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Mars-Avril 2010

Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

(suite de la page 20)

Capitalisme et communisme

puis de savoir-faire acquis, accumulé et transmis

d’une génération à l’autre, inventions, découver-

tes de sources nouvelles d’énergie, perfectionne-

ment de procédés de production; puis, dans une

proportion décroissante, de labeur humain; aussi

d’investissements, de capital financier, simples

signes chiffrés permettant de mobiliser des maté-

riaux et de la main-d’oeuvre.

De ces quatre facteurs, les plus importants

sont bien les deux premiers. D’abord, les ressour-

ces naturelles, gagnées par personne, mais don

de Dieu, capital réel créé pour tous les hommes

de toutes les générations, à utiliser selon leurs

besoins normaux, à entretenir s’il s’agit de biens

se reproduisant comme la forêt, à exploiter sage-

ment s’il s’agit de biens inertes comme les mine-

rais, et non pas à gaspiller follement comme on le

fait aujourd’hui à un rythme accéléré et à l’échelle

planétaire. Puis, il y a le progrès croissant dans les

moyens et les méthodes de production; progrès

réalisé par les générations qui se sont succédé,

pas seulement par la nôtre; progrès dont l’ac-

croissement et la transmission sont dus à la vie en

société, et dont aucun individu ni aucun groupe

ne peut se prétendre l’héritier exclusif. C’est cet

héritage commun, capital réel de grande valeur,

qui permet de produire davantage, même avec

une diminution de labeur humain.

Supprimez cet héritage de nature communau-

taire, la production ne sera pas le centième de ce

qu’elle est, même en y employant tous les bras

valides et en y investissant tous les signes moné-

taires qu’on voudra.

C’est pourquoi nous disons que tous et cha-

cun des membres de la société naissent héritiers

et propriétaires du plus gros capital réel, facteur

prépondérant de la production moderne. Donc,

tous avec un droit de capitaliste sur une partie

croissante des fruits de la production, sans sup-

primer la rémunération de ceux qui apportent leur

concours personnel à la mise en rendement de ce

capital communautaire.

Et nous ajoutons, comme Douglas, que l’aug-

mentation de productivité, due à la croissance de

l’héritage communautaire et non pas à l’apport

individuel du producteur, devrait se traduire par

un pourcentage croissant du pouvoir d’achat sous

forme de dividendes à tous et un pourcentage

décroissant sous forme de salaires à l’emploi de

moins en moins nécessaire.

Conforme au plan divin

Ce mode de distribution d’une production de

plus en plus abondante et de plus en plus facile

stériliserait toute propagande communiste et so-

cialiste. Ce serait aussi le moyen le plus effectif

de reconnaître concrètement ce que le Pape Pie

XII appelait un droit fondamental de tout homme

à l’usage des biens matériels, dans son fameux

radio-message du 1er juin 1941:

«Les biens créés par Dieu l’ont été pour tous

les hommes et doivent être à la disposition de

tous, selon les principes de la justice et de la cha-

rité.

«Tout homme, en tant qu’être doué de rai-

son, tient en fait de la nature le droit fondamental

d’user des biens matériels de la terre, quoi qu’il

soit laissé à la volonté humaine et aux formes

juridiques des peuples de régler plus en détail la

réalisation pratique de ce droit.»

Quelles formes juridiques, c’est-à-dire quel-

les législations, ont jamais proposé une méthode

aussi effective qu’un dividende à tous et à chacun,

pouvoir d’achat de base, pour réaliser pratique-

ment le droit de chaque homme à user des biens

matériels de la terre? Ce serait pourtant si facile,

au moins dans nos pays où les problèmes éco-

nomiques les plus ardus ne sont nullement des

problèmes de production, mais des problèmes

d’écoulement des produits.

Le Pape ajoutait:

«Un tel droit individuel ne saurait en aucune

manière être supprimé, pas même par l’exercice

d’autres droits certains et reconnus sur des biens

matériels.»

Ces autres droits certains et reconnus com-

me légitimes comprennent certainement le droit

de propriété: propriété du sol, d’entreprises de

production, de moyens de transport, d’établisse-

ments de commerce, etc. Tous ces biens-là sont

légitimement gérés_ par leurs propriétaires, et

ces propriétaires peuvent légitimement en tirer

un profit qui est pour eux ce que le salaire est

pour l’employé. Mais il reste que seul Dieu pos-

sède une propriété absolue sur tout. Il est le pre-

mier auteur de toute possibilité de production, et

II veut que tous les hommes puissent bénéficier

de son oeuvre. C’est pourquoi son Église nous

rappelle souvent que toute propriété privée a une

fonction sociale à remplir. Autrement dit, qu’elle

ne soit pas au profit unique de son propriétaire,

mais utile en quelque manière pour tous.

Or, aujourd’hui, cette fonction sociale est de-

venue difficile à réaliser par bien des propriétai-

res privés, qui doivent lutter ardument rien que

pour sauver leur propriété contre la ruine, dans

un monde de concurrence effrénée, de privilèges

financiers aux plus puissants et de taxes croissan-

tes réclamées par tous les gouvernements et tous

les corps publics.

Eh bien, cette fonction sociale de la propriété

privée serait magnifiquement et automatiquement

accomplie par un dividende social donnant à tous

le droit à une part des fruits de toute entreprise

de production. Et cela sans appauvrir le proprié-

taire, en lui rendant plutôt service, puisque son

produit, s’il répond véritablement à des besoins

humains, s’écoulerait plus facilement sur un mar-

ché où tous les consommateurs seraient munis

de pouvoir d’achat.

