduits au Ciel

pour toute l’éternité ! Que sont, en face de cette

bienheureuse éternité, les péripéties changeantes

de la vie des hommes et des nations, ou le déroule-

ment des civilisations qui se sont succédé au cours

de l’histoire?

Puis, l’œuvre des martyrs et de leurs confrères a

de beaucoup dépassé la période de leur apostolat

en Huronie. Leurs mérites ont enrichi le trésor spi-

rituel de l’Eglise, dont nous sommes tous bénéfi-

ciaires. La Nouvelle-France encore au berceau avait

besoin de protecteurs au Ciel: qui pouvait mieux s’y

intéresser que ses enfants martyrisés pour leur foi

et leur dévouement à la propagation de cette foi sur

ce continent ? Le sang du premier de ces martyrs

était versé l’année même de la fondation de Ville-

Marie (1642).

Le Canada a grandi depuis. C’est maintenant

un grand pays de plus de 33 millions d’habitants

et d’une richesse matérielle que bien des pays

plus anciens envient. Un développement rapide

en quatre siècles. Mais du côté enrichissement

spirituel, que de lacunes n’a-t-on pas à déplorer ?

Eh bien, que le souvenir des grandes âmes qui en

furent les fondateurs et les premiers apôtres nous

inspire. Invoquons-les. Invoquons d’un culte spé-

cial les saints martyrs canadiens, que le Pape Pie XI

a canonisés et que le Pape Pie XII a déclarés officiel-

lement «Seconds Patrons du Canada», saint Joseph

en étant le principal et premier en date, depuis le 19

mars 1623.

Saints Martyrs canadiens, priez pour nous, aidez-

nous à pratiquer un peu de vos vertus, intercédez

pour notre peuple.

LOUIS EVEN

(suite de la page 5)

Lumineuses conférences

sur les problèmes

de la crise économique

Maison de l’Immaculée, Rougemont

Chaque mois aux dates suivantes:

27 mars. 24 avril

10 heures a.m.: Ouverture. Chapelet

Rapports des apôtres revenant de mission

Midi: dîner dans le réfectoire de la Maison de

l’Immaculée, chacun apporte ses provisions.

1.30 à 4.30 heures p.m. Conférences

3.30 hres p.m. Confessions

5.00 hres p.m. Sainte Messe à la chapelle de

la Maison de l’Immaculée.

6.15 hres p.m. souper avec ses provisions

Aux réunions de Vers Demain, tous se pré-

sentent modestement vêtus. Les dames en

robe non décolletée (pas plus d’un pouce en

bas du cou) à manches dépassant le coude et à

jupe couvrant les genoux. Messieurs et dames

en shorts ne sont pas admis.

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VERS DEMAIN mars-avril 2011

VERS DEMAIN mars-avril 2011

www.versdemain.org www.versdemain.org

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