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Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

Mai-Juin-Juillet 2010

Par contre, si la douleur est intense au point

d’occuper tout le champ de la conscience, elle

peut altérer la dispensation des soins et deve-

nir déshumanisante. C’est pourquoi le corps

médical n’hésite généralement pas à prescrire

les analgésiques appropriés même si, comme il

arrive exceptionnellement, la vie était abrégée.

Dans ce cas, la mort ne peut être intentionnel-

le (autrement ce serait une forme d’euthana-

sie), mais on accepte d’en courir le risque. Le

but recherché est l’apaisement des douleurs.

Même alors, on évitera de priver, sans vraie né-

cessité, la personne malade de la conscience

de soi; celle-ci est aussi une expression de la

dignité humaine.

Acharnement thérapeutique

Faire vivre à tout prix peut également s’avé-

rer contraire à la dignité humaine et une façon

inappropriée de prendre soin. Quand la mort

s’annonce inévitable, il devient déraisonnable

de s’obstiner à la retarder par tous les moyens.

Ce qu’il est convenu d’appeler acharnement

ou obstination thérapeutique traduit une per-

te du sens de la mort alors que l’euthanasie

et l’aide au suicide révèlent une perte du sens

de la vie. Dans un cas comme dans l’autre, on

refuse que la mort survienne à son heure.

Une position morale acceptée depuis long-

temps reconnaît que le personnel soignant

n’est jamais obligé de prendre des moyens

disproportionnés (appelés autrefois extraor-

dinaires) afin de prolonger la vie. Ces moyens

disproportionnés ne réfèrent pas seulement

à des appareils techniques sophistiqués ou à

des procédures médicales complexes. Ils sont

à évaluer d’abord du point de vue du mala-

de: des bénéfices qu’il peut en retirer, compte

tenu de son état, de ses ressources physiques

et morales, des risques et des coûts, etc.

La Congrégation pour la doctrine de la

foi dit: “Dans l’imminence d’une mort iné-

vitable malgré les moyens employés, il est

permis en conscience de prendre la décision

de renoncer à des traitements qui ne pro-

cureraient qu’un prolongement précaire et

pénible de la vie, sans toutefois interrom-

pre les soins normaux dus au malade en

pareil cas.” Ces soins normaux peuvent

comprendre l’hydratation et l’alimentation

artificielles, s’ils paraissent nécessaires au

confort du malade.

L’euthanasie l’aide au suicide

Personne ne peut rester insensible au

dépérissement souvent dramatique de

son corps et à l’amenuisement progres-

sif de ses facultés mentales. Qui n’est

pas touché par la peine et la compas-

sion de ceux et celles qui assument la

lourde charge d’un parent affecté d’un

handicap grave et souvent douloureux !

Des visites dans des centres hospitaliers

de soins de longue durée nous laissent

souvent le sentiment que, dans beau-

coup de cas, la mort serait une heureuse

délivrance.

On ne s’étonne donc pas que des

personnes et des groupes revendi-

quent l’euthanasie ou l’aide au suicide

au nom de la dignité humaine. Cette

revendication est renforcée par le fait

que notre culture promeut avec force,

parfois sans nuance, la liberté indivi-

duelle le respect de la conscience et de la res-

ponsabilité personnelle. On pourrait même

penser que, puisque Dieu a créé l’être humain

en «le laissant à son propre conseil», celui-ci

possède une maîtrise absolue sur sa vie.

Mais il importe de tenir ferme à l’interdit

du meurtre d’une personne innocente, qui

est universel. À sa manière, il indique que la

vie de tout être humain mérite d’être pro-

tégée car elle est sans prix. Or la vie ne s’ex-

prime pas seulement en termes de libertés

individuelles et de conscience personnelle.

Elle implique aussi une responsabilité à

l’égard des autres.

En effet, dès les premiers instants de notre

existence, nous avons été confiés à d’autres

qui nous ont accueillis, nourris, vêtus et édu-

qués. Ils ont pris soin de nous. Nous avons

ainsi tissé des liens avec quantité de personnes

et nous oublions trop facilement tout ce que

nous avons reçu de la société dans laquelle

nous vivons. De telle sorte que nous devenons

à notre tour responsables d’accueillir les autres

et d’en prendre soin. C’est assurément l’une

des plus nobles expressions de notre dignité

que de nous préoccuper activement du sort de

nos semblables.

