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«On dit que nous vivons dans une “société de

consommation”, souffrant d’une trop grande soif de

consommation. Mais c’est considérer la réalité d’un

mauvais point de vue: notre société souffre plutôt de

surproduction, de la maladie de créer des emplois qui

ne sont pas vraiment nécessaires. Le contrôle passe

de plus en plus des consommateurs aux producteurs,

qui se soucient avant tout de créer des emplois et

écouler des produits dont les consommateurs n’ont

pas vraiment besoin.

«Cet objectif des producteurs est contraire et

incompatible avec le véritable but de la production,

qui est de satisfaire les besoins humains au moindre

coût possible et avec un minimum de perte d’énergie

et de ressources. Douglas n’a jamais dit que le systè-

me financier actuel n’était pas capable de distribuer

l’argent pour acheter les biens désirés, mais qu’il ne

pouvait le faire sans produire des biens qui ne sont

pas désirés, et en accélérant le gaspillage et le sabo-

tage de l’environnement et des richesses naturelles.

«Si nous devons produire des choses afin de dis-

tribuer des salaires pour pouvoir acheter les choses

fabriquées précédemment, alors nous avons trouvé

la recette pour la création du problème de nos éco-

nomies modernes: la nécessité d’une “croissance

économique” continue, avec un gaspillage sans fin

d’ergie et de ressources, alors que les avancées tech-

nologiques augmente la production par homme/heu-

re. Sans l’apport de crédits à la consommation qui

hypothèquent nos revenus futurs, alors nous pou-

vons acheter de moins en moins des biens que nous

avons déjà produits.»

Le théorème A + B

Dans son livre

Social Credit

, écrit en 1924, Dou-

glas résume en deux propositions, établies en termes

généraux, son diagnostic des défauts du présent sys-

tème des prix:

(1) «Les prix collectifs des biens mis en vente sur

le marché, produits selon les méthodes commercia-

les ordinaires, ne peuvent, en tout temps, être ache-

tés par l’argent rendu disponible par les salaires, di-

videndes et autres émoluments distribués au même

moment. Ces biens peuvent être exportés en échange

de pouvoir d’achat, ou bien détruits, ou bien achetés

par du pouvoir d’achat qui a été créé et distribué par

un autre cycle de production. Cet écart entre le pou-

voir d’achat et les prix est accentué par l’épargne,

mais existe indépendamment de l’épargne.

(2) «Cette situation serait presque immédiate-

ment destructrice pour le fonctionnement des affai-

res, si la technique financière ne fournissait pas une

source de pouvoir d’achat, ou d’argent nouveau, sous

forme de prêts bancaires et instruments de crédit,

qui ne proviennent pas des salaires, payés pour de

la production passée. Au moyende cette technique,

cependant, l’industrie devient hypothéquée envers le

système bancaire.»

Dans le deuxième ouvrage qu’il a publié (en 1920),

Credit-Power and Democracy

, Douglas cristallise sa

pensée relative au double circuit de la monnaie dans

l’industrie sous forme d’un énoncé qui sera, à partir de

ce moment, connu sous le nom de «théorème A+B»:

«Une usine ou toute autre entreprise de produc-

tion possède, en plus de sa fonction économique de

producteur de biens, un aspect financier, qui peut être

considéré, d’un côté, comme mécanisme de distribu-

tion de pouvoir d’achat aux individus au moyen de

salaires et dividendes et, d’un autre côté, comme une

manufacture de prix, ou valeurs financières. Selon cet

aspect, les paiements de cette entreprise peuvent être

divisés en deux groupes:

«Groupe A: Tous les paiements faits aux individus

(salaires, les appointements, dividendes);

«Groupe B: Tous les paiements faits à d’autres or-

ganisations (pour de la matière première, des charges

bancaires et autres coûts externes.

«Le taux de distribution de pouvoir d’achat aux

individus est représenté par A. Mais puisque tous

l

es

paiements doivent entrer dans les prix, le taux de

formation des prix ne peut pas être moins que A+B.

Comme A ne peut acheter A+B, une proportion du

produit au moins équivalente à B doit être distribu-

tée par une forme de pouvoir d’achat non comprise

dans ce qui est classé dans le groupe A.»

La critique que fait Douglas du paradigme éco-

nomique actuel, qui est un paradigme bancaire eu

égard à la définition bancaire de la monnaie, n’est pas

d’abord morale bien que les raisons de critique sur ce

plan ne lui manquent pas. La critique de Douglas est

d’ordre fonctionnel: un système financier basé sur le

pouvoir bancaire de création et de destruction de la

monnaie ne fonctionne pas.

