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Mars-Avril 2010

Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

Capitalisme et communisme

«Le communisme est intrinsèquement

pervers», a écrit le Pape Pie XI

Le capitalisme répond aux aspirations

de la personne humaine, mais il a été

vicié par le système financier qu’il utilise

(suite en page 21)

par

Louis Even

On entend trop souvent dire:

«Le capitalisme

ne vaut pas mieux que le communisme. L’Égli-

se a condamné les deux avec la même vigueur.

Le système capitaliste ne mérite donc pas plus

d’égards que le système communiste.»

L’Eglise n’a pas condamné le capitalisme.

C’est attribuer au système capitaliste des maux

qui ne proviennent nullement du système, mais

des abus d’individus qui se conduisent bien plus

en tyrans (comme font les chefs de pays commu-

nistes) que comme des citoyens d’un pays inté-

gralement capitaliste.

C’est du communisme, et du communisme

seul, que le pape Pie XI déclarait: «

Le communis-

me est intrinsèquement pervers, et l’on ne peut

admettre sur aucun terrain la collaboration avec

lui de la part de quiconque veut sauver la civilisa-

tion chrétienne»

(Encyclique

Divini Redemptoris

,

n. 58.).

«Intrinsèquement pervers» —

cela veut dire pervers par sa nature

même. Pervers tout entier, rien de

bon en lui. Pervers par son athéis-

me, pervers par son matérialisme.

Pervers par ses mensonges, par sa

violation des engagements les plus

sacrés. Pervers par son absence

de toute morale: le communisme

considère comme moral tout ce qui

sert à ses fins et comme immoral

ce qui en éloigne.

Par contre, dans une autre en-

cyclique, le même Pape déclare

que

«le système capitaliste n’est

pas à condamner en lui-même,

mais qu’il a été vicié»

(

Quadrage-

simo Anno

, n. 109.). Nous verrons

comment plus loin dans cet article.

Le communisme est intrinsè-

quement pervers, non seulement

en coupant l’homme de Dieu, mais aussi par le

peu de cas qu’il fait de l’individu même dans le

domaine temporel. Il dégrade la personne. Il ne

tient pas compte de la nature de l’homme telle que

l’a faite le Créateur. Il foule aux pieds la liberté de

choix de la personne. L’individu n’est pour le com-

munisme qu’un instrument à utiliser selon les fins

du parti, un instrument qui doit se plier à ces fins

ou être cassé impitoyablement.

Le communisme est tyrannique au suprême

degré. Une fois au pouvoir, le parti communiste

ne permet rien qui puisse menacer de l’en détrô-

ner. Il exerce une souveraineté absolue sur tout

et sur tous. Il ordonne quoi faire, quoi ne pas fai-

re: Accepte ce que je décide pour toi, sinon je te

rends la vie impossible.

Le système capitaliste n’en est pas là. Les

vices qu’on lui reproche ne lui sont point inhé-

rents, ils ne proviennent pas de sa nature, mais

du système financier qu’il utilise, un système fi-

nancier qui domine au lieu de servir. C’est le sys-

tème financier qui vicie le capitalisme.

Le système capitaliste est, par définition, un

système qui répond aux aspirations de la nature

humaine. Nous pouvons, en effet, définir le capi-

talisme comme système reconnaissant et proté-

geant la propriété privée, la libre entreprise, la li-

berté de choix de la personne, la souveraineté du

consommateur sur les objectifs de production par

l’entremise du marché libre: le produit, choisi ou

commandé par le consommateur guide, en effet,

les programmes de production.

«Mais, objectera-t-on, ce n’est point ainsi que

se passent les choses dans notre pays à système

capitaliste. La propriété privée est fort malme-

née, surtout la propriété privée des moyens de

production qui est le lot d’une minorité de plus

en plus restreinte. La majorité doit se mettre for-

cément au service de cette minorité, sous peine

d’affamation par manque de pouvoir d’achat.

L’insuffisance de pouvoir d’achat anéantit ou ré-

duit la liberté de choix du produit et par là même

supprime la souveraineté du consommateur sur

les objectifs de la production. Les conflits répétés

entre les employeurs, qui constituent la minorité,

et les employés, qui forment la grosse majorité,

ne démontrent-ils pas que le système répond très

mal aux aspirations des personnes et que le capi-

talisme, lui aussi, fait peu de cas de la liberté de

choix du grand nombre?»

