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«l’érosion progressive du “capital social”, c’est-à-dire

de cet ensemble de relations de confiance, de fiabi-

lité, de respect des règles, indispensables à toute

coexistence civile.»

Il convient de se rappeler de cette vérité de base,

car aucun système économique ne peut fonctionner

sans confiance. Cela me rappelle ces paroles de Geof-

frey Dobbs mentionnées dans la leçon 1 de mon livre

«Les propositions financières du Crédit Social expli-

quées en 10 leçons»:

«Le mot “crédit” est synonyme de foi, ou confian-

ce… le crédit social, c’est donc la confiance qu’on

puisse vivre ensemble en société… Comment pour-

rions-nous vivre le moindrement en paix si nous ne

pouvons pas faire confiance à nos voisins? Comment

pourrions-nous utiliser les routes si nous n’avions

pas confiance que les autres automobilistes obser-

vent le Code de la route?… Et qu’arrive-t-il lorsque

le concept de mariage chrétien, de famille chrétienne

et d’éducation chrétienne des enfants est abandon-

né?»

Trois idées de base

Selon Douglas lui-même, l’ensemble de ses vues

économiques repose sur certaines propositions fon-

damentales dont les trois plus importantes sont les

suivantes :

a) le crédit financier prétend être, mais n’est pas,

le reflet du crédit réel;

b) le crédit réel est un estimé exact de la capacité

d’une communauté de livrer les biens et services en

quantité, au moment et à l’endroit voulus;

c) le coût de la production est la consommation.

Ces trois propositions se rattachent au «contrôle

de la production par le consommateur» et à la «comp-

tabilité intégrale», lesquels sont les pivots de l’organi-

sation douglasienne de l’économie.

Le crédit réel comporte deux aspects. Le premier

aspect est la capacité de produire des biens et services

de consommation. Le second aspect est la demande

effective pour des biens et services de consomma-

tion.

La demande effective des consommateurs est une

production désirée par les consommateurs, c’est-à-

dire une production composée de biens et services

de consommation répondant en quantité et en qua-

lité à leurs besoins: nourriture, vêtement, logement et

autres besoins moins élémentaires. Pour être une de-

mande effective, la demande pour des biens et servi-

ces de consommation doit être soutenue par un pou-

voir d’achat suffisant parmi la population.

L’héritage culturel

Le crédit réel d’une communauté productive mo-

derne, sa capacité de produire de la richesse au sens

réel du terme, repose non seulement sur des facteurs

matériels (la terre, le travail et le capital), mais aussi

sur des facteurs intangibles, maintenant prépondé-

rants, qui sont l’héritage culturel et l’augmentation de

production due à

l’association. Dans

Economic Democra-

cy,

Douglas écrit que

95 pour cent de la

production est due

aux procédés et aux

outils, qui forment

un héritage cultu-

rel qui appartient à

la communauté en

son entier et non

pas seulement aux

travailleurs.

L’association de

personnes dans la

production donne

lieu à une augmen-

tation de production qui n’est pas gagnée, et cette

augmentation «non gagnée» est énormément plus

importante que l’augmentation de production gagnée

par le travail individuel.

Ces deux principaux facteurs de production (l’hé-

ritage culturel et l’augmentation de production due à

l’association) sont de propriété commune ou sociale,

tant d’un point de vue éthique que d’un point de vue

pragmatique, car elles sont l’héritage du travail des

générations passées, et que le refus de reconnaître cet

héritage entraîne sa destruction.

Karl Marx prétendait que le travail créait toute la

richesse, et Adam Smith déclarait que le capital (l’ar-

gent investi dans une enterprise) contribuait aussi à

la production. Cependant, tous deux ignorent ce que

C.H. Douglas appelle «l’héritage culturel», le double

héritage des richesses naturelles et des inventions

des générations précédentes qui sont responsables

de plus de 90% de la production actuelle dans les pays

développés. C’est exactement ce que le Pape Jean-

Paul II écrivait en 1981 dans son Encyclique

Laborem

exercens

, sur le travail humain (n. 13):

«L’homme, par son travail, hérite d’un double

patrimoine: il hérite d’une part de ce qui est donné

à tous les hommes, sous forme de ressources natu-

relles et, d’autre part, de ce que tous les autres ont

déjà élaboré à partir de ces ressources, en réalisant

un ensemble d’instruments de travail toujours plus

parfaits. Tout en travaillant, l’homme hérite du travail

d’autrui.»

Benoît XVI parle aussi de la technologie dans sa

dernière encyclique

Caritas in veritate

(n. 69):

«La

technique permet de dominer la matière, de réduire

les risques, d’économiser ses forces et d’améliorer les

conditions de vie... La technique s’inscrit donc dans

la mission de cultiver et de garder la terre (cf. Gn 2,

15) que Dieu a confiée à l’homme, et elle doit tendre

à renforcer l’alliance entre l’être humain et l’environ-

nement appelé à être le reflet de l’amour créateur de

Dieu.»

