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Oct.-Nov.-Déc. 2010

Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

tion autre chose que des piastres et du tra-

vail d’ouvriers. Si la production moderne

fournit des choses plus vite et en plus grande

abondance qu’autrefois, ce n’est pas parce

que les ouvriers travaillent plus longtemps ou

plus dur. C’est le contraire qui est vrai. Leurs

semaines d’emploi sont plus courtes, leur tra-

vail moins pénible, surtout là où il y a des ma-

chines perfectionnées et des moteurs pour les

faire marcher.

Supprimez ces machines modernes, sup-

primez les procédés techniques modernes de

production, quand même l’ouvrier travaillerait

plus dur et plus longtemps, quand même le

bailleur de fonds y mettrait plus de piastres, le

rendement serait beaucoup plus lent et beau-

coup plus petit.

Le gros de la production moderne est donc

dû au perfectionnement des moyens de pro-

duction, aux machines de plus en plus effica-

ces, à l’énergie motrice de plus en plus abon-

dante, à la science appliquée au progrès.

Et là nous y sommes. Qui est propriétaire

de ces perfectionnements accomplis d’une gé-

nération à l’autre? Qui est propriétaire des in-

ventions qui se sont succédé, l’une servant de

marche vers une autre plus parfaite? Qui est

propriétaire de la science appliquée? Qui est

propriétaire du progrès — le plus grand fac-

teur de production, le principal capital réel de

la production moderne?

Le Crédit Social répond: C’est tout le monde

de la génération actuelle qui est propriétaire

héritier de ce que nous ont légué les généra-

tions précédentes. C’est là un capital commu-

nautaire. Personne vivant aujourd’hui ne peut

dire: «C’est à moi, tout cela. C’est moi qui ai

inventé la roue, le levier. C’est moi qui ai in-

venté la machine à vapeur. C’est moi qui ai

trouvé le moyen de faire de l’électricité avec

des chutes d’eau». Pas plus qu’il ne peut dire:

«C’est moi qui alimente ces chutes d’eau en

évaporant l’eau des mers et des lacs et en la

condensant en pluie». Pas plus qu’il ne peut

dire: «Moi encore qui ai inventé les moteurs

à explosion qui permettent à des automobiles

de rouler sur toutes les routes et à des avions

de sillonner les cieux. Moi qui ai mis la chimie

au service de l’industrie». Non, non. Tout cela

est le fruit progressif des générations de cher-

cheurs, d’inventeurs, d’ingénieurs, d’artisans,

et de l’existence de forces naturelles qui sont

un don de Dieu pour tous.

C’est là un immense héritage dont person-

ne n’est le propriétaire exclusif, et dont tout le

monde est cohéritier. Donc, tout le monde doit

en tirer quelque chose. Tout le monde doit en

retirer un dividende, dans la mesure de plus

en plus grande où ce capital communautaire

devient productif.

Tout le monde? — Mais oui, puisque c’est

un bien général, dont personne ne peut récla-

mer la propriété exclusive.

Mais ce serait de l’argent pas gagné ! Pas ga-

gné, en effet, au même titre que le salaire accor-

dé à l’ouvrier; mais dû quand même au même

titre que le dividende au capital-piastres.

Tous héritiers

J’ai écrit tout à l’heure les mots héritage,

héritiers. Vous savez tous ce qu’est un héritier.

Voici un père qui laisse à son fils, en héritage,

une propriété ou une somme d’argent. Le fils

n’a peut-être jamais travaillé sur la propriété

du père. Il n’a peut-être jamais gagné person-

nellement un sou de sa vie. Va-t-on pour cela

lui nier le droit à l’héritage de son père, sous

prétexte qu’il ne l’a pas gagné? — Non, on

dira: Son père l’a gagné pour lui, il y a droit. Et

la loi protège son droit à cet héritage.

