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Personne n’aime à

payer des taxes, mais

la plupart des gens

s’imaginent

qu’elles

sont malgré tout né-

cessaires. Pourtant, si

le système financier

était conforme au réel,

les taxes et impôts

n’auraient

aucune

raison d’exister.

En effet, lorsqu’on

taxe les citoyens, on leur enlève de l’argent des-

tiné à l’achat de biens de consommation, dans

le but de financer la production de biens publics.

C’est comme si on privait les gens de beurre dans

le but de construire une route. Cela est contraire

aux faits, puisque le pays est capable de produire

les deux à la fois, la route et le beurre; la route

peut être construite sans que la production de

beurre soit diminuée.

On est donc capable de produire les deux

choses à la fois, biens privés et biens publics. Si

la capacité de payer était conforme à la capacité

de produire, on devrait donc aussi être capable

de payer les deux en même temps. Si cela n’est

pas le cas aujourd’hui, c’est précisément parce

que le système financier n’est pas conforme au

réel, parce que l’argent est toujours plus rare que

les produits.

Le vice du système actuel

Pourquoi l’argent est-iI toujours plus rare que

les produits ? Pourquoi la capacité de payer ne

correspond-elle pas à la capacité de produire?

Le vice du système financier actuel, c’est qu’au

Canada — et dans tous les pays du monde —

l’argent est créé par les banques, sous forme de

dette: la banque crée et prête 10, mais à cause

de l’intérêt, elle exige le remboursement de 11.

Le onzième dollar n’existe pas, puisque seule la

banque a le droit de créer l’argent, et qu’elle n’a

créé que 10, pas 11. Le seul moyen de rembour-

ser 11 quand il n’existe que 10, c’est d’emprun-

ter aussi ce onzième dollar à la banque... et les

dettes s’accumulent. C’est ce qui fait aussi que

tous les pays du monde sont aux prises avec des

dettes impayables.

Pourtant, ce n’est pas le banquier qui donne à

l’argent sa valeur, mais la capacité de production de

la société: sans la production de tous les citoyens

du pays, les chiffres prêtés par le banquier ne vau-

draient absolument rien. Donc, en réalité, puisque

cet argent nouveau est basé sur la capacité de pro-

duction de la société, cet argent appartient aussi

à la société. Mais le banquier agit comme si cet

argent lui appartenait, le prête et réclame un inté-

rêt sur ce prêt: c’est un double vol.

Solution: un argent social

Puisque l’argent nouveau

,

appartient à la

société, la simple justice demande qu’il soit

émis aussi par la société, et non par les banques.

C’est exactement ce que propose le système dit

du «Crédit Social», un ensemble de proposi-

tions financières énoncées pour la première fois

en 1917 par l’ingénieur écossais Clifford Hugh

Douglas: au lieu d’avoir un argent créé par les

banques, un crédit bancaire, on aurait un argent

créé par la société, un crédit social.

Il est bon de rappeler ici, surtout pour les

nouveaux lecteurs de Vers Demain, que toutes

les fois où il est fait mention dans ce journal de

«Crédit Social», on ne parle pas de partis politi-

ques pouvant porter ce nom, mais des proposi-

tions financières de C.H. Douglas, propositions

qui pourraient être appliquées par n’importe quel

parti politique au pouvoir.

Comptabilité exacte

De quelle manière serait émis cet «argent

social»? Le gouvernement nommerait une com-

mission de comptables, un organisme indépen-

dant appelé «Office National de Crédit», qui serait

chargé d’établir une comptabilité exacte, où l’ar-

gent ne serait que le reflet exact des réalités éco-

nomiques: l’argent serait émis au rythme de la

production, et retiré de la circulation au rythme

de la consommation. On aurait ainsi un équilibre

constant entre la capacité de produire et la capa-

cité de payer, entre les prix et le pouvoir d’achat.

Cette manière d’émettre l’argent n’implique

donc aucun contrôle du gouvernement: l’argent

ne serait pas émis selon les caprices des comp-

tables ou des hommes au pouvoir, mais selon les

statistiques de la production et de la consomma-

tion, selon ce que les Canadiens produisent et

consomment.

Dividende

De plus, parce que les salaires ne sont pas suf-

fisants pour acheter toute la production existante,

l’Office National de Crédit distribuerait à chaque

citoyen un dividendemensuel, une somme d’argent

pour combler le pouvoir d’achat, et pour assurer à

chacun une part des biens du pays. Ce dividende

serait basé sur les deux plus grands facteurs de la

production moderne: l’héritage des richesses natu-

relles et des inventions des générations passées,

tous deux dons gratuits de Dieu, qui appartiennent

donc à tous. Ceux qui seraient employés dans la

production recevraient encore leur salaire, mais

tous, salariés comme non-salariés, recevraient un

dividende. Au Canada, ce dividende pourrait être

de 1000$ par mois à chaque citoyen.

