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L’une avec l’autre

Un pays qui se dit démocratique et qui accepte la

continuation de cette dictature de l’argent a un drôle

de sens de la démocratie. La dictature de l’argent pèse

sur la vie quotidienne des individus et des familles; elle

pèse sur les administrations de nos institutions et de

nos corps publics, à l’année longue. Le gouvernement

qui laisse faire cela dans le pays de sa juridiction n’est

pas un gouvernement démocratique, même s’il est sorti

d’une boîte électorale: c’est un gouvernement soumis,

soumis à une dictature.

Sous un régime de Crédit Social, la capacité de

payer serait coordonnée avec la capacité de produire.

L’une avec l’autre.

La capacité de produire ne serait plus arrêtée ni frei-

née par l’incapacité de payer, parce que la capacité de

payer serait ajustée à la capacité de produire les choses

qui répondent aux besoins.

On ne verrait donc plus de besoins humains rester

non satisfaits en face de biens offerts. Ce n’est pas la

capacité de produire qui serait soumise à la capacité

de payer; mais c’est la capacité de payer qui serait

constamment réglée sur la capacité de produire.

Ce serait vraiment là la démocratie économique.

L’individu consommateur obtiendrait du système pro-

ducteur de son pays les biens, produits et services, qu’il

a droit d’en attendre pour mener une vie convenable,

tant que le système producteur est capable de fournir

à la demande.

Suffrage économique

Et cette démocratie économique serait complète,

elle s’étendrait à tous les consommateurs — donc à

tous les citoyens — de tout âge et de toute condition.

Un suffrage économique universel, plus universel que

le suffrage politique. Et s’exerçant tous les jours.

Ce suffrage économique serait exercé au moyen de

véritables bulletins de vote économique. Des bulletins

pour choisir, non pas des députés au goût du citoyen,

mais des produits au goût du consommateur. Ces bulle-

tins de vote économique s’appellent dollars au Canada

ou communément piastres au Canada français.

Chaque dollar est un bulletin, permettant à son por-

teur de voter pour un dollar de produits ou de services

de son choix. Plus il a en main de ces bulletins de vote

économique, de ces dollars, plus il peut choisir de pro-

duits et de bons produits.

Et pour que ce suffrage économique soit un suffrage

universel, il faut que chaque individu (à titre de consom-

mateur) possède de ces bulletins qui lui permettent de

voter pour tels et tels produits de son choix.

C’est ce que ferait le Crédit Social en attachant

un revenu basique à chaque personne, quels que

soient son âge, son sexe, son occupation, la cou-

leur de sa peau ou ses croyances politiques ou reli-

gieuses.

Ce revenu basique, ce premier droit sur la capacité

de production du pays, devrait être au moins suffisant

pour procurer le nécessaire. Il n’est pas admissible

qu’un seul citoyen manque du nécessaire dans un pays

de production possible excédentaire.

En style créditiste, ce revenu basique, reçu à

seul titre de membre de la société, s’appelle «divi-

dende social», soit national soit provincial, selon

que le régime est institué nationalement ou provin-

cialement. Le dividende est le véritable instrument

de la franchise économique universelle.

Les dollars gagnés en salaires, en traitements, en

honoraires, en profits, en dividendes industriels, sont

aussi des bulletins de vote économique; mais des bul-

letins conditionnés par telle ou telle situation de celui

qui les reçoit. Le salaire est lié à l’embauchage. Tout

le monde ne peut pas être embauché. Les enfants ne

peuvent pas l’être, ni les malades, ni les vieillards, ni les

mères de famille qui accomplissent leur fonction propre,

ni bien des personnes valides déplacées par des machi-

nes qui produisent plus et mieux qu’elles.

Le dividende à tous est le seul bulletin de vote

économique vraiment démocratique. Le Crédit

Social est la formule la plus avancée de démocratie

économique.

Et cela n’enlève rien à l’initiative privée, à l’entreprise

privée. Le bulletin de vote économique demande des

résultats — des biens répondant aux besoins. Il laisse

le système producteur voir aux moyens de fournir ces

biens. Le mécanisme actuel de production le fait effi-

cacement; et s’il n’y avait pas d’entraves financières, il

le ferait encore mieux. Surtout, s’il n’y avait pas insuf-

fisance de bulletins de vote économique, insuffisance

de dollars chez les consommateurs, les produits iraient

aux besoins. La distribution serait aussi efficace que

la production. N’est-ce pas ce que veulent les produc-

teurs, aussi bien que les consommateurs?

Il est faux de blâmer l’entreprise privée pour un mal

qui est d’ordre financier, et non pas d’ordre producteur.

Au lieu de vouloir changer le statut du producteur, c’est

le statut du financier qu’il faut réviser. C’est le système

financier, et non pas le système producteur, qu’il faut

socialiser — pour la bonne raison que l’argent est un

instrument social par nature, et c’est seulement par per-

version que le système d’argent est devenu la chose de

trafiquants de dollars.