De même, le grand facteur de production

moderne, la science appliquée, le progrès, n’a

été gagné ni par vous ni par moi. Mais il a été

gagné pour vous comme pour moi, par les gé-

nérations qui nous ont précédés et nous l’ont

transmis, tout comme notre génération le

transmettra, sans doute grossi encore, à celle

qui nous succédera. Pourquoi nous nier cet hé-

ritage, sous prétexte que nous ne l’avons pas

gagné personnellement ? Pourquoi les indus-

triels, ou les embauchés, ou les capitalistes à

piastres profiteraient-ils seuls de cet héritage

commun? Eux ont certainement droit à une

récompense pour ce qu’ils font actuellement;

mais le fruit résultant aujourd’hui des efforts

et des progrès des générations passées doit

apporter quelque chose à tout le monde. Le

fait qu’il y ait encore des complètement dé-

pourvus aujourd’hui est une preuve qu’on re-

fuse la part due à tous du revenu d’un capital

Contre les taxes, pour le dividende

Tous capitalistes, tous héritiers

Une économie généreuse comme l’économie spirituelle de l’Église

par

Louis Even

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Vous avez peut-être vu dans votre région

des pancartes, avec l’inscription:

Contre les

taxes, pour le dividende.

Ce sont des pancar-

tes créditistes; et je crois qu’elles expriment un

sentiment que tout le monde partage.

Les taxes, vous le savez trop bien, sont de

l’argent pris dans votre porte-monnaie par les

municipalités, par les commissions scolaires,

par le gouvernement provincial, par le gouver-

nement fédéral. Il y en a qui sont prises dans

l’enveloppe de paye du travailleur; d’autres,

comme les taxes de vente, sont ajoutées au

prix des choses que vous achetez; d’autres ont

pu être payées d’abord par le manufacturier

ou par les intermédiaires, et sont incluses dans

les prix de vente que tout le monde paie. Per-

sonne n’aime les taxes pour lui-même; elles

enlèvent du pouvoir d’achat, et le taxé ne peut

pas se procurer autant de produits que si la

taxe n’existait pas.

Et le dividende, lui ? C’est tout le contraire;

c’est de l’argent mis dans le porte-monnaie.

Argent pas attaché au travail de celui qui le re-

çoit, mais au capital qu’il a placé dans une en-

treprise. L’entreprise paie les ouvriers pour leur

travail, et cela s’appelle salaire. Mais elle paie

aussi le capitaliste qui a mis ses fonds dans

l’entreprise, même si ce capitaliste ne fait rien,

même s’il est à se promener aux Bermudes

pendant que les ouvriers font profiter ce capi-

tal par leur travail. La paie au capitaliste s’ap-

pelle dividende. S’il travaille en même temps

lui-même dans l’entreprise, il touche deux re-

venus: le salaire dû à son travail et le dividende

dû à son capital. Personne ne nie le droit du

capitaliste à un dividende proportionné à son

capital placé dans l’entreprise.

Tous capitalistes

Eh bien, le Crédit Social enseigne que nous

sommes tous des capitalistes, et que nous

avons donc tous droit à un dividende pério-

dique, que nous soyons salariés ou que nous

soyons sans emploi.

Pour comprendre cela, il faut d’abord recon-

naître d’autre capital que le seul capital-pias-

tres. Si vous mettez à la disposition d’une ma-

nufacture une propriété qui vous appartient,

ou une invention de vous, ce n’est pas de l’ar-

gent, mais c’est quand même un capital réel,

qui permet à la manufacture de faire quelque

chose grâce à votre propriété ou à votre inven-

tion. Et vous avez certainement droit, n’est-ce

pas, d’en attendre une récompense, même si

vous n’y travaillez pas personnellement, même

si ce sont d’autres qui font votre propriété ou

votre invention produire des résultats.

Justement, le Crédit Social soutient, et per-

sonne ne peut nier, qu’il y a dans la produc-

(suite en page 19)

Louis Even