Dans la même

encyclique (au n. 27),

le Saint-Père écrit

que

«la faim ne dé-

pend pas tant d’une

carence de ressour-

ces matérielles, que

d’une carence de

ressources sociales.»

Comme le fait remar-

quer le Pape, ce n’est

pas la production qui

manque («pas une

carence de ressour-

ces matérielles») mais

c’est la distribution

qui fait défaut; il faut

donc avoir recours à

la «justice distributive», à la distribution par un divi-

dende:

«La doctrine sociale de l’Église n’a jamais cessé

de mettre en évidence l’importance de la justice dis-

tributive et de la justice sociale pour l’économie de

marché

(n. 35)

... La vie économique a sans aucun

doute besoin du contrat (les salaires en échange du

travail fourni) pour réglementer les relations d’échan-

ge entre valeurs équivalentes. Mais elle a tout autant

besoin de lois justes et de formes de redistribution

guidées par la politique, ainsi que d’œuvres qui soient

marquées par l’esprit du don.»

(

Caritas in veritate

, n.

37.)

Démocratie économique

(suite de la page 27)

À l’origine du Crédit Social, il y a un nom. Le nom d’un

homme de génie. Un Écossais: Clifford Hugh Douglas, né

le 20 janvier 1879, de Hugh Douglas et Louisa Horfdern.

Ayant fait ses études à l’université de Cambridge, il en

sorti muni des grades d’ingénieur électricien, ingénieur

mécanicien et comptable licencié.

Douglas était un ingénieur brillant,

qui se vit confier des projets impor-

tants en Inde (ingénieur-en-chef de

reconstruction pour la British Westin-

ghouse Company), en Amérique du

Sud (ingénieur-en-chef de la compa-

gnie ferroviaire Buenos Aires & Pacific

Railway), et en Angleterre (ingénieur

d’un chemin de fer électrique tubulaire

pour le bureau de postes de Londres,

puis pendant la première guerre mon-

diale, assistant-directeur de l’Avionnerie Royale de Farn-

borough).

Douglas fut aussi un expert en comptabilité des prix

de revient. C’est d’ailleurs en cette qualité que le gou-

vernement britannique recourut à ses services en 1916

pour dépister et corriger des irrégularités dans les états

financiers de l’avionnerie de Farnborough. C’est là qu’il

découvrit l’écart constant entre la somme des paiements

distribués en salaires et autres revenus au cours de la

production et le prix du produit fini. En d’autres mots, l’ar-

gent distribué aux consommateurs ne suffisait pas pour

acheter toute la production. Douglas remarqua aussi

qu’une fois la guerre venue, il n’était plus question de

manque d’argent. L’argent pouvait être rendu disponible

sur demande pour la guerre, et tout ce qui était physique-

ment possible pouvait aussi être rendu financièrement

possible.

Douglas fit aussi d’autres ex-

périences. Il décida de déterminer

quels étaient les défauts du système

financier et, comme ingénieur, de découvrir et formuler

les principes pour mettre la finance en accord avec la

réalité, principes qui sont connus depuis lors sous le nom

de

crédit social.

Douglas n’a jamais porté le titre d’économiste,

ce qu’il aurait d’ailleurs considéré comme une in-

jure, vu le monument d’erreurs basé sur des pré-

conceptions fausses dans l’enseignement écono-

mique des facultés qui décernent les diplômes.

Et pourtant, Douglas fut en réalité le plus grand

économiste de tous les temps, par son diagnostic

du vice majeur de notre économie et par les pro-

positions qu’il a formulées pour y remédier.

Douglas a publié pour la première fois ses

conclusions dans un article de The

English Re-

view

en décembre 1918, puis dans une série d’ar-

ticles qui furent repris dans son premier livre en 1920,

Economic Democracy. La même année

Douglas écrivit

Credit-Power and Democracy

, puis

Social Credit e

n 1923,

Control and Distribution of Production

and T

he Monopoly

of Credit

, tous deux en 1931, et

Warning Democracy

et

The Alberta Experiment

, tous deux en 1937.

En plus de ces livres, Douglas voyagea à travers le

monde pour donner des conférences sur le Crédit Social

– au Canada, en Australie, Nouvelle-Zélande, Japon et

Norvège. En 1923, il témoigna devant le comité parle-

mentaire canadien sur les banques. et en 1930 devant

le comité MacMillan du parlement anglais sur la finance

et l’industrie.

Douglas est mort chez lui à Fearnan, en Écosse, le

29 septembre 1952 – fête de saint Michel archange, à

l’âge de 73 ans.

Louis Even

Qui était Clifford Hugh Douglas?

(suite en page 30)

«L’homme, par son tra-

vail, hérite d’un double

patrimoine: il hérite d’une

part de ce qui est donné

à tous les hommes, sous

forme de ressources natu-

relles et, d’autre part, de

ce que tous les autres ont

déjà élaboré à partir de ces

ressources.»

Jean-Paul II, encyclique

Laborem excercens, 1981

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VERS DEMAIN Janvier-février 2011

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