Réponse à deux accusations

On accuse la concentration de la richesse en-

tre quelques mains de conduire au communisme.

C’est vrai, soit parce que cette concentration

laisse la masse des non-possédants facilement

ouverte à la propagande communiste ou socia-

liste, soit parce que le gouvernement, intervenant

dans le but de casser un monopole, nationalise la

grosse industrie et conduit ainsi vers le socialisme

d’État. Mais n’allons pas en tirer argument contre

le capitalisme sain: c’est le système financier, faux

et terriblement concentré, qui conduit ainsi à la

concentration des capitaux entre quelques mains,

viciant le capitalisme et ouvrant la voie au com-

munisme.

On accuse encore le système capitaliste de

créer toujours de nouveaux besoins pour pouvoir

écouler sa production abondante, et de conduire

ainsi au matérialisme aussi efficacement que le

fait la législation athée et matérialiste des pays

communistes.

Ici encore, il faut accuser, non pas l’économie

capitaliste en soi, mais le système financier, dont

les contrôleurs refusent de distribuer du pouvoir

d’achat autrement que par un emploi dans la pro-

duction: pas d’emploi, pas d’argent. Le progrès,

qui devrait être un bienfait en libérant de la né-

cessité de l’emploi, devient ainsi, au contraire, un

problème quand le revenu disparaît avec la dispa-

rition de l’emploi. On cherche alors des solutions

dans la production de biens matériels nouveaux.

Mais ces produits nouveaux, il faut les écouler;

pour cela, promouvoir de nouveaux besoins ma-

tériels, si factices soient-ils, ce qui contribue cer-

tainement à nourrir le matérialisme. La dignité de

l’homme est impitoyablement sacrifiée à la néces-

sité de maintenir la production en marche, alors

même que le volume de production réalisé est

déjà plus que suffisant pour satisfaire les besoins

humains réels d’une vie normale. C’est certaine-

ment pousser vers le matérialisme.

Sous un système économique à finance de

Crédit Social, la cupidité de l’homme marqué par

le péché originel existerait encore; mais elle ne

serait pas ainsi stimulée, imposée même, par la

nécessité d’un pouvoir d’achat lié à l’emploi. Le

dividende social à tous, en dissociant, pour une

part croissante, le pouvoir d’achat de l’emploi

dans la production, pousserait plutôt dans le sens

contraire.

Le Pape Paul VI, dans son encyclique

Popu-

lorum Progressio

sur le développement des peu-

ples, disait que la poursuite du développement

exige

«des sages de réflexion profonde, à la re-

cherche d’un humanisme nouveau, qui permette

à l’homme moderne de se retrouver lui-même,

en assumant les valeurs supérieures d’amour,

d’amitié, de prière et de contemplation.»

Ce qui nous rappelle la remarque d’un philoso-

phe chrétien (Maritain, si notre mémoire ne nous

trompe pas), à l’effet que le progrès sainement uti-

lisé devrait conduire non pas à une civilisation de

travail, mais à une civilisation de contemplation.

L’humanisme nouveau, que souhaite le Pape,

pour permettre à l’homme de se dégager du ma-

térialisme et «d’assumer les valeurs supérieures

d’amour, d’amitié, de prière et de contemplation»,

ne serait-il pas bien servi par l’adoption des propo-

sitions financières du Crédit Social ? Propositions

conçues par le génie que fut Douglas, formulées

par lui dès 1917, mais obstinément refusées et

combattues, même par des professeurs d’univer-

sités et autres membres de l’élite qui devraient

savoir mieux.

Catholique et créditiste

Le catholique qui est aussi créditiste est admi-

rablement muni pour faire face à la propagande

communiste et socialiste sur les deux plans: le

spirituel et le temporel.

D’autre part, le catholique qui, par ignorance

ou complicité ou démission, ne connaît ou n’ad-

met en économie que le système financier actuel,

peut bien posséder un solide barrage d’argu-

ments spirituels à opposer au communisme, mais

il a piteusement les mains vides pour présenter

une solution chrétienne à la terrible accusation

d’une abondance détruite, ou paralysée, ou em-

pêchée de naître, en face de besoins criants non

satisfaits.

Comment un catholique peut-il excuser la

soumission de possibilités réelles d’ordre public

ou privé, aux conditions d’une finance devenue fin

au lieu de moyen, maîtresse au lieu de servante;

d’une finance ne consentant à fonctionner qu’en

dictant, rationnant et endettant ? Comment un

catholique peut-il ne pas préférer à cette tyrannie

un système financier souple, s’ajustant aux pos-

sibilités physiques de la production et finançant

adéquatement la distribution des biens produits,

avec garantie d’une part prioritaire aux nécessités

vitales de tous et de chacun, sans enquêtes, sans

classement humiliant, sans conditions et sans en-

dettement ?

Le Père Thomas Landry, Dominicain, nous di-

sait, dans une homélie à la messe de Saint Tho-

mas d’Aquin, le 7 mars 1938:

«Qu’il fait bon être

catholique quand on est créditiste. Qu’il fait bon

être créditiste quand on est catholique.»

Oui, Père, les Pèlerins de saint Michel en sont

tous convaincus, par expérience personnelle.

Louis Even

La nourriture pour tous

par un dividende à tous

La chute du marxisme en Europe de

l’Est ne signifie pas nécessairement le tri-

omphe du capitalisme, qui doit être cor-

rigé de son défaut financier.