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de perfectionnements agricoles ou industriels, soit

comme artiste ou écrivain, soit dans des oeuvres de

dévouement au service des autres, ou de quelque

autre manière.

Avec le même temps à sa disposition, Jean Nar-

rache n’a ni les moyens financiers ni la liberté d’es-

prit pour utiliser ainsi ses journées. Il est accablé de

soucis, doit vivre avec sa famille dans des privations

quotidiennes, et il faut qu’il ait une âme bien forte

pour ne pas tomber dans la dépression ou même

dans le désespoir qui peut conduire à n’importe quoi.

Qu’est-ce qui cause toute la différence entre le

statut de ces deux hommes non embauchés dans

la production ? — C’est que Jacques Leriche a un

revenu assuré, dissocié de tout emploi; tandis que

Jean Narrache, ne pouvant avoir d’autre revenu

qu’un salaire attaché à un emploi, se trouve dans

la détresse dès le moment où il n’y a plus d’emploi

pour lui.

Établissez un régime financier de distribution

qui accorde un dividende périodique à tous, donc

à Jean Narrache, sans salaire s’il n’est pas employé,

en plus de son salaire s’il est employé, la condition

de Jean Narrache est immédiatement changée. Et

si le dividende est suffisant pour couvrir au moins

l’essentiel pour vivre, Jean Narrache, sans jouir d’un

aussi gros revenu que Jacques Leriche, sera tout de

même libéré des soucis qui le rongeaient; il pourra

encore se chercher de l’emploi pour augmenter son

revenu, mais avec un esprit plus libre. Avec plus de

succès aussi, sans doute, parce que les dividendes

à tous, conjugués avec les salaires et un ajustement

des prix permettant l’écoulement des produits qui

répondent aux besoins, les occasions

d’emploi

seraient à la fois plus nombreuses, plus variées,

mieux orientées, avec moins d’embauche forcée

et plus d’entreprise libre.

Cohéritiers

des générations précédentes

Voilà ce que signifierait l’élargissement du

statut de capitaliste à tous, à chaque membre de la

société, par un système financier de Crédit Social.

Chaque citoyen capitaliste: non pas comme déten-

teur d’un capital-argent dans une entreprise, mais

comme héritier, comme cohéritier avec tous ses

concitoyens, d’un capital réel communautaire. Capi-

tal formidable, fait du savoir acquis et transmis, de

tout le progrès dans les techniques de production,

sans cesse accru et hérité de générations qui nous

ont

précédés. C’est même là le facteur prépon-

dérant de la production moderne. Sans ce capi-

tal

réel, dont aucun individu, aucun groupe ne

peut s’approprier le monopole, la production serait

infiniment plus mince avec infiniment plus d’efforts.

Pourquoi chaque personne vivante n’aurait-elle

pas droit à un dividende sur les fruits de ce capital

commun — donc à un droit de naissance sur une

partie de la production ?

Que l’on mette de côté le règlement en vertu

duquel seuls ceux qui participent à la production

ont droit aux fruits de la production. Que l’on recon­

naisse à tous un titre gratuit à une certaine somme

de production, un titre dissocié de l’emploi comme

le titre de notre Jacques Leriche. Alors le problème

du chômage sera chose du passé, du passé lié à un

système financier tout voué à Mammon, ignorant

l’humain et en désaccord avec les réalités écono-

miques elles-mêmes.

Jacques Maritain, philosophe thomiste français,

a écrit dans

L’Humanisme Intégral

(1936):

«C’est un axiome pour l’économie «bour-

geoise» et la civilisation mercantile qu’on n’a rien

pour rien... Bien au contraire, du moins et d’abord

pour ce qui concerne les besoins premiers, maté-

riels et spirituels, de l’être humain, il convient

qu’on ait pour rien le plus de choses possible...

«Que la personne humaine soit ainsi servie

dans ses nécessités primordiales, ce n’est après

tout que la première condition d’une économie qui

ne mérite pas le nom de barbare.

«Les principes d’une telle économie condui-

raient à mieux saisir le sens profond et les racines

essentiellement humaines de l’idée d’héritage...

Que tout homme, en entrant dans le monde,

puisse effectivement jouir, en quelque sorte, de la

condition d’héritier des générations précédentes.»

Le problème du chômage, insoluble à moins de

guerre ou d’endettement dans les règlements du

système financier actuel, devrait décider le monde

moderne à sortir enfin de l’économie barbare qui

prive des êtres humains en face de l’abondance;

à instaurer une économie de dividendes, dans

laquelle «tout homme, en entrant dans le monde,

puisse jouir effectivement de la condition d’héri-

tier des générations précédentes».

Louis Even

Vers Demain 1

er

décembre 1960

Romuald Brosseau, de Sudbury, est décédé le 10

juillet à l’âge de 80 ans. Il était l’époux de Marie-

Jeanne, la soeur bien-aimée de Florentine Séguin,

Pèlerine de saint Michel à plein temps depuis 56

ans. Prions pour le repos de l’âme du cher défunt.

La Messe a été célébrée pour lui à la Maison de l’Im-

maculée, le 12 juillet. Nos profondes sympathies à

Marie-Jeanne et à ses enfants.

Nous avons le regret de vous annoncer le tragique

décès de Son Excellence Mgr Camille Lembi, évêque

du diocèse d’Isangi, en République Démocratique

du Congo. Il est une malheureuse victime du terrible

accident d’avion survenu le 8 juillet, à Kisangani qui a

fait 74 morts sur les 118 passagers. Mgr Camille avait

61 ans. Il était présent à notre semaine d’étude, ici à

Rougemont, en mars dernier.

Nous le pleurons avec l’épiscopat de la RDC et

tous ses diocésains, car c’était un homme dynami-

que, le coeur rempli de projets pour arriver à donner

à manger aux pauvres de son diocèse. Il pleurait sur

le sort de ses pauvres. Son séjour chez les Pèlerins

de saint Michel lui a ouvert les yeux sur la cause pre-

mière de la pauvreté, et il avait résolu de mener le

dur combat, même au prix de sa vie. Voyez une partie

de ses réflexions enthousiastes qu’il nous a servies,

après avoir suivi attentivement la semaine d’étude.

« Nous devons mener ce combat, car le système

financier actuel fait beaucoup de victimes.  On ne

peut se taire, dit-il, même si on nous décapite. Nous

devons être les pionniers. Nous ne pouvons pas

avoir peur. Je sais que Dieu sera avec nous, et nous

allons vaincre»

(Voir Vers Demain de mai-juin-juillet

2011, page 30)

En apprenant la triste nouvelle de son décès, nous

avons fait célébrer une Messe pour le repos de l’âme

de Mgr Camille. Dieu l’a pris en victime, comme il

s’est offert lui-même. Du haut du Ciel, avec des

forces multipliées il prendra les devants du combat,

et il libérera ses pauvres de la dictature financière; ils

pourront se nourrir et vivre en dignes enfants de Dieu

le Père. Merci, Mgr Camille pour votre bel exemple de

courage et d’amour pour les plus petits du Royaume.

Nous vous suivrons dans la lutte pour que chaque

personne, sans exception, sur la terre, puisse se

nourrir convenablement, selon le plan de Dieu.

Thérèse Tardif

Décès de S.E. Mgr Camille Lembi

Évêque d’Isangi en RDC

(suite de la page 19 )

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VERS DEMAIN août-septembre 2011

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