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Au pays des Martyrs canadiens

(suite de la page 3)

(suite en page page 6)

rendirent en poussant des hurlements. Le Père bap-

tisa en hâte ceux qui ne l’étaient pas encore et les

exhorta: «Fuyez, et portez votre foi avec vous jusqu’à

la mort. Pour moi, je dois rester et assister ceux qui

tombent. Nous nous reverrons au ciel.»

Sortant, encore revêtu de son aube blanche,

son apparition figea un instant les Iroquois pour

qui «missionnaire» signifiait «robe-noire». Mais se

reprenant, ils le criblèrent de flèches, puis une balle

lui transperça la poitrine. Non assouvis, ils se jetè-

rent sur le cadavre, le dépouillèrent de ses vête-

ments et le rouèrent de coups. Quand le feu gagna

l’église, ils jetèrent le corps du martyr dans les flam-

mes. Cet “attardement” autour d’un cadavre permit

à plusieurs Hurons de prendre la fuite. Le nombre

des tués ou prisonniers fut d’environ 700, mais un

bon nombre d’autres avaient pu gagner la forêt,

et plusieurs cherchèrent refuge à Sainte-Marie.

Pères Brébeuf et Lalemant

Au printemps suivant, le 16 mars 1649, environ

1,000 Iroquois, la plupart armés de fusils reçus des

Hollandais, attaquaient à l’improviste la bourgade

St-Ignace. Ils étaient montés de leur pays pendant

les mois d’hiver, faisant 600 milles à travers les bois

et chassant en chemin.

Il n’y avait pas de Pères résidents à St-Ignace.

Cette bourgade et quatre autres assez voisines

étaient confiées aux Pères Jean de Brébeuf et

Gabriel Lalemant, établis à St-Louis, entre Ste-Marie

et St-Ignace.

Les Iroquois massacrèrent la population de St-

Ignace et brûlèrent les maisons, mais épargnèrent

la palissade, pour pouvoir trouver un abri au cas où

ils seraient repoussés dans leur avance projetée sur

St-Louis.

Trois hommes seulement purent s’échapper de

St-Ignace et portèrent l’alarme à St-Louis. La fuite

commença, surtout des femmes et des enfants, de

cette deuxième bourgade. Des courageux, environ

80, résistèrent aux envahisseurs, ainsi que d’autres

chrétiens accourus de Conception et de Ste-Made-

leine. Mais les Iroquois, beaucoup plus nombreux,

eurent le dessus, puis retournèrent à St-Ignace,

emmenant avec eux le Père Brébeuf et le Père Lale-

mant, pour les torturer.

Ce fut horrible. A peine pris, les deux mis­

sionnaires avaient été dépouillés de leurs vêtements

et avaient eu leurs ongles arrachés. On les reçut

au bourg de St-Ignace par des coups de bâtons

sur toutes les parties du corps. Ils furent attachés

chacun à un poteau. L’un eut les mains coupées;

l’autre se vit percer d’halènes aiguës et de pointes

de fer. On versait de l’eau bouillante sur leurs plaies

pour se moquer du sacrement de baptême. Les

barbares faisaient rougir des haches au feu et les

partout pour le missionnaire qui avait tant souffert

pour le Christ.

Entre autres traitements barbares subis, il avait

eu le pouce et l’index de la main gauche broyés et

coupés sous les dents d’Iroquois, ce qui, d’après les

règlements de l’Eglise, lui interdisait désormais de

célébrer la sainte messe. Mais le Pape Urbain VIII,

mis au courant, se hâta de lui accorder un indult lui

permettant de célébrer avec ses doigts mutilés: «Il

serait injuste, dit le Pape, qu’un martyr du Christ ne

pût pas boire le sang du Christ.» Cette permission

fut une grande joie pour le Père Jogues.

C’est en janvier 1644 que le Père avait abordé

en Bretagne. Dès le printemps de la même

année, il reprenait la

mer pour le Canada.

Il retourna, en effet, au

pays de ses souffrances,

en 1646, cette fois avec

le «donné»

Jean de la

Lande

. Dès que lui et son

compagnon mirent pied

à terre en Iroquoisie, ils

furent saisis et emmenés

prisonniers, torturés, puis

décapités: le Père Jogues,

le 18 octobre; Jean de la

Lande, le lendemain.

En Huronie: Père Daniel

Pendant ce temps-là, le travail des missionnaires

continuait de produire de beaux fruits dans les 32

bourgades de la Huronie. Une trentaine de Pères y

exercèrent leur apostolat. Les chrétiens s’y comp-

tèrent bientôt en centaines, puis en milliers. Mais

l’heure approchait d’un holocauste qui allait être

total pour cette jeune chrétienté.

A la fin de juin 1648, une bande d’Iroquois fit

irruption à la mission

Saint-Joseph. Le Père

Antoine Daniel achevait

sa messe. Les envahis-

seurs mettaient le feu aux

demeures massacraient

ou faisaient captifs les

habitants qui ne réussis-

saient pas à s’enfuir dans

les bois.