De graves conséquences sociales

Or, accepter l’euthanasie ou l’aide au sui-

cide comporte de lourdes conséquences so-

ciales. De fait, à chaque fois que les médias

ont présenté un cas d’euthanasie ou d’aide au

suicide, beaucoup de personnes et de groupes

ont sonné l’alarme sur les graves répercussions

de ces gestes. Parmi bien d’autres, quelques-

unes méritent d’être signalées.

Pour des associations de personnes han-

dicapées, mettre fin à la vie d’êtres humains

sévèrement atteints physiquement ou men-

talement envoie un message négatif sur leur

propre condition. Alors que plusieurs de ces

personnes peinent à reconnaître leur dignité

et à garder courage, elles entendent que leur

vie à elles aussi ne vaut peut-être plus la peine

d’être vécue.

Le même sentiment pourrait être partagé

par des personnes âgées en soins de longue

durée, qui se considèrent souvent un fardeau

pour les autres et pour elles-mêmes. Comment

se surprendre qu’elles soient tentées d’en finir

elles aussi ?

D’autres ont rappelé l’impact de l’euthana-

sie et de l’aide au suicide sur la profession mé-

dicale. Jusqu’ici entièrement voués à la guéri-

son et au mieux-être des malades, les médecins

seraient dès lors perçus comme pouvant aussi

donner la mort, à l’encontre de la sagesse du

serment multiséculaire d’Hippocrate. Un lien

de confiance, si nécessaire à l’heure de la ma-

ladie, est alors notablement affecté.

Perte du sens de la vie

Décriminaliser l’euthanasie et l’aide au

suicide, c’est s’engager sur une pente glis-

sante dont nous ne pouvons prévoir jus-

qu’où elle nous entraînera. Pourtant, l’abo-

lition de la loi prohibant l’avortement est

suffisamment révélatrice. Dans un cas com-

me dans l’autre, ce dont nous sommes cer-

tains, c’est que la force gravitationnelle de

cette pente mène inévitablement à la perte

du sens de la vie et de son prix.

Éliminer quelqu’un à l’heure de sa plus

grande fragilité, que ce soit dans le sein

maternel ou sur le lit de sa dernière mala-

die, ne sera jamais une façon appropriée

de respecter la dignité de quelqu’un. Ni

d’en prendre soin. Ce sont plutôt des ges-

tes d’abandon. Parce que toute personne,

étant foncièrement libre, peut s’enlever la

vie à tout moment, elle affirme sa dignité

de façon éminente lorsqu’elle résiste réso-

lument au suicide.

Les soins palliatifs

L’expérience révèle que, face à d’éventuelles

demandes d’euthanasie, nous ne sommes pas

totalement dépourvus. Nous pouvons d’abord

nous assurer que la douleur est soulagée adé-

quatement, ce qui est possible dans la grande

majorité des cas. Souvent aussi quand des pa-

tients sont en proie à l’angoisse ou à l’anxiété,

leur demande d’en finir s’avère, dans les faits,

un urgent appel à l’aide et à l’accompagne-

ment.

Le pire qui puisse leur survenir serait d’af-

fronter leur épreuve dans une solitude totale.

De fait, dans nos centres hospitaliers et nos

centres de soins de longue durée, beaucoup

de malades souffrent de solitude. À l’heure où

ils ne parviennent plus à donner sens à ce qu’ils

vivent, le regard de bonté d’une personne qui

prend soin d’eux possède l’étonnant pouvoir

de redonner du sens.

Quand divers symptômes laissent entrevoir

la phase terminale de la maladie, plusieurs cen-

tres de santé offrent des soins palliatifs. Des

maisons, de plus en plus nombreuses, sont

spécialisées à cette fin. Les interven-

tions d’ordre thérapeutique sont rem-

placées par des soins de confort dans

un environnement physique et humain

respectant mieux la dignité de la per-

sonne humaine.

On y mise avant tout sur un accom-

pagnement personnel de qualité, dans

le respect de la condition et des croyan-

ces des malades. À cet égard, les soins

palliatifs constituent une excellente fa-

çon de «prendre soin» et de permettre

une «mort dans la dignité».

Tant qu’il y aura des personnes au

coeur de bon samaritain pour prendre

soin des blessés de la vie, il n’y aura pas

lieu de désespérer de notre société. Car

cette reconnaissance concrète de la di-

gnité de l’être humain est le plus sûr

fondement de toute vie en commun.

Non à l’euthanasie et à l’aide au suicide

(suite de la page 6)

La bienheureuse Catherine de St-Augtustin

Moniale hospitalière de l’Hôtel-Dieu de Québec

(1632 -1668). Nous la voyons soigner les pestiférés.