Le Crédit Social remplacerait donc l’actuelle dic-

tature d’argent par une véritable démocratie éco-

nomique, dans laquelle le consommateur, fin de la

production, serait le véritable maître des program-

mes de production — des programmes, non pas

des méthodes. Le consommateur dirait quoi pro-

duire, non pas comment le produire, et il serait obéi

par la production qui ne demande pas mieux que de

répondre aux commandes.

(suite de la page 35)

Crédit Social: démocratie économique

Quant à l’efficacité de cette démocratie éco-

nomique, elle surpasserait tout ce qu’on a jamais

expérimenté en fait de démocratie politique.

Efficacité comparée

Puisque nous établissons un parallèle entre la

démocratie politique et la démocratie économique que

serait le Crédit Social, entre le suffrage universel de la

politique et le suffrage économique universel du Crédit

Social, il est intéressant de comparer l’efficacité d’un

bulletin de vote politique avec un bulletin de vote éco-

nomique.

N’insistons pas sur la fréquence. Il est clair que le

citoyen n’obtient un bulletin de vote politique que lors-

qu’il y a élection, puisque le but de ce bulletin est d’ex-

primer une préférence entre plusieurs candidats qui

aspirent à être les représentants du peuple pour le pro-

chain terme. Entre les élections, si les citoyens n’obtien-

nent pas ce qu’ils attendent du gouvernement, c’est à

d’autres moyens que le vote qu’ils devront recourir — ce

qu’ils n’ont guère appris à faire encore, se contentant de

maugréer en attendant de se faire tromper une autre

fois.

Pour le bulletin de vote économique, c’est tous les

jours que le consommateur doit en avoir, parce que c’est

tous les jours qu’il a besoin de produits, et il n’obtient

ces produits qu’en déposant son bulletin, son dollar, au

comptoir du marchand.

Mais il y a surtout la différence d’efficacité. Quand

vous déposez votre bulletin de vote politique dans l’urne

électorale, il est marqué d’une croix indiquant votre

choix. Le soir de l’élection, il peut bien arriver que vous

obteniez le contraire de votre choix. Vous avez réclamé

Pierre, et c’est Paul qu’on vous donne comme député.

Ou bien, si c’est l’homme de votre choix, Pierre, qui est

élu, c’est alors ceux qui réclamaient Paul qui obtiennent

le contraire de leur choix.

Le vote économi-

que, lui, vous donne

toujours ce que

vous demandez, et il

donne à votre voisin

ce que votre voisin

demande, même si

tous les deux vous

demandez des cho-

ses toutes différen-

tes. Il y a diversité

de produits pour

diversité de goûts, et

satisfaction possible

pour tous.

Vous sortez des

bulletins de vote,

des dollars, de votre

porte-monnaie

et

vous dites: C’est

pour du beurre — le

marchand ne vous

donnera pas des confitures. Votre voisin sortira ses bul-

letins de vote, ses dollars, et dira: C’est pour des confi-

tures — le marchand ne lui donnera pas du beurre.

Vous votez ainsi sur toute la ligne: pour des souliers

bruns ou des souliers noirs; pour une paire de panta-

lons ou un voyage en chemin de fer; pour un appareil de

télévision ou un cercueil.

Vos bulletins de vote économique vous obtiennent

ce que vous voulez, ce que vous choisissez individuel-

lement. Et ce que vous avez choisi, le marchand le

renouvelle dans son stock en passant une commande

au producteur, agricole ou industriel. Et l’industriel pro-

duira les choses qui s’écoulent ainsi, pas celles pour

lesquelles personne ne vote.

C’est ainsi que votre choix détermine les program-

mes de production, dicte quoi produire, sans dire le

moins du monde comment faire pour le produire. Ce

«comment» n’est pas votre affaire, c’est l’affaire du pro-

ducteur, et vous savez que ce n’est pas un problème

pour la production moderne.

Il en va ainsi dans la mesure où vous avez les

bulletins, les dollars. Celui qui n’en a pas ne com-

mande rien. Il ne vote pas. Il n’influence en aucune

manière la production de son pays. Il n’est pas en

démocratie économique. Et la démocratie politi-

que, dans ces conditions, signifie peu de chose

pour lui.

Cet homme, cette femme, ce consommateur

dénué de bulletins de vote économique, à la merci

de la pitié des autres, ça se trouve aujourd’hui, sous

notre système de dictature d’argent. Mais ça ne se

verra plus sous un régime de véritable démocratie

économique, sous un régime de Crédit Social.

Louis Even

L’argent peut être com-

paré à un bulletin de vote.

En votant pour les biens et

services qu’ils désirent, les

consommateurs décideraient

en fin de compte ce qui serait

produit, puisqu’afin de rester

en affaires, les producteurs ne

fabriqueraient que les biens

et services commandés par

la population. On aurait ainsi,

selon les mots de Douglas,

une véritable démocratie éco-

nomique: une «aristocratie de

producteurs au service d’une

démocratie de consomma-

teurs».

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VERS DEMAIN Janvier-février 2011

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