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par

Louis Even

duire facilement assez de biens pour fournir une

honnête subsistance à tous et à chacun. La possi-

bilité physique existe; seule la possibilité financière

fait défaut. C’est donc que la finance ne sert pas les

Canadiens, et c’est là qu’il faut trouver un remède.

Comme le remarque Henry Ford, les produits sont là,

mais les dollars pour acheter les produits font défaut.

Les producteurs de biens s’acquittent de leur rôle,

mais les producteurs de dollars remplissent mal le

leur. Il y a une technique admirable dans la produc-

tion, il n’y en a aucune, dans le système monétaire.

Le système monétaire dit toujours le grand indus-

triel américain, est désuet, inefficace, et il est grand

temps de le changer.

La richesse

 La monnaie n’est pas la richesse, elle est seule-

ment le titre à la richesse. La richesse vient du travail

humain ou mécanique appliqué aux ressources de la

nature; la richesse ne fait pas défaut au Canada, elle

pourrait être beaucoup plus abondante, puisqu’il y a

beaucoup de travail humain et mécanique non uti-

lisé. La monnaie vient des fabricants de monnaie, et

parce qu’elle manque ou n’est pas où elle doit être,

les titres à la richesse faisant défaut, la richesse ne

s’écoule pas, la production arrête, la pauvreté règne

au sein de l’abondance.

 La monnaie se compose de pièces métalliques,

de billets de banque et de crédits ou dépôts bancai-

res mis en circulation par le chèque. Aujourd’hui le

chèque répond de plus des 95 pour cent des transac-

tions commerciales. Le chèque déplace simplement

les crédits dans les livres des banques.

 Les dépôts dans les banques forment donc le

gros de la circulation monétaire. Ces dépôts ont leur

origine dans les crédits accordés par les banques,

sous forme de prêts, d’escomptes, de découverts ou

d’achats d’obligations. Les banques sont les créatrices

de la monnaie. Mais elles détruisent cette monnaie

par le rappel des prêts, la compression des décou-

verts. Si la fabrication va plus vite que la destruction,

la monnaie en circulation augmente; si la destruction

va plus vite que la fabrication, la masse monétaire

diminue. Il n’y a pas équilibre entre la production

et la monnaie, parce que les banques ne visent pas

l’équilibre, mais leur profit particulier.

 De plus, les avances se font à la production, mais

le flot de monnaie de la production à la consomma-

tion ne va pas aussi vite que la facture des prix qui,

elle, marche au rythme de la production.

 Il est impossible pour quiconque, si bien inten-

tionné soit-il, de gérer le système monétaire actuel

en accord avec les besoins du public et la capacité de

production à satisfaire ces besoins.

 La nationalisation des banques ne corrigerait

rien, par elle-même. Le changement de contrôleur ne

suffit pas, il faut changer la politique qui préside au

contrôle; autrement dit, il faut que le contrôle pour-

suive une autre fin, qu’il cherche l’équilibre constant

entre les prix et le pouvoir d’achat.

Office de Crédit National

 La. monnaie ne peut être contrôlée socialement,

selon les faits de la production et de la consomma-

tion du pays, que sur un palier national, que d’après

une comptabilité nationale. Il faut donc de toute

nécessité un corps monétaire national, comme on a

un corps judiciaire pour administrer la justice.

 Les banques privées peuvent continuer leurs

opérations en vue de profits, en retour de services

rendus, mais ne doivent plus avoir le droit d’aug-

menter ou de comprimer la masse monétaire. Cette

fonction doit relever exclusivement du corps moné-

taire national, de l’Office de Crédit National.

 L’Office de Crédit National relève les faits de la

production et de la consommation et agit en consé-

quence pour émettre la monnaie de façon à ce que

toute la production s’écoule tant qu’elle répond à des

besoins. Il jouit de tous les pouvoirs pour atteindre

cette fin dont il est responsable devant la nation.

 La technique proposée pour atteindre la double

fin du Crédit Social —équilibre des prix et du pou-

voir d’achat, et abolition de l’indigence — comprend

deux modes de distribution de nouvelle monnaie:

l’escompte compensé et le dividende.

