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Mars-Avril 2010

Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

«Si tu veux construire la paix, protège la création»

«Le Concile oecuménique Vatican II a rap-

pelé que “Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle

contient à l’usage de tous les hommes et de tous les

peuples”. L’héritage de la création appartient donc

à l’humanité tout entière. Par contre, le rythme ac-

tuel d’exploitation met sérieusement en danger la

disponibilité de certaines ressources naturelles non

seulement pour la génération présente, mais sur-

tout pour les générations futures.

«Je souhaite donc l’adoption d’un modèle

de développement basé sur le caractère central

de l’être humain, sur la promotion et le partage

du bien commun, sur la responsabilité, sur la

conscience d’un changement nécessaire des

styles de vie et sur la prudence, vertu qui indi-

que les actes à accomplir aujourd’hui en prévi-

sion de ce qui peut arriver demain.»

Angélus du 1er janvier 2010

Dans sa méditation prononcée avant la prière

de l’Angélus, le 1

er

janvier 2010, Benoît XVI a dé-

claré:

«Il y a un objectif que tous peuvent partager,

condition indispensable pour la paix, c’est d’admi-

nistrer avec justice et sagesse les ressources na-

turelles de la terre. “Si tu veux construire la paix,

protège la création”: c’est à ce thème d’une grande

actualité que j’ai consacré mon Message pour cette

43e Journée mondiale de la Paix. Au moment où ce

message était publié, les chefs d’États et de gou-

vernements étaient réunis à Copenhague pour le

sommet sur le climat d’où est ressortie encore une

fois l’urgence d’orientations

concertées au plan mondial.

«Cependant, aujourd’hui,

je voudrais souligner l’im-

portance qu’ont aussi, pour

la protection de l’environ-

nement, les choix des parti-

culiers, des familles, et des

administrations locales. “Un

changement de mentalité ef-

fectif qui conduise chacun à

adopter de nouveaux styles

de vie est désormais indis-

pensable”. Nous sommes

en effet tous responsables

de la protection et du soin

de la création. C’est pour-

quoi aussi dans ce domaine,

l’éducation est fondamentale:

pour apprendre à respecter

la nature; s’orienter toujours

plus “vers la construction de

la paix à partir de choix de

grande envergure au niveau

personnel, familial, commu-

nautaire et politique.”

«Si nous devons pren-

dre soin des créatures qui

nous entourent, quelle considération ne devons-

nous pas avoir pour les personnes, nos frères et

sœurs ! Quel respect pour la vie humaine ! »

Discours au Corps diplomatique

Dans son discours aux ambassadeurs de 178

pays, le Saint-Père a dit, le 11 janvier 2010:

«Si l’on veut construire une vraie paix, com-

ment serait-il possible de séparer, ou même

d’opposer, la protection de l’environnement et

celle de la vie humaine, y compris la vie avant

la naissance? C’est dans le respect que la per-

sonne humaine a d’elle-même que se manifeste

son sens de la responsabilité pour la création.

Car, comme saint Thomas d’Aquin l’enseigne,

l’homme représente ce qu’il y a de plus noble

dans l’univers. En outre, et je l’ai rappelé lors du

récent Sommet mondial de la FAO sur la Sécuri-

té alimentaire, “la terre est en mesure de nourrir

tous ses habitants” (Discours du 16 novembre

2009), pourvu que l’égoïsme ne conduise pas

à l’accaparement par quelques-uns des biens

destinés à tous ! »

Encyclique

Caritas in veritate

Bien entendu, le Pape Benoît XVI n’a pas oublié

cette question de l’environnement dans sa dernière

encyclique Caritas in veritate (n. 48), rendue publi-

que en juillet 2009:

«Le thème du développement est aussi

aujourd’hui fortement lié aux devoirs qu’engendre le

rapport de l’homme avec l’environnement naturel.

Celui-ci a été donné à tous par Dieu et son usage

représente pour nous une responsabilité à l’égard

des pauvres, des générations à venir et de l’huma-

nité tout entière. Si la nature, et en premier lieu l’être

humain, sont considérés comme le fruit du hasard

ou du déterminisme de l’évolution, la conscience de

la responsabilité s’atténue dans les esprits. Dans la

nature, le croyant reconnaît lemerveilleux résultat de

l’intervention créatrice de Dieu, dont l’homme peut

user pour satisfaire ses besoins légitimes — maté-

riels et immatériels — dans le respect des équilibres

propres à la réalité créée. Si cette vision se perd,

l’homme finit soit par considérer la nature comme

une réalité intouchable, soit, au contraire, par en

abuser. Ces deux attitudes ne sont pas conformes à

la vision chrétienne de la nature, fruit de la création

de Dieu… La nature est à notre disposition non pas

comme “un tas de choses répandues au hasard”,

mais au contraire comme un don du Créateur qui en

a indiqué les lois intrinsèques afin que l’homme en

tire les orientations nécessaires pour «la garder et

la cultiver» (Gn 2, 15)…

«Il y a de la place pour tous sur la terre: la

famille humaine tout entière doit y trouver les

ressources nécessaires pour vivre correcte-

ment grâce à la nature elle-même, don de Dieu

à ses enfants, et par l’effort de son travail et

de sa créativité. Nous devons cependant avoir

conscience du grave devoir que nous avons de

laisser la terre aux nouvelles générations dans

un état tel qu’elles puissent elles aussi l’habi-

ter décemment et continuer à la cultiver… L’une

des plus importantes tâches de l’économie est

précisément l’utilisation la plus efficace des res-

sources, et non leur abus.»

