Table of Contents Table of Contents
Previous Page  6-7 / 33 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 6-7 / 33 Next Page
Page Background

page bouleversante de l’histoire de la sainteté

et également une page éclairante sur le mys-

tère de l’Église, qui, selon les paroles du Concile

Vatican II, est «à la fois sainte et appelée à se

purifier» (LG, n. 8). C’est la rencontre dramati-

que entre cette sainte et ses juges, qui sont des

ecclésiastiques. Jeanne est accusée et jugée par

eux, jusqu’à être condamnée comme hérétique

et envoyée à la mort terrible sur le bûcher. À la

différence des saints théologiens qui avaient

illuminé l’université de Paris, comme saint Bona-

venture, saint Thomas d’Aquin et le bienheureux

Duns Scot, dont j’ai parlé dans plusieurs caté-

chèses, ces juges sont des théologiens auxquels

manquent la charité et l’humilité pour voir chez

cette jeune l’action de Dieu. Les paroles de Jésus

viennent à l’esprit, selon lesquelles les mystères

de Dieu sont révélés à qui possède le cœur des

tout-petits, alors qu’ils restent cachés aux sages

et aux savants qui n’ont pas d’humilité (cf.

Lc

10,

21). Ainsi, les juges de Jeanne sont radicalement

incapables de la comprendre, de voir la beauté

de son âme: ils ne savaient pas qu’ils condam-

naient une sainte.

L’appel de Jeanne au jugement du Pape, le 24

mai, est rejeté par le tribunal. Le matin du 30 mai,

elle reçoit pour la dernière fois la Communion en

prison, et est immédiatement conduite au sup-

plice sur la place du vieux marché. Elle demande

à l’un de ses prêtres de tenir devant le bûcher

une croix de procession. C’est ainsi qu’elle meurt

en regardant Jésus Crucifié et en prononçant

plusieurs fois et à haute voix le Nom de Jésus

(

PNul,

I, p. 457; cf.

Catéchisme de l’Église catho­

lique

, 435). Environ vingt-cinq ans plus tard, le

Procès de nullité

, ouvert sous l’autorité du Pape

Calixte III, se conclut par une sentence solennelle

qui déclare nulle sa condamnation (7 juillet 1456;

PNul

, II p. 604-610). Ce long procès, qui recueillit

les dépositions des témoins et les jugements de

nombreux théologiens, tous favorables à Jeanne,

met en lumière son innocence et sa parfaite fidé-

lité à l’Église. Jeanne d’Arc sera ensuite canoni-

sée par Benoît XV en 1920.

Chers frères et sœurs, le

Nom de Jésus

invo-

qué par notre sainte jusqu’aux derniers instants

de sa vie terrestre, était comme le souffle inces-

sant de son âme, comme le battement de son

cœur, le centre de toute sa vie. Le «Mystère de

la charité de Jeanne d’Arc», qui avait tant fasciné

le poète Charles Péguy, est cet amour total pour

Jésus, et pour son prochain en Jésus et pour

Jésus. Cette sainte avait compris que l’Amour

embrasse toute la réalité de Dieu et de l’homme,

du ciel et de la terre, de l’Église et du monde.

Jésus est toujours à la première place dans sa

vie, selon sa belle expression : «Notre Seigneur

premier servi » (

PCon,

I, p. 228; cf.

Catéchisme de

l’Église catholique numéro

223). L’aimer signifie

toujours obéir à sa volonté. Elle affirme avec une

totale confiance et abandon: «Je m’en remets à

Dieu mon créateur, je l’aime de tout mon cœur»

(

ibid.

, p. 337).

Avec le vœu de virginité, Jeanne consacre de

manière exclusive toute sa personne à l’unique

Amour de Jésus: c’est «la promesse qu’elle a

faite à Notre Seigneur de bien garder sa virginité

de corps et d’âme» (ibid., p. 149-150). La virgi-

nité de l’âme est l’état de grâce, valeur suprême,

pour elle plus précieuse que la vie: c’est un don

de Dieu qui doit être reçu et conservé avec

humilité et confiance. L’un des textes les plus

connus du premier Procès concerne précisé-

ment cela: «Interrogée si elle sait d’être en la

grâce de Dieu, elle répond: “Si je n’y suis, Dieu

m’y veuille mettre; et si j’y suis, Dieu m’y veuille

tenir”» (ibid., p. 62; cf. Catéchisme de l’Église

catholique, 2005).