Apprenantquenombre

de chrétiens et de caté-

chumènes remplissaient

l’Eglise, les Iroquois s’y

pour des retraites spirituelles en même temps que

pour une récupération de leurs forces physiques.

Le fort Sainte-Marie fut aussi un centre où affluaient

des Hurons pour des recours de toutes sortes.

Ce développement missionnaire en Huronie ne

veut pas dire que les Jésuites laissaient de côté les

autres tribus indiennes. Pas même les féroces Iro-

quois dont la Nouvelle-France naissante eut particu-

lièrement à souffrir. C’est d’ailleurs au pays même

des Iroquois qu’allaient tomber les trois premiers

des huit martyrs canonisés: le Père Isaac Jogues, le

frère René Goupil et le «donné» Jean de la Lande.

Le 1

er

août 1642, le

Père Isaac Jogues

partait

du poste des Trois-Riviè-

res pour retourner en

Huronie, en compagnie

de Hurons et du Français,

René Goupil.

Dès le 2 août, le

groupe rencontrait des

Iroquois bien armés...

Isaac Jogues et René

Goupil furent pris et

emmenés comme pri-

sonniers. Brutalisés et

sous la menace conti-

nuelle d’être abattus,

ils finirent par servir de bêtes de somme à des

familles iroquoises. C’est alors que René Goupil

supplia le Père Jogues d’exaucer le désir qu’il avait

eu toute sa vie d’être admis dans la Compagnie de

Jésus et de recevoir les trois vœux de religion qu’il

ferait à Dieu. Ce qui eut lieu. Quelque temps après,

René Goupil fut assommé par un Iroquois, parce

qu’il faisait trop souvent le signe de la croix, s’étant

même permis de le faire sur le front d’un enfant.

Le premier martyr canadien tombait ainsi en terre

iroquoise, le jour de la fête de saint Michel, le 29

septembre 1642.

Quant au Père Isaac Jogues, il resta plus d’un

an en captivité chez les Iroquois. Il fut alors racheté

d’eux par les Hollandais de fort Orange (Albany

actuel), envoyé à New Amsterdam (New York

actuel), de là à Falmouth, en Angleterre. Un petit

bateau charbonnier le transporta sur les côtes de

Bretagne.

Un brave homme le conduisit au collège des

Jésuites de Rennes, capitale de la Bretagne. On

devine la suite: l’accueil empressé, la nouvelle qui

se répandit dans toute la France, le respect marqué

Père Antoine Daniel

appliquaient sous les aisselles et sur les reins des

deux martyrs. Ils leur mirent au cou un collier de

ces haches rougies, les unes pendant en avant sur

la poitrine, les autres sur

le dos: pas un mouve-

ment qui ne leur causât

d’atroces souffrances.

Comme le Père Jean

de Brébeuf

continuait

de parler de Dieu, ses

bourreaux lui cernèrent

la bouche, lui coupèrent

le nez, lui arrachèrent les

lèvres.

Ils crevèrent les yeux

du Père Lalemant et lui

appliquèrent des char-

bons ardents dans les orbites. Furieux de voir leurs

victimes continuerde prier Dieu, ils leur grillèrent la

langue enmettant dans leur bouche des tisons et des

morceaux d’écorce enflammés. Ils tailladèrent des

lambeaux de chair dans leurs corps encore vivants.

Le

Père Jean de Brébeuf

rendit l’âme ce 16 mars,

vers 4 heures du soir. Il avait eu la peau du crâne

arrachée de la tête, les pieds coupés et les cuisses

décharnées jusqu’aux os.

Le martyre du Père Lalemant commença plus tard,

vers 6 heures du même jour, et dura jusqu’à 9 heures

du lendemain matin, 17 mars. Il reçut sur l’oreille

gauche un coup de hache qui mit la cervelle à nu.

Les Iroquois projetaient de poursuivre et porter

leur attaque sur le fort Ste-Marie. Tous les résidents

se préparaient à la défense; mais ils recouraient sur-

tout à la prière, suppliant saint Joseph de les proté-

ger. Or, le jour même de la fête de saint Joseph, 19

mars, les barbares, pris soudain d’une panique inex-

plicable, s’enfuirent en vitesse vers le sud. Après ce

départ, les Pères envoyèrent deux «donnés» cher-

cher à St-Ignace les corps des deux martyrs pour

les inhumer à la résidence de Ste-Marie. Ils purent

constater sur les deux corps la véracité de tous les

détails rapportés ci-dessus.

A l’Île aux Chrétiens

C’est à la suite de ces événements que les Pères

et les chefs des Hurons jugèrent la région trop expo-

sée à de futures incursions iroquoises. De concert,

ils décidèrent de déménager la maison centrale à

l’île appelée alors Île St-Joseph, et par la suite Île aux

Chrétiens.

Les Pères firent charger sur des radeaux, dans

la baie de Midland, tout ce qu’ils voulaient garder;

y compris les restes des deux martyrs. Après quoi

ils mirent eux-mêmes le feu au fort qu’ils quittaient,

afin qu’il ne soit pas utilisé par les Iroquois dans leur

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VERS DEMAIN mars-avril 2011

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