Sauver la nature, les animaux, les bébés pho-

ques, c’est bien, mais sauver les êtres humains, c’est

encore plus important. Benoît XVI explique: «Consi-

dérer la nature comme plus importante que la per-

sonne humaine elle-même est contraire au véritable

développement. Cette position conduit à des attitu-

des néo-païennes (faire de la terre une déesse)…

Par ailleurs, la position inverse… est également à

rejeter car le milieu naturel n’est pas seulement un

matériau dont nous pouvons disposer à notre guise,

mais c’est l’œuvre admirable du Créateur, portant

en soi une “grammaire” qui indique une finalité et

des critères pour qu’il soit utilisé avec sagesse et

non pas exploité de manière arbitraire.»

A ce sujet, Jean-Paul II écrivait dans son ency-

clique Centesimus annus (n. 38):

«En dehors de

la destruction irrationnelle du milieu naturel, il

faut rappeler ici la destruction encore plus grave

du milieu humain, à laquelle on est cependant

loin d’accorder l’attention voulue. Alors que l’on

se préoccupe à juste titre, même si on est bien

loin de ce qui serait nécessaire, de sauvegarder

les habitats naturels des différentes espèces

animales menacées d’extinction, parce qu’on

se rend compte que chacune d’elles apporte

sa contribution particulière à l’équilibre général

de la terre, on s’engage trop peu dans la sauve-

garde des conditions morales d’une «écologie

humaine» authentique.»

L’équilibre écologique de la planète qui est me-

nacé par la pollution et le gaspillage des ressources

— problèmes qui, comme le savent les étudiants

assidus du Crédit Social, sont directement causés

par le système financier actuel qui entraîne, entre

autres, la création de besoins inutiles, pour créer

des emplois qui ne sont pas vraiment nécessaires.

Douglas a fait remarquer avec justesse qu’une fois

leurs besoins essentiels assurés, la plupart des

gens se contenteraient d’un style de vie beaucoup

plus simple, ce qui réduirait de beaucoup la destruc-

tion de l’environnement.

Le Pape Benoît XVI a fait plusieurs déclarations

récentes sur la question de l’environnement et du

respect de la création, qui démontrent qu’il prend ce

problème au sérieux. Il a choisi, pour la 43

e

journée

mondiale de la paix, le 1

er

janvier 2010, le thème :

«Si tu veux construire la paix, protège la création».

Voici des extraits de ce message, ainsi que des

autres déclarations récentes du Saint-Père à ce su-

jet :

Journée mondiale de la Paix

«Le respect de la création revêt une grande im-

portance, car “la création est le début et le fonde-

ment de toutes les oeuvres de Dieu” et, aujourd’hui,

sa sauvegarde devient essentielle pour la coexis-

tence pacifique de l’humanité.

«Il est sage d’opérer une révision profonde et

perspicace du modèle de développement, et de

réfléchir également sur le sens de l’économie et

de ses objectifs, pour en corriger les dysfonction-

nements et les déséquilibres.

L’état de santé écologique de la

planète l’exige; la crise culturelle

et morale de l’homme le requiert

aussi et plus encore, crise dont

les symptômes sont évidents

depuis un certain temps partout

dans le monde.

«L’humanité a besoin d’un

profond renouvellement culturel;

elle a besoin de redécouvrir les

valeurs qui constituent le fon-

dement solide sur lequel bâtir

un avenir meilleur pour tous.

Les situations de crise qu’elle

traverse actuellement — de na-

ture économique, alimentaire,

environnementale ou sociale

— sont, au fond, aussi des cri-

ses morales liées les unes aux

autres. Elles obligent à repenser

le cheminement commun des

hommes. Elles contraignent, en

particulier, à adopter une ma-

nière de vivre basée sur la so-

briété et la solidarité, avec de

nouvelles règles et des formes

d’engagement s’appuyant avec

confiance et avec courage sur

les expériences positives faites et rejetant avec dé-

cision celles qui sont négatives. Ainsi seulement, la

crise actuelle devient-elle une occasion de discer-

nement et de nouvelle planification.

«L’être humain s’est laissé dominer par l’égoïs-

me, en perdant le sens du mandat divin, et dans sa

relation avec la création, il s’est comporté comme

un exploiteur, voulant exercer sur elle une domi-

nation absolue. Toutefois, la véritable signification

du commandement premier de Dieu (soumettre

la terre), bien mis en évidence dans le Livre de la

Genèse, ne consistait pas en une simple attribution

d’autorité, mais plutôt en un appel à la responsabi-

lité. Du reste, la sagesse des anciens reconnaissait

que la nature est à notre disposition, non pas com-

me “un tas de choses répandues au hasard”, alors

que la Révélation biblique nous a fait comprendre

que la nature est un don du Créateur, qui en a indi-

qué les lois intrinsèques, afin que l’homme puisse

en tirer les orientations nécessaires pour “la garder

et la cultiver” (cf. Gn 2, 15). Tout ce qui existe appar-

tient à Dieu, qui l’a confié aux hommes, mais non

pour qu’ils en disposent arbitrairement. Quand, au

lieu d’accomplir son rôle de collaborateur de Dieu,

l’homme se substitue à Lui, il finit par provoquer la

rébellion de la nature “plus tyrannisée que gouver-

née par lui”. L’homme a donc le devoir d’exercer

un gouvernement responsable de la création, en la

protégeant et en la cultivant.