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Le texte suivant a été envoyé récemment pour

étude à un groupe d’économistes, sociologues et

théologiens réunis à Rome. Pour ce texte je suis forte-

ment redevable aux recherches faites par Mme Diane

Boucher.

L

es idées de Douglas furent d’abord connues

sous le nom de

démocratie économique

, d’après

le titre du premier livre qu’il écrivit sur le sujet

(

Economic Democracy)

en 1919. Il écrivit d’autres li-

vres par la suite, les principaux étant

The Monopoly

of Credit

(Le Monopole du Crédit) et

Social Credit

(Le

Crédit Social) – l’expression utilisée le plus souvent

aujourd’hui pour désigner sa philosophie.

Le but de cette philosophie est de s’assurer que

les consommateurs aient suffisamment de pouvoir

d’achat pour acheter les biens finis qui satisfont leurs

besoins essentiels. Douglas affirme qu’un défaut dans

le système des prix cause un rétrécissement accéléré

du pouvoir d’achat et qu’il est impossible de corriger

ce défaut dans un système financier où la monnaie

est un bien fabriqué et commercé en vue du profit.

Selon lui, la correction exige un système financier où

le pouvoir d’achat de la monnaie est ajustable par un

escompte sur les prix et la distribution générale d’un

dividende basé sur la capacité de production natio-

nale.

Le Pape Benoît XVI écrivait au paragraphe 66 de

son encyclique

Caritas in veritate

:

«Il est souhaitable

que, comme facteur de démocratie économique, les

consommateurs aient un rôle plus décisif, à condition

qu’ils ne soient pas eux-mêmes manipulés par des

associations peu représentatives.»

Les consomma-

teurs auraient en effet un rôle décisif à jouer dans un

système de Crédit Social, qui applique à merveille le

concept de démocratie économique:

L’argent peut être comparé à un bulletin de vote,

avec lequel vous pouvez «voter» pour les produits et

services de votre choix. Chaque individu devrait avoir

assez de ces «bulletins de vote économiques» pour

obtenir les biens essentiels. (On essaie aujourd’hui

d’atteindre cet objectif par des programmes sociaux

financés par les taxes, mais comme on le verra plus

loin, Douglas propose quelque chose de différent, un

dividende.) Afin de rester en affaires, les producteurs

ne fabriqueraient que les biens et services commandés

par la population. En votant pour les biens et services

qu’ils désirent, les consommateurs décideraient en fin

de compte ce qui serait produit, mais évidemment pas

de quelle façcon ils seraient produits, ce qui relève de

la compétence des producteurs.

Douglas écrivait en 1920 dans

Credit-Power and

Democracy

:

«Le Crédit Social est une philosophie socio-éco-

nomique dans laquelle les consommateurs, assurés

d’un pouvoir d’achat adéquat, décident de ce qui

sera produit par l’usage de leur vote monétaire. Vu

de cette manière, le terme démocratie économique

ne signifie pas le contrôle de l’industrie par les tra-

vailleurs (les consommateurs décident le

quoi,

qu’est-

ce qui sera produit, et non pas le

comment

, la façon

de le produire, les techniques à employer, qui est lais-

sée aux producteurs). En enlevant le contrôle de la

production des mains des institutions bancaires, du

gouvernement et de l’industrie, le Crédit Social envi-

sage une aristocratie de producteurs au service d’une

démocratie de consommateurs.»

Ne pas confondre fins et moyens

En citant les paroles de Jean-Paul II tirées de son

message pour la journée mondiale de la paix pour

l’an 2000, Benoît XVI parle du besoin d’

«une réflexion

nouvelle et approfondie sur le sens de l’économie et

de ses finalités.»

