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Il demanda au directeur du théâtre de ne plus lui

confier de rôle. Il se consacrerait désormais exclusive-

ment au Dieu Vivant, et le «seul drame qu’il jouerait à

l’avenir est celui du sacrifice du Christ.»

Le cardinal Sapieha avait mis sur pied un séminai-

re clandestin, afin de pouvoir remplacer les pauvres

prêtres et religieux qui deviendraient martyrs du régi-

me. En effet, 1932 prêtres, 850 moines, 290 religieuses

allaient mourir pendant la durée du conflit.

En rejoignant les rangs des séminaristes clandes-

tins du Cardinal Sapieha, Karol Wojtyla entrait dans un

système bien organisé. Chaque étudiant était suivi par

un professeur. Les étudiants avaient pour instruction

de ne rien changer à leurs activités. L’archevêque té-

moignait une attention particulière au jeune Wojtyla, il

l’invitait à servir la messe à la chapelle de l’archevêché

et, souvent, ils prenaient le petit déjeuner ensemble.

Karol Wojtyla continuait à travailler à l’usine Sol-

vay et il habitait toujours chez lui. Il préférait travailler

en équipe de nuit, car il pouvait profiter du calme qui

régnait dans l’usine pour s’isoler plus facilement. Ses

collègues le voyaient s’agenouiller, aux alentours de

minuit. Certains se moquaient de lui et l’appelaient

le «petit prêtre» et ils le bombardaient de morceaux

d’étoupe ou d’autres rebuts, pendant qu’il était en

prière. Il ne s’en offusquait pas.

Il continuait à lire son bréviaire et un autre livre,

qui devait avoir une profonde influence sur lui: Le Trai-

té de la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge Marie, de

saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

Il eut plus de difficulté avec le volumineux manuel

de philosophie que son directeur d’étude lui donna à

étudier: Théologie naturelle, par le Père Kazimierz. Le

livre était pour lui comme un bloc de granit. «Je m’as-

seyais près de la chaudière et j’essayais de compren-

dre quelque chose, j’en ai pleuré», dit le jeune sémi-

nariste. Après deux mois, il put déclarer: «Ce livre m’a

finalement ouvert un monde entièrement nouveau. Il

m’a montré une nouvelle approche de la réalité, et il

m’a fait découvrir des problèmes que je n’avais juste

qu’entrevus alors.»

Un pape philosophe était né parmi les tuyaux et

chaudières de l’usine Solvay, disent ses biographes.

Il faisait chaque jour une longue marche pour se

rendre sur la tombe de son père et, le soir, il se jetait

souvent sur le sol de sa chambre pour prier pendant

des heures.

Le 1er août 1944, ce fut la grande révolte de Varso-

vie. Les SS de la Gestapo passèrent les rues des villes

au peigne fin. Karol Wojtyla était dans sa chambre mi-

nuscule. En entendant les cris des soldats allemands,

il se mit à prier, étendu sur le sol. Il entendit les sol-

dats monter l’escalier; mais dans leur précipitation, ils

passèrent devant la porte sans le voir. Plus de 200,000

personnes y ont laissé leur vie dans ce massacre.

Fin de la guerre

Le 1er mai 1945, ce fut la fin de la guerre avec les

nazis. Mais ce ne fut pas une libération pour la Polo-

gne. Elle fut trahie par le traité de Yalta et concédée

par nos «Grands» à l’Empire soviétique. Du joug des

nazis, elle est tombée tout de suite sous le joug des

communistes qui furent plus barbares encore.

Karol Wojtyla demanda la permission à Mgr Sa-

pieha d’entrer chez les Carmes. L’archevêque répon-

dit: «La guerre est finie, nous manquons de prêtres, et

nous avons terriblement besoin de Karol Wojtyla dans

le diocèse», puis il ajouta: «et plus tard, c’est l’Eglise

tout entière qui aura besoin de lui.»

Karol Wojtyla, jeune prêtre

Le 1er novembre 1946,

jour de la Fête de tous les

Saints, dans la chapelle

de l’évêché, le Cardinal

Sapieha ordonna Karol

Wojtyla prêtre.

Son ancien maître, le

bon Père Kazimierz Figlewi-

cz, était chargé de guider

le nouveau prêtre pendant

la célébration de la Messe

et de le soutenir alors qu’il

est confronté, pour la pre-

mière fois, à la formidable

puissance qui s’exprime dans la transformation du

pain et du vin, au Corps et au Sang du Christ.

Le lendemain, il célébra sa première messe dans

la cathédrale de Wawel. «Fecit mihi magna» «Il a fait

pour moi de grandes choses», écrira-t-il sur sa carte

de remerciements offerte à ses amis.

En juin 1948,

l’abbé Wojtyla re-

venait de Rome

après deux années

d’étude sur la phi-

losophie de saint

Thomas d’Aquin et

des mystiques espa-

gnols, pour retrou-

ver une Pologne en

pleine transforma-

tion par les commu-

nistes. Les activités

de l’Eglise polonaise

étaient circonscrites.