L’escompte compensé

 L’escompte compensé a pour but d’équilibrer

les prix et le pouvoir d’achat en créant et distribuant

la monnaie sans inflation. La monnaie de l’escompte

compensé finance un abaissement du prix en faveur

du consommateur.

 Si la production disponible est de 12 milliards

et le pouvoir d’achat qui lui fait face de 9 milliards

seulement, l’Office de Crédit National décrète un

abaissement de tous les prix de 25 pour cent, un

escompte sur tous les produits lors de leur vente

au consommateur ultime. C’est abaisser les prix au

niveau du pouvoir d’achat. L’escompte est com-

pensé au marchand détaillant, c’est-à-dire que l’Of-

fice de Crédit lui fournit la monnaie qu’il a sacrifiée

par l’escompte. Cette monnaie est créée par l’Office

(suite en page 24)

L

e problème économique de nos ancêtres,qui ne

disposaient que du labeur humain, de la force

animale et de quelques outils simples, était de

produire assez pour se soutenir. La pauvreté réelle,

la disette les menaçait toujours. Depuis le vingtième

siècle, avec un continent ouvert, avec les forces de la

nature et la science appliquée à notre disposition, le

problème immédiat est de trouver

le moyen de distribuer une pro-

duction abondante. La présence

de l’abondance réalisée, ou facile-

ment réalisable, devrait conférer à

tous les Canadiens les droits poli-

tiques suivants dans le domaine

économique:

1) Vie — Le droit pour chaque

individu de pouvoir se procurer les

nécessités de la vie, la nourriture,

le vêtement, le logement, sans

recourir à la charité publique.

2) Liberté — Le droit pour

chaque individu de choisir le genre

d’occupation qui lui convient le

mieux, au lieu d’être obligé d’ac-

cepter tel travail qu’il peut trouver.

3) Poursuite du bonheur — Le

droit de chaque individu à des loisirs qu’il serait libre

d’employer selon son initiative personnelle, à des

activités matérielles, esthétiques, intellectuelles ou

spirituelles.

 La possibilité de garantir ces droits repose sur

la possibilité indéniable de produire aujourd’hui

toutes les choses nécessaires à leur accomplissement

en n’utilisant qu’une fraction du travail humain dis-

ponible.

Le Crédit Social en résumé

Le dividende du Crédit Social, c’est la re-

connaissance du droit à la vie de chaque

personne. Elle a d’abord un droit fonda-

mental à sa part des biens de la terre.

Louis Even

Qu’est-ce que le Crédit Social ?

 Le Crédit Social est un mouvement qui a pour

but de permettre au public consommateur de béné-

ficier de la pleine capacité de production des biens

utiles. Le chômage dont le monde souffre aujourd’hui

ne résulte pas de la saturation des besoins des

consommateurs, ni de l’épuisement des ressources

productives, mais uniquement de la non distribution

des produits et des services.

 La production ne marche que

selon les commandes qu’elle reçoit.

Les commandes sont conditionnées

par le pouvoir d’achat du consom-

mateur. Ce pouvoir d’achat dépend

de la monnaie entre les mains des

consommateurs qui ont des besoins

à satisfaire.

 Le Crédit Social présente un

plan étudié, poli et protégé pour

combler en tout temps l’écart

entre les prix des produits offerts

aux consommateurs et la monnaie

entre les mains des consommateurs

qui veulent ces produits faits pour

eux. C’est donc un système qui

n’admet ni l’inflation ni la déflation,

mais maintient automatiquement et

mathématiquement l’équilibre entre

la production et le pouvoir d’achat. Il

dompte la monnaie et la met au service de l’homme.

Il l’oblige à remplir sa fonction: l’écoulement de la

production, la satisfaction du consommateur dans la

mesure que permettent les ressources de la nature

et de l’industrie.

 Outre cet équilibre, le Crédit Social embrasse

aussi dans ses propositions, la suppression de l’indi-

gence, la garantie sociale de la sécurité économique

de l’individu.

 Personne ne niera que le Canada peut produire

Louis Even (1885-1974),

Fondateur de Vers Demain

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VERS DEMAIN Janvier-février 2011

VERS DEMAIN Janvier-février 2011

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