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Mars-Avril 2010

Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

par

Louis Even

Un grand patriote

L’abbé Édouard Valmore Lavergne, curé fon-

dateur de la paroisse Notre-Dame de Grâce de

Québec en 1924, et décédé le 19 juillet 1948 à

l’âge de 71 ans, fut un grand dévot de la Vierge

Marie, ami des pauvres, mais aussi un patriote,

un patriote de grande classe, grand ami de Vers

Demain. Ce n’est pas lui qui concevait une poli-

tique d’où serait absente toute référence à Dieu

et aux préceptes évangéliques, ni une politique

dans laquelle la course au pouvoir et aux postes

payants passerait avant le souci du service de la

multitude.

L’abbé Lavergne ne manquait ni de courage

ni d’éloquence pour dénoncer les trahisons et les

injustices, si haut placés fussent leurs auteurs. Il

flagellait les tractations de coulisses, les achats

de consciences, les prostitutions de mandats de

ceux qui, parvenus à des postes de responsabili-

tés par des moyens plus ou moins honnêtes, en

profitaient pour mousser leurs intérêts personnels

et ceux de leurs amis politiques.

S’il sut flétrir les trahisons des grands et l’es­

prit de parti entretenu dans le peuple par ceux qui

en profitaient, le curé Lavergne sut, d’autre part,

reconnaître et appuyer les hommes de droiture et

de courage qui savaient faire les sacrifices vou-

lus, même sortir de la quiétude de leurs foyers,

de leurs bureaux ou de leurs bibliothèques, pour

affronter avec des moyens souvent modestes les

puissants et les gavés de la politique, de la finan-

ce, de la presse, du mensonge et de la corrup-

tion. Il savait saluer l’avènement de propositions

nouvelles chargées de vérité et de justice pour

tous. Il savait discerner et épauler des initiatives

qui s’orientaient vers une politique d’éducation

et d’apostolat, au lieu d’une politique de pouvoir,

d’argent, de combines et de concessions en vue

de succès électoraux.

C’est ainsi que le curé Lavergne devint vite un

ami et un auxiliaire précieux de la cause créditiste

présentée d’abord par les Cahiers du Crédit So-

cial, puis par le journal Vers Demain et le mouve-

ment créé autour de cet organe. Et il n’en fit point

mystère. L’abbé Lavergne n’était point homme à

masquer ses convictions, pas plus dans le champ

social que dans le champ religieux. Il savait dire

au grand jour: Cela est faux, ceci est vrai; cela est

injuste et nuisible, ceci est juste et bon pour tous.

Cette franchise et cette vérité ne lui firent pas que

des amis, et lui valurent de grandes persécutions,

qu’il supporta de façon héroïque jusqu’à sa mort.

«Ferait du bien aux pauvres»

Mais qu’est-ce qui avait gagné l’adhésion du

curé Lavergne à la doctrine du Crédit Social ? Était-

ce le fruit de longues dissertations techniques en

matière de finance et d’économie? —Non pas. En-

core moins l’idée de voir surgir un parti politique

nouveau qui disputerait le pouvoir aux équipes

ayant successivement déçu les espoirs de la po-

pulation. Non. Rien de tel. Le curé Lavergne nous

le dit un jour lui-même: «

Ce que j’apprécie dans

le Crédit Social, c’est que son application, avec

son dividende à tous, ferait surtout du bien aux

pauvres.»

Aux pauvres de sa paroisse, à tous les

pauvres du pays. Et au delà, partout où l’exemple

donné par notre pays en susciterait l’application

ailleurs.

Certains adhèrent à la doctrine du Crédit So­

cial de Douglas à cause de sa logique, à cause de

sa parfaite conformité au réel, et ils ne se trom­

pent pas. D’autres, parce qu’ils voient dans le Cré-

dit Social la meilleure arme à opposer au commu-

nisme, sur le terrain économique et social; et eux

aussi ont raison. Mais quand le bon curé Lavergne

dit: «Le Crédit Social ferait du bien surtout aux

pauvres», en même temps que c’est son cœur qui

parle, il exprime un argument d’une grande vérité,

sur lequel il fait bon de s’arrêter pour mettre en

lumière la valeur du Crédit Social.