Le jeune prê-

tre fut nommé à la

paroisse rurale de

Niegowici, à 50 kilo-

mètres de Cracovie.

Là dans ce petit vil-

L’abbé Wojtyla veillant sur les

5 500 âmes de sa paroisse

u

lage, l’abbé Wojtyla vit pour la première fois le

stalinisme à l’oeuvre. La police secrète voulait dé-

manteler l’Association des jeunes catholiques, et

la remplacer par la section des jeunes socialistes.

En mars 1949, l’archevêque Sapieha rappela

l’abbé Wojtyla à Cracovie, à la paroisse universi-

taire de St-Florian. Quelque cinquante ans plus

tard, Jean-Paul II devait reconnaître que l’expé-

rience la plus remarquable de ses débuts avait été

de découvrir l’importance primordiale de la jeu-

nesse. «C’est une période de la vie donnée par la

Providence à chacun et donnée comme une res-

ponsabilité, dit-il. Pendant cette période, le jeune

ne cherche pas seulement un sens à la vie, mais

aussi une façon concrète de vivre cette vie, il veut

exister par lui-même.» Tout pasteur doit reconnaî-

tre cette caractéristique en chaque jeune garçon

et en chaque jeune fille. «Il doit aimer cet aspect

fondamental de la jeunesse.»

Karol Tarnowski, alors étudiant, se souvient

de la façon dont l’abbé Wojtyla entendait ses

confessions. Elles duraient parfois plus d’une

heure. «Il savait écouter et il était prêt à répondre

à d’innombrables questions.»

«Le moment de la confession est le cou-

ronnement de notre activité apostolique», dit

le Pape. «Il s’agit donc de savoir si on peut pré-

server les valeurs apostoliques. Faute d’une vie

intérieure profonde, le prêtre se transformera

peu à peu en bureaucrate, et son apostolat, en

routine paroissiale, uniquement consacré aux

problèmes du quotidien.»

En 1956, Wladislaw Gomulka, un communiste

antistalinien, qui venait de passer 8 ans en pri-

son, parvint au pouvoir. De nombreux prisonniers

politiques polonais, dont le Cardinal Wyszynski,

furent libérés.

Karol Wojtyla, évêque

Le 8 juillet, le Car-

dinal Wyszynski fit

venir l’abbé Wojtyla

à son bureau. Il lui

présenta une lettre

intéressante venant

du Saint-Père. Il la lui

fit lire:

«A la demande

de Mgr Basiak, arche-

vêque, je nomme le

père Karol Wojtyla,

évêque auxiliaire de

Cracovie. Ayez l’ama-

bilité de me notifier

votre accord.»

«Acceptez-vous cette nomination?»

«Où dois-je signer ?»

répondit le jeune prêtre,

sans hésitation.

Comme tout évê-

que, Karol Wojtyla

doit se choisir une

devise et une armoi-

rie. Son armoirie

représente la Vierge

Marie (la lettre «M»)

au pied de la Croix.

Sa devise, en latin Totus tuus (Je suis tout à toi)

est tirée du livre Traité de la vraie dévotion à Marie

de saint Louis Marie de Montfort, que Karol lisait si

avidement lorsqu’il travaillait à l’usine Solvay. Cette

devise montre que Karol s’était consacré à la Vierge

Marie, et qu’il lui appartenait totalement.

Le 9 octobre, le Pape Pie XII mourait. Le 28 octo-

bre, le Cardinal Angelo Giuseppe Roncalli, était élu

Pape et il prit le nom de Jean XXIII. Moins de 3 mois

plus tard, le nouveau Pape convoqua le Concile oecu-

ménique. Le jeune prélat, Mgr Wojtyla, était parmi les

2594 invités.

Mgr Wojtyla devint archevêque de Cracovie, le 30

décembre 1963. Les autorités communistes se sont

réjouis de la nomination de Mgr Wojtyla, croyant qu’il

serait plus malléable que le Cardinal Wyszynski. Un

dissident de l’église catholique, le Père supérieur bé-

nédictin, était emprisonné à Gdansk, il reçut la visite

du commandant de la prison: «Nous venons de rece-

voir une excellente nouvelle, Wojtyla a été nommé

métropolite de Cracovie. Trois mois plus tard, il revint

dans la même cellule et dit: «Ce Wojtyla nous a trom-

pés.»

L’archevêque de Cracovie ne se laissait pas sé-

duire par les tendances progressistes, voire gauchis-

tes, qui gagnaient même certains milieux religieux, et

dans lesquels nombre de Cardinaux de la curie dis-

cernaient le redoutable courant de la sécularisation

et du marxisme.

«Le contrôle de soi-même est la pierre de touche

de la valeur d’une personne», disait Mgr Wojtyla à ses

ouailles.

Le 29 mai 1967, Mgr Wojtyla est créé cardinal par

le Pape Paul VI. Il sera nommé ensuite secrétaire du

Synode des Évêques à Rome, et servira au sein de

À 38 ans, Karol devient

le plus jeune évêque de

Pologne.

Saint Louis Marie de Montfort

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2011

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