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Mars-Avril 2010

Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

Le capitalisme doit être corrigé

La doctrine sociale de l’Église se situe au-dessus

des systèmes économiques existants, puisqu’elle se

confine au niveau des principes. Un système écono-

mique sera bon ou non dans la mesure où il applique

ces principes de justice enseignés par l’Église. C’est

la raison pour laquelle le Pape Jean-Paul II écrivait

en 1987, dans son encyclique S

olicitudo rei socia-

lis

, que l’Église

«adopte une attitude critique vis-

à-vis du capitalisme libéral et du collectivisme

marxiste... deux conceptions du développement

imparfaites et ayant besoin d’être radicalement

corrigées.»

Il est facile à comprendre pourquoi l’Égli-

se condamne le communisme, ou collectivisme

marxiste qui, comme le rappelait le Pape Pie XI, est

«intrinsèquement pervers» et anti-chrétien, puisque

son but avoué est la destruction complète de la pro-

priété privée, de la famille, et de la religion. Mais

pourquoi l’Église condamnerait-elle le capitalisme?

Le capitalisme ne vaudrait pas mieux que le com-

munisme?

Dans le second chapitre de

son encyclique

Centesimus annus

,

Jean-Paul II Jean-Paul II reconnaît

les mérites de la libre entreprise,

de l’initiative privée et du profit:

«Il semble que, à l’intérieur de

chaque pays comme dans les

rapports internationaux, le mar-

ché libre soit l’instrument le plus

approprié pour répartir les res-

sources et répondre efficacement aux besoins.

Toutefois, cela ne vaut que pour les besoins

‘solvables’, parce que l’on dispose d’un pouvoir

d’achat, et pour les ressources qui sont ‘venda-

bles’, susceptibles d’être payées à un juste prix.

Mais il y a de nombreux besoins humains qui ne

peuvent être satisfaits par le marché. C’est un

strict devoir de justice et de vérité de faire en

sorte que les besoins humains fondamentaux ne

restent pas insatisfaits et que ne périssent pas

les hommes qui souffrent de ces carences.»

Un peu plus loin dans la même encyclique (n.

42), le Saint-Père explique ce qui est acceptable et

ce qui ne l’est pas dans le capitalisme :

«En revenant maintenant à la question ini-

tiale, peut-on dire que, après l’échec du commu-

nisme, le capitalisme est le système social qui

l’emporte et que c’est vers lui que s’orientent

les efforts des pays qui cherchent à reconstruire

leur économie et leur société? Est-ce ce modèle

qu’il faut proposer aux pays du Tiers-Monde qui

cherchent la voie du vrai progrès de leur écono-

mie et de leur société civile?

«La réponse est évidemment complexe. Si

sous le nom de ‘capitalisme’ on désigne un sys-

tème économique qui reconnaît le rôle fonda-

mental et positif de l’entreprise, du marché, de

la propriété privée et de la responsabilité qu’elle

implique dans les moyens de production, de la

libre créativité humaine dans le secteur écono-

mique, la réponse est sûrement positive, même

s’il serait peut-être plus approprié de parler

‘d’économie d’entreprise’, ou ‘d’économie de

marché’, ou simplement ‘d’économie libre’. Mais

si par ‘capitalisme’ on entend un système où la

liberté dans le domaine économique n’est pas

encadrée par un contexte juridique ferme qui la

met au service de la liberté humaine intégrale et

la considère comme une dimension particulière

de cette dernière, dont l’axe est d’ordre éthique

et religieux, alors la réponse est nettement né-

gative.»

Même si le marxisme s’est écroulé, cela ne si-

gnifie pas pour autant le triomphe du capitalisme,

car même après la chute du communisme, il existe

encore des millions de pauvres et de situations d’in-

justice sur la planète. Jean-Paul II écrit:

«La solution marxiste a échoué, mais des

phénomènes de marginalisation et d’exploita-

tion demeurent dans le monde, spécialement

dans le Tiers-Monde, de même que des phéno-

mènes d’aliénation humaine, spécialement dans

les pays les plus avancés, contre lesquels la

voix de l’Église s’élève avec fermeté. Des foules

importantes vivent encore dans des conditions

de profonde misère matérielle et morale. Certes,

la chute du système communiste élimine dans

de nombreux pays un obstacle pour le traite-

ment approprié et réaliste de ces problèmes,

mais cela ne suffit pas à les résoudre.»

(

Centesi-

mus annus

, 42.)

Ce que l’Église reproche au capitalisme actuel

n’est donc pas la propriété privée ni la libre entre-

prise. Au contraire, loin de souhaiter la disparition

de la propriété privée, l’Eglise souhaite plutôt sa

diffusion la plus large possible pour tous, que tous

soient propriétaires d’un capital, soient réellement

«capitalistes»:

«La dignité de la personne

humaine exige normalement,

comme fondement naturel pour

vivre, le droit à l’usage des biens

de la terre; à ce droit corres-

pond l’obligation fondamentale

d’accorder une propriété privée

autant que possible à tous....

(Il faut) mettre en branle une

politique économique qui encourage et facilite

une plus ample accession à la propriété privée

des biens durables: une maison, une terre, un

outillage artisanal, l’équipement d’une ferme fa-

miliale, quelques actions d’entreprises moyen-

nes ou grandes.»

(Jean XXIII, encyclique

Mater et

Magistra

, nn. 114-115.)

Le Crédit Social, avec son dividende à chaque

individu, reconnaîtrait chaque être humain comme

étant un véritable capitaliste, propriétaire d’un ca-

pital, co-héritier des richesses naturelles et du pro-

grès (les inventions humaines, la technologie).