Finance des travaux publics

Et comment se ferait le financement des ser-

vices et travaux publics avec un tel système d’ar-

gent social? Chaque fois que la population dési-

rerait un nouveau projet public, le gouvernement

ne se demanderait pas: «A-t-on l’argent ?»,

mais: «A-t-on les matériaux, les travailleurs pour

le réaliser ?» Si oui, l’Office National de Crédit

créerait automatiquement l’argent nécessaire

pour financer cette production nouvelle.

Supposons que la population désire un nou-

veau pont, dont la construction coûte 50$ millions.

L’Office National de Crédit crée donc 50$ millions

pour financer la construction de ce pont. Et puis-

que tout argent nouveau doit être retiré de la circu-

lation lors de la consommation, ainsi l’argent créé

pour la construction du pont devra être retiré de la

circulation lors de la consommation de ce pont.

De quelle manière un pont peut-il être

«consommé» ? Par usure ou dépréciation. Sup­

posons que les ingénieurs qui ont construit ce

pont prévoient qu’il va durer 50 ans. Ce pont

perdra donc un cinquantième de sa valeur à

chaque année: puisqu’il a coûté 50$ millions à

construire, il subira donc une dépréciation de

1$ million par année. C’est donc 1$ million qui

devront être retirés de la circulation à chaque

année, pendant 50 ans.

Est-ce que ce retrait d’argent se fera par les

taxes ? Non, cela n’est nullement nécessaire, dit

Douglas, il existe une autre méthode bien plus

simple pour retirer cet argent de la circulation,

celle de l’ajustement des prix (appelée aussi

escompte compensé). Douglas disait à Londres,

le 19 janvier 1938: «Le système de taxation,

avec sa complexité, son caractère irritant, avec

les centaines de personnes qu’il emploie, est un

gaspillage complet de temps. Tous les résultats

qu’il est supposé fournir pourraient être accom-

plis sans aucune comptabilité, par le simple

mécanisme d’ajustement des prix.»

Ajustement des prix

De quelle manière cet ajustement des prix

fonctionnerait-il ? L’Office National de Crédit

serait chargé de tenir une comptabilité exacte de

l’actif et du passif de la nation. Cela ne néces-

site que deux colonnes: d’un côté, on inscrirait

donc tout ce qui est produit dans le pays durant

la période en question (l’actif), et de l’autre, tout

ce qui est consommé (le passif). Le 1$ million de

dépréciation annuelle du pont, de l’exemple men-

tionné précédemment, sera donc inscrit dans la

colonne “consommation” et ajouté à toutes les

autres sortes de consommation ou disparition de

richesses au pays durant l’année.

Douglas fait remarquer que le vrai coût de

la production, c’est la consommation. Dans

l’exemple du pont, le prix comptable était de 50$

millions. Mais le prix réel du pont, c’est tout ce

qu’il a fallu consommer pour le produire. Et s’il

est impossible de déterminer pour un seul pro-

duit quel a été son prix réel, on peut, par contre,

facilement savoir quel a été, durant une année,

le prix réel de toute la production du pays: c’est

tout ce qui a été consommé dans le pays durant

la même période.

Ainsi, si les comptes nationaux du Canada

montrent que, dans une année, la production

totale du pays, privée et publique, a été de 400$

milliards, et que, pendant la même année, la

consommation totale a été de 300$ milliards, cela

veut dire que le Canada a été capable de produire

pour une valeur de 400$ milliards de biens et ser-

vices, tout en ne dépensant, ou consommant, que

pour une valeur de 300$ milliards. Autrement dit,

qu’il en a coûté réellement 300$ milliards pour

produire ce que la comptabilité des prix établit à

400$ milliards.

Le vrai prix de la production est donc 300$

milliards. La population doit donc pouvoir obte-

nir le fruit de son travail, la production de 400$

milliards,

en payant seulement 300$ milliards. Car

il a bien été dit plus tôt que l’argent doit être retiré

selon la consommation: s’il s’est consommé pour

300$ milliards de biens et services au pays, on ne

doit retirer de la circulation que 300$ milliards, ni

plus ni moins.

Comment administrer un pays sans taxes

par

Alain Pilote

(suite en page 20)

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VERS DEMAIN mars-avril 2011

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