Que faut-il, en effet, pour faire du bien aux

pauvres, aux dépourvus des biens de ce monde?

Il leur faut les biens matériels qui leur manquent,

oui, mais il leur faut aussi le relèvement de la

condition d’humiliés, de piétinés, de mal consi-

dérés, de poids sociaux, auxquels ils se sentent

si souvent réduits.

Incomplet

Le sens social a fait beaucoup de progrès de­

puis les années 1930. À cause du travail de Vers

Demain, on admet aujourd’hui que la société n’a

pas le droit de laisser des personnes, des familles

dans le dénuement absolu. Des mesures dites de

sécurité sociale ont été établies, qui ont certaine-

ment adouci bien des conditions. Mais il reste que

ces mesures maintiennent les bénéficiaires dans

le statut de secourus. Outre les enquêtes et ré-en-

quêtes dont ils sont l’objet, outre les retards, les

vexations, les restrictions, les rationnements, les

secourus savent, et on le leur rappelle d’ailleurs

souvent, que s’ils obtiennent de quoi vivre, c’est

parce que d’autres l’ont gagné pour eux. La caisse

où l’on puise les secours est alimentée par des

taxes imposées à ceux qui tirent leur revenu de

leur contribution à la production. Les taxés sont

des personnes gagnant des salaires. Les pauvres,

eux, doivent savoir qu’ils vivent d’argent non ga-

gné, qu’ils vivent du travail des autres, que la so-

ciété admet avoir l’obligation de les nourrir, mais

qu’ils sont quand même des parasites.

Est-ce bien là réhabiliter le pauvre? Si c’est lui

procurer au moins le strict nécessaire, est-ce bien

là le sortir de sa condition d’humilié, le délivrer de

l’obsession écrasante de se sentir un poids à la

charge de la société?

Complet

Mais en quoi le dividende du Crédit Social se-

rait-il différent d’une même somme d’argent four-

nie, disons, par le Bien-Être social au pauvre sans

revenu?

Différence du tout au tout. Justement parce

que ce serait un dividende. Un dividende est un

revenu de capitaliste, non pas une aumône à un

indigent, pas même un salaire lié à la servitude

d’un emploi aux ordres d’un autre. Il n’y a pas

d’humiliation à toucher un dividende. Le dividen-

de est le revenu d’un homme libre. Il laisse au ca-

pitaliste toute liberté quant l’emploi de son temps

et quant au choix de sa carrière.

Et le dividende proposé par le Crédit Social se-

rait un dividende social. Donc, le revenu d’un ca-

pital social. À chaque citoyen. Donc, chaque per-

sonne reconnue comme capitaliste et traitée en

capitaliste. Tous, pauvres ou riches, gagnants ou

pas gagnants, employés ou non, bien portants ou

malades, enfants au berceau ou vieillards vivant

leurs derniers jours — tous recevant le même di-

vidende social. Donc, tous capitalistes, au même

degré, pour le facteur de production qui n’est du

ni au travail des employés ni aux placements des

hommes à piastres.

Croyez-vous que le bon curé Lavergne pou­

vait demeurer insensible à la perspective d’une

économie commençant par assurer à tous ses

paroissiens, comme à tous les citoyens du pays,

ce statut de capitaliste, ce droit à un dividende

périodique? Sans avoir à subir une investigation

préalable. Sans avoir à se déranger, recevant le

dividende périodiquement, par un chèque postal

comme les pensions de vieillesse d’aujourd’hui,

ou par une simple inscription à leur crédit person-

nel dans un compte de banque à leur nom.

Le pauvre ne se sentirait plus un être à char­

ge, vivant des revenus enlevés à d’autres. Il se-

rait devenu un capitaliste sur le même pied que

le plus gros actionnaire de son pays, au moins

pour le capital communautaire dont le dividende

social serait l’expression.

Un dividende gratuit à chacun

pour distribuer l’abondance gratuite

«Le Crédit Social ferait du bien surtout aux pauvres»

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Le curé Édouard V. Lavergne

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