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«Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement

de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur !» (Lc

1, 45). La béatitude de la foi a son modèle en Marie

et nous sommes tous heureux que la béatification

de Jean-Paul II advienne le

premier jour du mois ma-

rial, sous le regard mater-

nel de Celle qui, par sa foi,

soutient la foi des Apôtres

et soutient sans cesse la

foi de leurs successeurs,

spécialement de ceux qui

sont appelés à siéger sur

la chaire de Pierre. Marie

n’apparaît pas dans les

récits de la résurrection

du Christ, mais sa pré-

sence est comme cachée

partout: elle est la Mère, à

qui Jésus a confié chacun

des disciples et la commu-

nauté tout entière. En par-

ticulier, nous notons que la

présence effective et ma-

ternelle de Marie est signa-

lée par saint Jean et par

saint Luc dans des contex-

tes qui précèdent ceux de l’Évangile d’aujourd’hui

et de la première Lecture: dans le récit de la mort

de Jésus, où Marie apparaît au pied de la croix (Jn

19, 25); et au début des Actes des Apôtres, qui la

montrent au milieu des disciples réunis en prière au

Cénacle (Ac 1, 14).

La deuxième Lecture d’aujourd’hui nous parle

aussi de la foi, et c’est justement saint Pierre qui

écrit, plein d’enthousiasme spirituel, indiquant aux

nouveaux baptisés les raisons de leur espérance et

de leur joie. J’aime observer que dans ce passage,

au début de sa Première Lettre, Pierre n’emploie

pas le mode exhortatif, mais indicatif pour s’expri-

mer; il écrit en effet: «Vous en tressaillez de joie», et

il ajoute: «Sans l’avoir vu vous l’aimez; sans le voir

encore, mais en croyant, vous tressaillez d’une joie

indicible et pleine de gloire, sûrs d’obtenir l’objet de

votre foi: le salut des âmes.» (1 P 1, 6. 8-9). Tout

est à l’indicatif, parce qu’existe une nouvelle réalité,

engendrée par la résurrection du Christ, une réalité

accessible à la foi. «C’est là l’œuvre du Seigneur –

dit le Psaume (118, 23) – ce fut une merveille à nos

yeux», les yeux de la foi.

Chers frères et sœurs, aujourd’hui, resplendit à

nos yeux, dans la pleine lumière spirituelle du Christ

Ressuscité, la figure aimée et vénérée de Jean-Paul

II. Aujourd’hui, son nom s’ajoute à la foule des saints

et bienheureux qu’il a proclamés durant les presque

27 ans de son pontificat, rappelant avec force la

vocation universelle à la dimension élevée de la vie

chrétienne, à la sainteté, comme l’affirme la Consti-

tution conciliaire

Lumen gentium

sur l’Église. Tous

les membres du Peuple de Dieu – évêques, prêtres,

diacres, fidèles laïcs, religieux,

religieuses –, nous sommes en

marche vers la patrie céleste, où

nous a précédés la Vierge Marie,

associée de manière particulière

et parfaite au mystère du Christ

et de l’Église. Karol Wojtyła,

d’abord comme Évêque Auxi-

liaire puis comme Archevê-

que de Cracovie, a participé au

Concile Vatican II et il savait bien

que consacrer à Marie le dernier

chapitre du Document sur l’Égli-

se signifiait placer la Mère du

Rédempteur comme image et

modèle de sainteté pour chaque

chrétien et pour l’Église entière.

Cette vision théologique est

celle que le bienheureux Jean-

Paul II a découverte quand il

était jeune et qu’il a ensuite

conservée et approfondie toute

sa vie. C’est une vision qui est

synthétisée dans l’icône biblique du Christ sur la

croix ayant auprès de lui Marie, sa mère. Icône qui

se trouve dans l’Évangile de Jean (19, 25-27) et qui

est résumée dans les armoiries épiscopales puis

papales de Karol Wojtyła: une croix d’or, un «M» en

bas à droite, et la devise

«Totus tuus»,

qui corres-

pond à la célèbre expression de saint Louis Marie

Grignion de Montfort, en laquelle Karol Wojtyła a

trouvé un principe fondamental pour sa vie: «Totus

tuus ego sum et omnia mea tua sunt. Accipio Te in

mea omnia. Praebe mihi cor tuum, Maria – Je suis

tout à toi et tout ce que j’ai est à toi. Sois mon gui-

de en tout. Donnes-moi ton cœur, O Marie» (

Traité

de la vraie dévotion à Marie

, nn. 233 et 266).

Dans son Testament, le nouveau bienheureux

écrivait: «Lorsque, le jour du 16 octobre 1978, le

conclave des Cardinaux choisit Jean-Paul II, le Pri-

mat de la Pologne, le Card. Stefan Wyszynski, me dit:

«Le devoir du nouveau Pape sera d’introduire l’Église

dans le Troisième Millénaire». Et il ajoutait: «Je dési-

re encore une fois exprimer ma gratitude à l’Esprit

Saint pour le grand don du Concile Vatican II, envers

lequel je me sens débiteur avec l’Église tout entière

Je rends grâce au Pasteur éternel qui m’a permis de

servir cette très grande cause au cours de toutes les

années de mon pontificat».