(

Caritas in veritate

, n. 32.) Il est im-

portant de ne pas confondre fins et moyens. Le but, la

fin de l’économie, c’est de faire en sorte que les biens

joignent les besoins, c’est-à-dire, non seulement de

produire les choses nécessaires à la vie, mais aussi

de faire en sorte que ces choses atteignent véritable-

ment les humains qui en ont besoin. Il faut s’assurer

que les biens, une fois produits, ne demeurent pas sur

les tablettes des magasins et que les gens meurent de

faim. Il s’agit donc de production, puis de distribution:

les biens doivent tout d’abord être produits, et ensuite

distribués. La production abonde aujourd’hui, c’est la

distribution qui fait défaut. Ce n’est pas le capitalisme

en soi (propriété privée, libre entreprise) qui est défec-

tueux, mais le système financier qu’il utilise.

Dans sa première encyclique,

Deus caritas est

(Dieu est amour, n. 25-26), Benoît XVI écrivait:

«L’Égli-

se est la famille de Dieu dans le monde. Dans cette

famille, personne ne doit souffrir par manque du né-

cessaire… Le but d’un ordre social juste consiste à

garantir à chacun, dans le respect du principe de sub-

sidiarité, sa part du bien commun.»

Le but de l’économie n’est pas de fournir des em-

plois ou bien les profits ou la croissance économique à

tout prix. Tout cela — emplois, profits, croissance éco-

nomique — ne sont que des moyens; la fin de l’éco-

nomie est de satisfaire les besoins humains dans le

respect de la dignité et de la liberté de la personne hu-

maine. Si les biens peuvent être produits avec moins

de labeur humain, grâce aux machines et les nouvelles

technologies, tant mieux; cela permet à l’homme de

consacrer ses temps libres à d’autres activités, à des

activités libres, des activités de son choix. (Mais cela,

à condition qu’il reçoive un revenu pour remplacer le

salaire qu’il a perdu avec l’introduction de la machine.

C’est ce que ferait le dividende du Crédit Social.)

Le profit n’est pas la fin ultime, il est un moyen.

La fin ou le but, répétons-le, c’est la satisfaction des

besoins humains. Benoît XVI écrit, au paraphe 21 de

Caritas in veritate

:

«Le profit est utile si, en tant que

moyen, il est orienté vers un but qui lui donne un

sens relatif aussi bien quant à la façon de le créer

que de l’utiliser. La visée exclusive du profit, s’il est

produit de façon mauvaise ou s’il n’a pas le bien com-

mun pour but ultime, risque de détruire la richesse et

d’engendrer la pauvreté.»

Quelques lignes plus loin, au paragraphe 32 de la

même encyclique, le Saint-Père mentionne que l’aug-

mentation de la pauvreté dans nos sociétés entraîne

Alain Pilote

est rédacteur de-

puis plusieurs années de l’édition

en langue anglaise de MICHAEL.

Deux fois par année nous organi-

sons à Rougemont une semaine

d’étude sur la doctrine sociale de

l’Église et son application, et M. Pi-

lote est le professeur. En septem-

bre dernier, sept évêques et seize

prêtres d’Afrique ont assisté à cette

semaine d’étude.

Diane Boucher

est morte du cancer le 4 mai

2008, à l’âge de 55 ans. Mère de quatre enfants,

elle avait quitté un emploi bien rémunéré d’informati-

cienne pour enseigner à ses en-

fants à la maison. Par son mari,

François Couture, elle a connu le

Crédit Social et a décidé de sui-

vre des cours d’économie à l’uni-

versité Laval de Québec pour en

prouver la véracité. Un profes-

seur qui a reconnu la valeur de

sa recherche a accepté de diriger

ses travaux. Elle a pu ainsi obtenir une maîtrise en

économie, elle qui détenait déjà une maîtrise en in-

formatique. Elle déclarait: «Je ne dis pas que je crois

que le Crédit Social est bon, je dis que JE SAIS que

le Crédit Social est bon.»

La démocratie

économique:

distribuer

l’abondance

voulue par Dieu

Cette peinture du

Père Éternel a été faite en

1741 par l’artiste français Challe à la

demande de sainte Marguerite d’Youville

(1701-1771), la premiére sainte née au Canada,

fondatrice des Soeurs de la Charité (Soeurs grises).

par Alain Pilote

Le Pape Benoît XVI signant son encyclique

Caritas in veritate le 7 juillet 2009

(suite en page 28)

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VERS DEMAIN Janvier-février 2011

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