Le capitalisme a été vicié

par le système financier

Ce que l’Église reproche au système capitalis-

te, c’est que, précisément, tous et chacun des êtres

humains vivant sur la planète n’ont pas accès à un

minimum de biens matériels, permettant une vie dé-

cente, et que même dans les pays les plus avancés,

il existe des milliers de personnes qui ne mangent

pas à leur faim. C’est le principe de la destination

universelle des biens qui n’est pas atteint: la pro-

duction existe en abondance, mais c’est la distribu-

tion qui est défectueuse.

Et dans le système actuel, l’instrument qui per-

met la distribution des biens et des services, le si-

gne qui permet d’obtenir les produits, c’est l’argent.

C’est donc le système d’argent, le système financier

qui fait défaut dans le capitalisme.

Les maux du système capitaliste ne provien-

nent donc pas de sa nature (propriété privée, libre

entreprise), mais du système financier qu’il utilise,

un système financier qui domine au lieu de servir,

qui vicie le capitalisme. Le Pape Pie XI écrivait dans

son encyclique

Quadragesimo anno

, en 1931:

«Le

capitalisme n’est pas à condamner en lui-même,

ce n’est pas sa constitution qui est mauvaise,

mais il a été vicié.»

Ce que l’Église condamne, ce n’est pas le capi-

talisme en tant que système producteur, mais, selon

les mots du Pape Paul VI, le «néfaste système qui

l’accompagne», le système financier:

«Ce libéralisme sans frein conduit à la dic-

tature à bon droit dénoncée par Pie XI comme

génératrice de ‘l’impérialisme de l’argent’. On ne

saurait trop réprouver de tels abus, en rappelant

encore une fois solennellement que l’écono-

mie est au service de l’homme. Mais s’il est vrai

qu’un certain capitalisme a été la source de trop

de souffrances, d’injustices et de luttes fratrici-

des aux effets durables, c’est à tort qu’on attri-

buerait à l’industrialisation elle-même des maux

qui sont dus au néfaste système qui l’accompa-

gnait. Il faut au contraire en toute justice recon-

naître l’apport irremplaçable de l’organisation

du travail et du progrès industriel à l’oeuvre du

développement.»

(Encyclique

Populorum progres-

sio

, sur le développement des peuples, n. 26.)

Le vice du système: l’argent est créé

par les banques sous forme de dette

C’est le système financier qui n’accomplit pas

son rôle, il a été détourné de sa fin. (Faire les biens

joindre les besoins.) L’argent ne devrait être qu’un

instrument de distribution, un signe qui donne droit

aux produits, une simple comptabilité.

L’argent devrait être un instrument de service,

mais les banquiers, en se réservant le contrôle de

la création de l’argent, en ont fait un instrument de

domination: Puisque le monde ne peut vivre sans

argent, tous — gouvernements, compagnies, indi-

vidus — doivent se soumettre aux conditions im-

posées par les banquiers pour obtenir de l’argent,

qui est le droit de vivre dans notre société actuelle.

Cela établit une véritable dictature sur la vie écono-

mique: Les banquiers sont devenus les maîtres de

nos vies, tel que le rapportait très justement encore

Pie XI dans

Quadragesimo anno

(n. 106):

«Ce pouvoir est surtout consi-

dérable chez ceux qui, détenteurs

et maîtres absolus de l’argent et

du crédit, gouvernent le crédit et

le dispensent selon leur bon plai-

sir. Par là, ils distribuent le sang à

l’organisme économique dont ils

tiennent la vie entre leurs mains, si

bien que, sans leur consentement,

nul ne peut plus respirer.»

Aucun pays ne peut rembourser sa dette dans

le système actuel, puisque tout argent est créé sous

forme de dette: tout l’argent qui existe vient en circu-

lation seulement lorsqu’il est prêté par les banques,

à intérêt. Et chaque fois qu’un prêt est remboursé,

cette somme d’argent cesse d’exister, est retirée de

la circulation.

Le défaut fondamental dans ce système est que

lorsque les banques créent de l’argent nouveau sous

forme de prêts, elles demandent aux emprunteurs

de ramener à la banque plus d’argent que ce que la

banque a créé. (Les banques créent le capital qu’el-

les prêtent, mais pas l’intérêt qu’elles exigent en

retour.) Puisqu’il est impossible de rembourser de

l’argent qui n’existe pas, la seule solution est d’em-

prunter de nouveau pour pouvoir payer cet intérêt,

et d’accumuler ainsi des dettes impayables.

Cette création d’argent sous forme de dette par

les banquiers est leur moyen d’imposer leur volonté

sur les individus et de contrôler le monde:

«

Parmi les actes et les attitudes contraires à

la volonté de Dieu et au bien du prochain et les

‘structures’ qu’ils introduisent, deux éléments

paraissent aujourd’hui les plus caractéristiques:

d’une part le désir exclusif du profit et, d’autre

part, la soif du pouvoir dans le but d’imposer

aux autres sa propre volonté.»

(Jean-Paul II, en-

cyclique

Sollicitudo rei socialis

, n. 37.)

Puisque l’argent est un instrument essentielle-

ment social, la doctrine du Crédit Social propose

que l’argent soit émis par la société, et non par des

banquiers privés pour leur profit:

«Il y a certaines catégories de biens pour

lesquelles on peut soutenir avec raison qu’ils

doivent être réservés à la collectivité lorsqu’ils

en viennent à conférer une puissance écono-

mique telle qu’elle ne peut, sans danger pour le

bien public, être laissée entre les mains de per-

sonnes privées.»

(Pie XI,

Quadragesimo anno

.)

Alain Pilote

Pie XI

Jean XXIII

L’enseignement de l’Église

sur le capitalisme

Jean-Paul II