Notre sainte vit la prière sous la forme d’un

dialogue permanent avec le Seigneur, qui illu-

mine également son dialogue avec les juges et

lui apporte la paix et la sécurité. Elle demande

avec confiance: «Très doux Dieu, en l’honneur

de votre sainte Passion, je vous requiers, si vous

m’aimez, que vous me révélez comment je dois

répondre à ces gens d’Église» (

ibid

., p. 252).

Jésus est contemplé par Jeanne comme

le «Roi du Ciel et de la Terre». Ainsi, sur son

étendard, Jeanne fait peindre l’image de «Notre

Seigneur tenant le monde» (ibid., p. 172): icône

de sa mission politique. La libération de son

peuple est une œuvre de justice humaine, que

Jeanne accomplit dans la charité, par amour de

Jésus. Elle est un bel exemple de sainteté pour

les laïcs engagés dans la vie politique, en parti-

culier dans les situations les plus difficiles.

La foi est la lumière qui guide chaque choix,

comme témoignera, un siècle plus tard, un autre

grand saint, l’Anglais Thomas More.

En Jésus, Jeanne contemple également toute

la réalité de l’Église, l’«Eglise triomphante» du

Ciel, comme l’«Église militante» de la terre.

Selon ses paroles, «c’est tout un de Notre Sei-

gneur et de l’Église» (ibid., p. 166). Cette affir-

mation, citée dans le Catéchisme de l’Église

catholique (n. 795), possède un caractère vrai-

ment héroïque dans le contexte du Procès de

condamnation, face à ses juges, hommes d’Église,

qui la persécutèrent et la condamnèrent. Dans

l’Amour de Jésus, Jeanne trouve la force d’aimer

l’Église jusqu’à la fin, même au moment de sa

condamnation.

J’ai plaisir à rappeler que

sainte Jeanne d’Arc a eu

une profonde influence sur

une jeune sainte de l’épo-

que moderne: sainte Thérèse

de l’Enfant-Jésus. Dans une

vie complètement différente,

passée dans la clôture, la car-

mélite de Lisieux se sentait

très proche de Jeanne, vivant

au cœur de l’Église et participant aux souffrances

du Christ pour le salut du monde. L’Église les a réu-

nies comme patronnes de la France, après la Vierge

Marie. Sainte Thérèse avait exprimé son désir de

mourir comme Jeanne, en prononçant le Nom de

Jésus (

Manuscrit B,

3r), et elle était animée par le

même grand amour envers Jésus et son prochain,

vécu dans la virginité consacrée.

Chers frères et sœurs, avec son témoignage lumi-

neux, sainte Jeanne d’Arc nous invite à un haut degré

de la vie chrétienne: faire de la prière le fil conduc-

teur de nos journées; avoir pleinement confiance en

accomplissant la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit;

vivre la charité sans favoritismes, sans limites et en

puisant, comme elle, dans l’Amour de Jésus un pro-

fond amour pour l’Église. Merci.

Sa Sainteté le pape Benoît

XVI

La Basilique de Domrémy, où se dérouleront

les festivités du 600e, les 6-7-8 janvier 2012

Jeanne d’Arc brûlée vive sur le bûcher

Ses dernières paroles: «Jésus, Jésus, Jésus.»

Signification du drapeau

français orné du Sacré Cœur de

Jésus: il est le symbole de la

France catholique, de la France

unie à Dieu. Il nous rappelle que

la France est née de la volonté

de Dieu et qu’elle a reçu pour mission

de promouvoir la foi catholique. Il nous rappelle nos

origines de «Fille aînée de l’Eglise» et aux devoirs

qu’elles incombent. Devoirs qui sont toujours les

nôtres, même s’ils ne semblent pas préoccuper nos

dirigeants aujourd’hui.

Il nous rappelle que Dieu sus-

cita Jeanne d’Arc pour sauver la France catholique.

Il est enfin, et surtout une réponse à une demande

divine qui n’a jamais été exécutée.

Le 17 juin 1675,

le Sacré Cœur apparaît à sainte Marguerite-Marie et

lui demande de faire graver son Sacré-Coeur sur le

drapeau de France. Il symbolise la Royauté du Christ

sur notre pays. «Le règne du Christ est celui du Sacré

Cœur» dit Mgr Pie.

6

VERS DEMAIN août-septembre 2011

VERS DEMAIN août-septembre 2011

www.versdemain.org www.versdemain.org

7