Le pape Pie XI a eu des paroles très fortes sur le

pouvoir discrétionnaire des banques de créer ou de

retirer

l’argent

(par les prêts et le

remboursement

de prêts). dans

son encyclique

Quadragesimo

anno

en 1931, au

n. 106 (v

oir l’en-

cadré à droite

).

Une

étude

plus approfondie

par l’Église de

cette

question

de la création de

l’argent et de l’in-

térêt sur les prêts

serait d’actualité,

surtout en consi-

dérant les sérieux problèmes d’endettement de plu-

sieurs pays, non seulement du tiers-monde, mais aus-

si des pays industrialisés, y compris le Canada et les

États-Unis. Si, comme l’écrivait Jean-Paul II dans son

encyclique Centesimus annus (n. 35), «le principe que

les dettes doivent être payées est assurément juste», il

est certainement injuste de faire rembourser plusieurs

fois le capital original emprunté, par l’effet de l’intérêt

composé.

C’est en trois propositions que C. H. Douglas a

synthétisé les principes de la réforme qu’il préconise

en réponse aux défauts du système des prix:

«1. Les moyens d’achat entre les mains de la po-

pulation d’un pays doivent en tout temps être collec-

tivement égaux aux prix collectifs à payer à la caisse

pour les biens consommables mis en vente dans ce

pays; et ces crédits d’achat ne doivent être annulés

ou dépréciés que lors de l’achat ou de la dépréciation

des biens de consommation.

«2. Les crédits nécessaires pour financer la pro-

duction doivent provenir, non pas d’épargnes, mais

être de nouveaux crédits se rapportant à de la nou-

velle production; et ces crédits ne doivent être rap-

pelés que selon le rapport de la dépréciation générale

à “l’appréciation” générale.

«3. La distribution de moyens d’achat aux indi-

vidus doit progressivement dépendre de moins en

moins de l’emploi. C’est-à-dire que le dividende doit

progressivement déplacer les émoluments et les sa-

laires.»

Un dividende et un escompte sur les prix

Si C.H. Douglas a formulé plusieurs politiques éco-

nomiques dont l’application répondrait aux principes

généraux d’un système financier qui reflète la réalité

de la capacité de production et distribution des biens et

services de consommation, il précise que deux de ces

politiques sont essentielles et, bien que les méthodes

d’application puissent varier, elles doivent être appli-

quées toutes les deux.

La première

deces politiques

essentielles est

l’abaissement

du niveau des

prix de détail

sous le coût de

production par

une remise au

consommateur

ou un escompte

au consomma-

teur compensé

au producteur.

La seconde po-

litique est la dis-

tribution géné-

rale de pouvoir

d’achat corres-

pondant au gain de productivité sous forme d’un divi-

dende sur le capital réel national. Ces deux politiques

ont comme caractéristique de fournir du pouvoir d’achat

non inclus dans les coûts de production et donc non in-

clus dans les prix. Car Douglas a observé les mécanis-

mes correcteurs déjà existants dans le système écono-

mique et il propose une adaptation de ces mécanismes

en relation avec sa conception du crédit réel et de son

reflet, le crédit financier.

Nous n’entrerons pas ici dans les détails techniques

pour l’application de ces deux mécanismes (l’escompte

compensé et le dividende), ce qui dépasserait les limi-

tes de cet article, mais il existe plusieurs livres qui les

expliquent. (Celui que nous suggérons aux lecteurs est

la brochure de 32 pages de Louis Even,

Une finance

saine et efficace

, qui est disponible à notre bureau au

prix de 3 dollars, et aussi disponible gratuitement sur

notre site internet.

Pour conclure, la doctrine sociale de l’Église est un

véritable trésor, et nous sommes reconnaissants envers

notre Saint-Père actuel qui met à jour cet enseignement

pour les nouvelles circonstances actuelles.

Alain Pilote

Démocratie économique

(suite de la page 31)

En raison des défauts du système

financier actuel, tout est produit

pour durer le moins longtemps

possible et être consommé le plus

rapidement possible: on obtient de

l’activité économique, mais au prix

du gaspillage et sabotage de

l’environnement, hypothéquant

ainsi l’avenir de nos enfants...

«Ce pouvoir est surtout consi-

dérable chez ceux qui, détenteurs

et maîtres absolus de l’argent et

du crédit, gouvernent le crédit et

le dispensent selon leur bon plaisir.

Par là, ils distribuent le sang à l’or-

ganisme économique dont ils tien-

nent la vie entre leurs mains, si bien

que, sans leur consentement, nul ne

peut plus respirer.»

Pie XI, 15 mai 1931

encyclique

Quadragesimo anno

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VERS DEMAIN Janvier-février 2011

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