La réponse est justement dans le rétrécisse-

ment du système capitaliste à une minorité, et non

pas dans sa mise en application. On ne peut pas

dire qu’un pays vit vraiment sous un système capi-

taliste quand le capitalisme concerne seulement 5

pour cent de la population et que 95 pour cent ne

vivent qu’avec la permission ou la grâce de ces 5

pour cent. Le système n’est alors que 5 pour cent

du capitalisme et 95 pour cent de la servitude. Sys-

tème qui s’approche de plus en plus du commu-

nisme, à mesure que se concentre entre quelques

mains le pouvoir de dominer la vie des autres.

Ce n’est donc pas l’économie capitaliste

comme telle qu’il faut blâmer; et ce n’est pas

sa disparition, mais au contraire, son extension,

qu’il faut souhaiter. Si, dans un pays, il n’y a plus

que 5 pour cent des citoyens à jouir d’un statut

de capitaliste, au lieu de désirer voir cette pro-

portion fondre à zéro pour cent, il faut plutôt ten-

dre à la monter à 100 pour cent.

Par le Crédit Social

C’est cela que ferait la substitution d’une fi-

nance créditiste au système financier actuel qui

parasite, puis domine, intoxique et tue graduelle-

ment le véritable capitalisme.

Le Crédit Social ferait de chaque citoyen un

capitaliste de fait comme il l’est déjà de droit. Ce

serait, en matière économique, rétablir la person-

ne dans ses droits; lui reconnaître pratiquement

le droit d’organiser sa vie selon son propre choix,

à la seule condition de respecter ce même droit

chez les autres.

En matière économique toujours, la plus

grande richesse du capitaliste, s’il sait mettre une

borne à la poursuite de richesses matérielles tou-

jours plus considérables, c’est sa liberté de choix.

Dans la mesure où son revenu de capitaliste lui

permet une vie convenable, il est libre de dire oui

ou non à tout projet qui le courtise. Son revenu

n’étant pas conditionné par une participation per-

sonnelle à la production, il est libre de son temps

et peut l’employer à son gré. Il peut certainement

encore accepter de l’emploi dans des entreprises

conduites par d’autres, mais il peut aussi préfé-

rer se livrer à des activités de son

choix — activités qui peuvent très

bien concourir à enrichir la société

tout entière de richesses qui ne sont

pas nécessairement matérielles. Le

travail libre est généralement plus

créateur et plus fécond que le tra-

vail forcé.

Le revenu du capitaliste s’ap-

pelle dividende. Le dividende est

facteur d’une sécurité économi-

que inconditionnée, une «sécurité

économique absolue», selon l’ex-

pression de Douglas, fondateur de

l’école créditiste de pensée. Tandis

que le salaire, même s’il est suffi-

sant, même s’il est généreux, ne

peut donner qu’une sécurité écono-

mique conditionnée, conditionnée

par l’emploi, par l’embauchage,

donc par une servitude.

Ceux qui exaltent le salaire et discréditent le

dividende exaltent la servitude et discréditent la

liberté. Les syndicats — et d’autres — qui préco-

nisent une politique de plein emploi associent le

droit de vivre à la servitude. Les créditistes qui

préconisent un dividende social à tous et à cha-

cun veulent pour tous une économie de liberté,

un droit de vivre lié à la personne elle-même et

non pas uniquement à sa participation personnel-

le à la production. Ce dividende social, qui irait à

tous, employés ou non, n’empêcherait nullement,

en plus, une rémunération appropriée à ceux qui

contribuent à la production.

Tous capitalistes

Mais sur quoi se base le Crédit Social pour dé-

clarer toute personne capitaliste de droit ? Nous

l’avons expliqué maintes fois dans nos articles sur

le sujet. Résumons-le seulement ici:

La production moderne résulte de plusieurs

facteurs: toutd’abordde l’existencedematièrepre-

mière, de richesses naturelles qui sont l’oeuvre du

Créateur et sans lesquelles rien ne serait possible;

Adam Smith,

considéré comme

étant le père du

capitalisme

Karl Marx,

considéré comme

étant le père du

communisme

A chacun sa part des richesses