Et quelle est cette

«cause»? Celle-là même

que Jean-Paul II a formu-

lée au cours de sa pre-

mière Messe solennelle sur

la place Saint-Pierre, par

ces paroles mémorables:

«N’ayez pas peur ! Ouvrez,

ouvrez toutes grandes les

portes au Christ ! ». Ce que

le Pape nouvellement élu

demandait à tous, il l’a fait

lui-même le premier: il a

ouvert au Christ la société,

la culture, les systèmes po-

litiques et économiques, en

inversant avec une force de

géant – force qui lui venait

de Dieu – une tendance qui

pouvait sembler irréversi-

ble. Par son témoignage de

foi, d’amour et de courage

apostolique, accompagné

d’une grande charge humaine, ce fils exemplaire de

la nation polonaise a aidé les chrétiens du monde

entier à ne pas avoir peur de se dire chrétiens, d’ap-

partenir à l’Église, de parler de l’Évangile. En un mot:

il nous a aidés à ne pas avoir peur de la vérité, car la

vérité est garantie de liberté. De façon plus synthé-

tique encore: il nous a redonné la force de croire au

Christ, car le Christ est Redemptor hominis, le Ré-

dempteur de l’homme: thème de sa première Ency-

clique et fil conducteur de toutes les autres.

Karol Wojtyła est monté sur le siège de Pierre, ap-

portant avec lui sa profonde réflexion sur la confron-

tation, centrée sur l’homme, entre le marxisme et le

christianisme. Son message a été celui-ci: l’homme

est le chemin de l’Église, et Christ est le chemin de

l’homme. Par ce message, qui est le grand héritage

du Concile Vatican II et de son «timonier», le Servi-

teur de Dieu le Pape Paul VI, Jean-Paul II a conduit le

Peuple de Dieu pour qu’il franchisse le seuil du Troi-

sième Millénaire, qu’il a pu appeler, précisément grâ-

ce au Christ, le «seuil de l’espérance». Oui, à travers

le long chemin de préparation au Grand Jubilé, il a

donné au Christianisme une orientation renouvelée

vers l’avenir, l’avenir de Dieu, transcendant quant à

l’histoire, mais qui, quoi qu’il en soit, a une influence

sur l’histoire. Cette charge d’espérance qui avait été

cédée en quelque sorte au marxisme et à l’idéolo-

gie du progrès, il l’a légitimement revendiquée pour

le Christianisme, en lui restituant la physionomie

authentique de l’espérance, à vivre dans l’histoire

avec un esprit d’«avent», dans une existence per-

sonnelle et communautaire orientée vers le Christ,

plénitude de l’homme et

accomplissement de ses

attentes de justice et de

paix.

Je voudrais enfin ren-

dre grâce à Dieu pour

l’expérience personnelle

qu’il m’a accordée, en

collaborant pendant une

longue période avec le

bienheureux Pape Jean-

Paul

II.

Auparavant,

j’avais déjà eu la possibi-

lité de le connaître et de

l’estimer, mais à partir de

1982, quand il m’a appelé

à Rome comme Préfet de

la Congrégation pour la

Doctrine de la Foi, j’ai pu

lui être proche et vénérer

toujours plus sa person-

ne pendant 23 ans. Mon

service a été soutenu par

sa profondeur spirituelle,

par la richesse de ses intuitions. L’exemple de sa

prière m’a toujours frappé et édifié: il s’immergeait

dans la rencontre avec Dieu, même au milieu des

multiples obligations de son ministère. Et puis son

témoignage dans la souffrance: le Seigneur l’a dé-

pouillé petit à petit de tout, mais il est resté toujours

un «rocher», comme le Christ l’a voulu. Sa profonde

humilité, enracinée dans son union intime au Christ,

lui a permis de continuer à guider l’Église et à don-

ner au monde un message encore plus éloquent

précisément au moment où les forces physiques

lui venaient à manquer. Il a réalisé ainsi, de manière

extraordinaire, la vocation de tout prêtre et évêque:

ne plus faire qu’un avec ce Jésus, qu’il reçoit et offre

chaque jour dans l’Église.

Bienheureux es-tu, bien aimé Pape Jean-Paul II,

parce que tu as cru ! Continue – nous t’en prions –

de soutenir du Ciel la foi du Peuple de Dieu. Tant de

fois tu nous as béni sur cette place du Palais Apos-

tolique. Aujourd’hui, nous te prions: Saint Père  bé-

nis nous. Amen.

À l’hôpital Gemelli de Rome, quelques

jours après l’attentat du 13 mai 1981

Jean-Paul II avec son proche collaborateur,

le cardinal Ratzinger (futur Benoît XVI)

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2011

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